• Némésis Hogwarts Project [HP-PJ]

    Ilåna est l'héroïne de la Prophétie.
    L'Elue aux trois sangs : divin, sorcier et Moldu.

    Mais pour l'instant... Ilåna n'est qu'une jeune fille de onze ans, un peu perdue dans le monde réel. Elle ignore tout de son destin - qui pourrait se révéler bien grand.

  •  

    La lettre était enveloppée dans un papier jaunâtre, grossier, qui ressemblait à un parchemin. Ilåna dut se reprendre à plusieurs fois pour lire seulement le titre. Avec sa dyslexie, ça donnait à peu près :

     

    LTRETEDA' DSISION A PUDOLAR

     

    Elle se força à se concentrer sur les lettres, qui se remirent doucement en ordre. On lisait maintenant :

     

    LETTRE D'ADMISSION A POUDLARD

     

    Ilåna relut encore l'en-tête, butant sur le mot « Poudlard ». Il avait une sonorité étrange. Elle se demanda si elle avait bien lu.

     

    LETTRE D'ADMISSION A POUDLARD.

     

    Elle déroula le reste du parchemin, parcourant des yeux les lettres en pattes de mouche sans les lire vraiment. Sûrement une plaisanterie de son frère Caleb. Son cœur se calmait. Il n'y a rien d'important dans cette lettre. Pas assez important, en tout cas, pour changer sa vie. Dans le pire des cas, c'était encore un de ces internats pour élèves difficiles qui proposait de l'accueillir. Son père n'accepterait pas, pas plus qu'il n'avait accepté tous les autres avant. Elle irait dans un collège public, normal, malgré son syndrome d'Hyperactivité avec Déficit de l'Attention – ce qui voulait dire du mal à se concentrer plus de cinq minutes sur la même chose, du mal à lire, une mauvaise habitude de dire n'importe quoi ; ce qui n'aidait pas vraiment à se faire des amis. Son père disait que c'était le seul moyen pour qu'elle s'intègre.

     

     

    Elle roula le parchemin en boule et le jeta dans sa corbeille à papier.

     

     

    - Ana ! appela une petite voix dans le couloir. Tu viens ?

     

     

    Ilåna sourit – c'était son frère. Elle se leva, enfila la vieille veste en jean qui l'avait accompagnée partout, attrapa un sac rempli de bonbons et de gâteaux. Elle rejoignit son frère, qui sautillait près de la porte d'entrée.

     

     

    - Bon, on y va, nous, cria-t-il à son père d'une voix excitée. A plus tard !

     

     

    Ilåna embrassa son père sur la joue, sans un mot. C'étaient les neuf ans de Caleb et pour fêter ça, il allait avec des amis à la fête foraine. Ilåna venait avec eux. Elle, elle avait tout juste onze ans mais son père lui faisait confiance, elle savait se débrouiller seule.

     

     

    Ils grimpèrent dans le bus. Caleb n'arrêtait pas de parler, il avait hâte de retrouver ses amis. Ilåna scrutait son reflet dans la vitre du bus : son visage rond, ses sourcils en bataille, ses cheveux gras… Et elle ne pouvait s'empêcher de voir qu'elle était plutôt… Forte, disons. Trop de gens lui faisaient la remarque au quotidien.

     

     

    - J'espère qu'il y aura le Big Flight, lança Caleb, les yeux brillants.

     

     

    Ilåna ne put s'empêcher de rire.

     

     

    - Le Big Flight ! Mais enfin Caleb, tu n'as même pas la taille minimum !

     

     

    Caleb parut vexé, mais il se ressaisit vite. Il recommença à parler, et Ilåna regardait le paysage défiler. C'était le milieu de l'été, une odeur de transpiration flottait dans le bus. Ilåna fut soulagée de descendre et de sentir la brise tiède sur sa peau.

     

     

    Londres s'ouvrait à eux comme un paysage de carte postale ; avec ses immeubles, ses pigeons, ses bus rouges et le Big Ben au loin. Ils rejoignirent les amis de Caleb dans la foule qui traversait la fête foraine.

     

     

    Ce fut un très bon moment. Les manèges, la foule, les jeux de hasard. Ilåna remporta un lecteur MP3, une gigantesque peluche, un ordinateur portable de premier prix et des sabres laser à l'échelle. Elle aimait les jeux, elle y mettait le prix, elle gagnait presque à chaque fois. De ce point de vue, elle avait toujours l'impression d'être riche en sortant d'une fête foraine. Ils rirent beaucoup. Les amis de Caleb étaient drôles, ils n'avaient aucun mal à considérer qu'Ilåna était des leurs, et ça lui fit du bien.

     

     

    A midi, ils s'installèrent dans l'herbe pour commencer leur pique-nique. Chacun avait apporté ses chips, son sandwich, sa salade. Ilåna s'était occupée des bonbons et des gâteaux.

     

     

    - Hé, Ana !

     

     

    Ilåna sursauta en entendant son nom, qui était prononcé comme un aboiement. Elle reconnut la voix. D'habitude, elle aimait qu'on l'appelle Ana – c'était plus ordinaire, moins lourd à porter qu'Ilåna, qui évoquait un lointain paysage désolé. Mais dans cette voix, « Ana » sonnait comme une insulte.

     

     

    - Kevin, murmura-t-elle entre ses dents.

     

     

    Elle se retourna. Kevin était un garçon de sa classe, banal, si ce n'était son physique avantageux. Il avait la peau mate, les bras musclés, les cheveux dressés en arrière. Il portait des vêtements de marque, du genre qu'Ilåna n'aurait jamais pu s'offrir.

     

     

    - Hé, regardez ça, lança-t-il à la cantonade. La grosse Ana s'est trouvé des petits amis.

     

     

    Il ricana. Deux de ses amis étaient flanqués à ses côtés, ils étaient petits et maigres. L'un deux, avec ses oreilles décollées, faisait penser à un singe.

     

     

    Caleb et ses amis se turent, ils regardaient Kevin. Ilåna sentit une vague de rage monter en elle.

     

     

    Kevin s'approcha, tout près d'eux maintenant. Il se pencha à l'oreille de Caleb.

     

     

    - Hé, toi, lui dit-il d'une voix traînante. Ça va, tu te sens bien ? Tu n'as pas honte d'avoir la grosse pour grande sœur ?

    - L'embête pas, intima Ilåna d'une voix qu'elle voulait ferme.

    - Oooooh, fit Kevin avec ironie, mais c'est qu'elle s'énerve, l'illettrée !

     

     

    Ses amis se mirent à rire.

     

     

    Ilåna serra les dents. Un jour, son père lui avait dit que le meilleur remède était de ne pas réagir, qu'ils finiraient par se lasser ; mais pour l'instant ça ne marchait pas des masses.

     

     

    Heureusement, dans moins d'un mois, elle entrait au collège. Elle osait espérer que ça changerait les choses.

     

     

    Elle cherchait quelque chose à répondre quand une pluie épaisse se mit à tomber. Le ciel s'ébranla. Surprise, elle se détendit en voyant Kevin et sa bande s'éloigner, apparemment déçus que la pluie les empêche d'embêter Ilåna plus longtemps. Aussitôt, Caleb et ses amis se mirent à ranger précipitamment le pique-nique, et ils coururent se réfugier sous un porche. Très vite, la pluie se transforma en orage, et le parc se vida.

     

     

    - Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda Caleb une fois qu'ils furent à peu près secs. On s'en va ?

    - Quoi ? s'exclama Ilåna. On vient d'arriver, et tu voudrais qu'on reparte ? Tu crois que c'est une petite pluie qui va gâcher l'anniversaire de mon frère ?

     

     

    Caleb afficha un air dubitatif.

     

     

    - On reste, décréta Ilåna.

     

     

    Ils installèrent leur pique-nique et recommencèrent à manger. Ils parlèrent peu. Le parc se vidait petit à petit, même s'il y avait encore beaucoup de gens qui bravaient la pluie pour un tour d'auto-tamponneuses et de train fantôme.

     

     

    Alors qu'elle ouvrait son troisième paquet de chips, Ilåna repensa à la lettre qu'elle avait reçue, dont le titre résonnait encore dans sa tête. LETTRE D'ADMISSION A POUDLARD. Elle s'en voulait d'avoir eu autant de mal à lire cette simple phrase. Peut-être qu'elle serait mieux, dans une école pour élèves à problèmes… Peut-être qu'elle y trouverait des gens comme elle.

     

     

    Elle secoua la tête. Non. Son père ne voulait pas qu'elle soit différente – et elle non plus. Elle irait dans un collège normal, point.

     

     

    Il pleuvait toujours, mais ce n'était plus qu'une fine bruine. Kevin et sa bande avaient disparu.

     

     

    Ilåna se détendit.

     

     

    - On y retourne ? proposa-t-elle.

     

     

    Ils restèrent dans le parc encore longtemps, quitte à y dépenser tout leur argent. Ils ne repartirent que lorsqu'ils n'avaient plus un centime, alors que la nuit tombait.

     

     

    Leur père ne dit rien, il paraissait juste mécontent. Il y avait de quoi, après tout. Ilåna et Caleb auraient dû rentrer deux heures plus tôt, au plus tard.

     

     

    Elle entra dans sa chambre, déposa son nouvel ordinateur, son énorme peluche et sa vielle veste en jean. Elle allait se coucher quand elle vit quelque chose qui la fit sursauter.

     

     

    Un objet, qui n'aurait pas dû être là.

     

     La lettre.

     


    votre commentaire
  • La première réaction d'Ilåna fut de regarder dans sa corbeille, mais la lettre roulée en boule y était encore. C'était donc une autre lettre que lui envoyait l'école pour élèves en difficulté.
    Elle hésita une seconde. Elle ne voulait pas y aller, mais si elle avait mal compris ?
    Elle déchira la lettre et la jeta dans sa corbeille à papier.

    Cette nuit-là, Ilåna fut envoyée dans un rêve.
    Elle courait à quatre pattes dans une forêt humide. Elle était exténuée, comme si elle courait depuis longtemps. Elle avait chaud, ses oreilles tintaient. Ses cheveux collaient à son crâne.
    Paniquée, elle fuyait un monstre qui jappait dans son dos. On aurait dit un chien, un chien énorme –
    Elle jeta un œil derrière elle. Une grande masse noire la poursuivait, ouvrant une gueule aux dents jaunes. Un filet de bave coulait sur le rebord. Elle avait des yeux, deux grands yeux rouges –
    Ilåna trébucha sur une racine, fut propulsée en avant. Le chien bifurqua, désorienté. Ses oreilles se dressèrent, à l’affût. Ilåna avança sur le côté, pliée en deux, retenant son souffle.
    Soudain, un bruit retentit loin dans la jungle, une sorte de détonation. Une nuée d'oiseaux s'éleva au-dessus des arbres. Le monstre, alerté, courut en direction de l'explosion.
    Ilåna inspira profondément. Son cœur battait à toute allure. Ses yeux étaient fermés. Elle avait peur, si elle les ouvrait, de voir le monstre juste en face d'elle.
    Elle patienta.
    Soudain, elle décela du bruit. Léger, indiscernable du remue-ménage des singes et des oiseaux. Mais – Ilåna ne saurait dire pourquoi – elle savait que c'était humain.
    Elle ouvrit les yeux, vérifia que le passage était hors de danger. Elle se leva, écarta les feuilles gigantesques qui lui barraient le chemin. Et elle la vit.
    C'était une cabane, si bien camouflée au milieu des arbres qu'on aurait pu passer devant sans la voir. Ilåna se dressa sur la pointe des pieds, à la hauteur d'une petite fenêtre. Sur une table, dans un coin, se trouvaient une corbeille de fruits, ainsi qu'une vieille pièce de viande. Il y avait aussi un arc, des flèches, et un parchemin sur lequel on avait dessiné des plans, des cartes raturées et récrites. C'était le seul mobilier de la pièce qui, pour le reste, était plutôt austère. Le bois était abîmé et craquait par endroits.
    Et puis il y avait la fille.
    Terrée, au fond de la pièce, elle se réchauffait d'une vieille pièce de tissus poussiéreux qui avait du être une couverture, ou un drap. Ses cheveux étaient sales, sa peau crasseuse. Ses vêtements portaient des traces de boue et de – sang ?
    Ses yeux bleus exprimaient la terreur. Elle serrait dans ses mains un pendentif qu'elle faisait tournoyer comme un talisman –

    Ilåna se réveilla en sursaut.
    C'était elle.
    Åna.
    Ça devait être le milieu de la nuit, car sa chambre était plongée dans le noir complet. Toute la maison était silencieuse. Ilåna entendait distinctement, dans la chambre d'à-côté, la respiration régulière de son frère. Il dormait profondément.
    Elle s'extirpa des couvertures. Elle avait chaud, son front ruisselait de sueur. Son cœur battait encore très vite. Elle descendit dans le salon, ouvrit un tiroir, sortit un vieil ouvrage usé. C'était un album de famille, qui sommeillait depuis des éternités. 
    Elle le ramena dans sa chambre. A la lumière de sa lampe de chevet, les souvenirs ressurgirent. 
    Elle passa vite sur les premières photos. On voyait son père, Bruce Stayne, grandir auprès de ses deux grands-mères, à la montagne, entre randonnées à cheval et ski de fond. Ce qu'on pouvait dire, c'était que pour un homme qui avait été élevé par ses tantes, ses oncles, ses grands-mères, il avait connu la belle vie – à l'époque. Et puis, il avait rencontré la femme de sa vie, la mère d'Ilåna. Il l'avait connue très jeune, à seulement dix-sept ans. Leur histoire avait duré une quinzaines d'années. Heureuses, paraît-il.
    Ilåna s'arrêta un instant sur une photo de sa mère. On l'avait prise par surprise, au réveil, alors qu'elle se reposait encore dans son lit. Elle n'était ni maquillée, ni coiffée, mais elle avait un sourire radieux. Le genre de sourire qui illumine n'importe quel visage. Elle rayonnait de bonne humeur – et c'était une très belle femme. Ceux qui l'avaient connue – ses voisins, les amis de Bruce – disaient qu'Ilåna lui ressemblait, qu'elle avait le même regard pétillant. Ilåna n'était pas d'accord. Elle avait des yeux noirs, parfaitement ordinaires comme ceux de son père. Sa mère, elle, avait les yeux bleus, d'un bleu profond.
    Elle tourna la page. Voilà, se dit-elle. C'étaient les photos qu'elle cherchait.
    Sur celles-ci, on voyait son père et sa mère, mariés et heureux. La femme de Bruce souriait à l'objectif, elle tenait un bébé dans les bras.
    C'était Åna.
    Ilåna n'aimait pas son prénom. Déjà, parce que c'était un nom étrange, difficile à porter ; on l'avait plus d'une fois embêtée dessus. Mais surtout parce que, dans le jargon de ses parents, le prénom signifiait « Qui ne sera jamais Åna ». En effet, ils avaient eu un enfant, avant Ilåna. Une fille ravissante qui, elle, avait le regard bleu perçant de sa mère. Mais, un peu plus de trois ans plus tard, leur enfant disparut. Ilåna n'avait jamais su comment, ni précisément quand Åna n'avait juste plus refait surface après ce jour. Elle était morte, probablement. Cela avait tellement abattu ses parents que, lorsque sa mère accoucha, elle donna à son enfant le nom horrible de « Qui ne sera jamais Åna ».
    Ilåna devrait, toute sa vie, porter le poids d'une sœur qu'elle n'avait pas connue.
    Sauf si son rêve changeait la donne.
    Car c'était bien la fille de son rêve qu'on voyait sur les photos, rajeunie de onze années. Et alors, si Ilåna avait vu juste, ça voulait dire que sa grande sœur était vivante, quelque part : seule, terrifiée, mais vivante.
    Et elle était en danger.
    Ilåna feuilleta le reste de l'album. Peu après sa naissance, les parents d'Ilåna s'étaient séparés, si bien que sur les photos suivantes, on voyait Ilåna grandir seule avec son père. La plage, les soirées avec les amis de Bruce, la montagne avec ses arrière-grands-mères… Tous ces souvenirs étaient délectables. Lointains, aussi, Ilåna n'y avait pas repensé depuis longtemps. En feuilletant l'album photo, elle eut l'impression que les dix dernières années de sa vie ressurgissaient tout à coup.
    Quand Ilåna avait deux ans, son père avait eu une compagne – Sara, d'après ses souvenirs. Leur histoire n'avait pas duré longtemps, mais ils avaient eu le temps d'offrir un frère à Ilåna : Caleb était né.
    Elle referma l'album photo.

    Tout le reste de la journée, Ilåna essaya de parler à son père, mais à chaque fois qu'une occasion se présentait, les mots restaient coincés au fond de sa gorge. Que devait-elle dire, d'ailleurs ? Bonjour papa, j'ai reçu une lettre du pays des morts, Åna est encore en vie !
    Plus elle y pensait, plus l'envie d'ouvrir la lettre démangeait Ilåna. Elle avait beau se répéter : « Il n'y a rien d'important dans cette lettre, rien d'important », elle culpabilisait de ne pas l'avoir lue quand elle en avait eu l'occasion. Elle avait été bloquée par la flemme, la dyslexie – et la peur.
    Qu'est-ce qui te fait si peur ? demandait une voix dans sa tête.
    Là était bien le problème. Elle ne savait pas.
    En milieu d'après-midi, ils recevaient des invités. Ilåna ne portait pas les Wales dans son cœur, mais c'étaient des amis proches de son père et elle les respectait. Sandra Wales travaillait dans la recherche en biologie, dans un grand laboratoire international. Son mari, Hero Wales, était cadre à ce qu'Ilåna avait compris, dans la même entreprise.
    - Qu'est-ce que tu voudrais faire, plus tard ? demanda Sandra Wales, lorsque Bruce les installa dans la cuisine et distribua des tasses de thé.
    Elle était assez belle, avec ses longs cheveux lisses, ses anneaux dorés et sa chemise impeccable. Elle avait la peau mate, et des yeux noirs qui regardaient Ilåna de haut.
    - Je… heu…
    Ilåna n'avait aucune réponse toute faite à cette question, qu'on lui avait mille fois posée. En vérité, elle ne savait pas.
    Elle appela son père du regard.
    - Ilåna n'entre qu'en sixième, intervint celui-ci. Elle a largement le temps de se décider.
    Sandra parut surprise.
    - Oh. Eh bien… Dans quel collège souhaites-tu aller, ma chère petite ? Il me semble que tu aurais quelques problèmes de lecture, non ?
    - Je…
    - Elle est dyslexique, coupa brusquement son père. Mais elle s'en sort très bien. Elle ira dans un collège normal.
    Sandra eut un sourire en coin.
    - Je vois. Très bien.
    - Où comptes-tu la mettre, Bruce ? intervint Hero.
    Comparé à sa femme, il semblait beaucoup plus décontracté. Même s'il portait lui aussi une chemise et une veste impeccablement repassés, sa cravate était de travers et ses cheveux en bataille. Il fumait tranquillement une cigarette.
    - Saintouin, répondit immédiatement son père. C'est une très bonne école qui ne se trouve pas très loin d'ici.
    Ilåna se demanda pourquoi son père mentait. La seule école qui s'appelait Saintouin, à sa connaissance, se trouvait un peu après Bristol, à des dizaines de kilomètres de Londres. Ou alors, son père l'avait inscrite à une école sans la prévenir – et elle préférait cette option.
    - Oui, approuva-t-elle en feignant l'assurance. Ça a l'air vachement cool, en plus j'ai plein d'amis qui vont là-bas.
    Tu parles, disait la voix dans sa tête. Comme si tu en avais, des amis.
    Tais-toi, supplia-t-elle.
    - Bien. (Hero écrasa sa cigarette.) Elle me plaît, cette petite. Sa maman doit être fière…
    - Pas aujourd'hui, Hero, souffla son père.
    - Comment s'appelle-t-elle, déjà ? Sara, c'est ça ?
    - Sara est la mère de Caleb…
    - Ah, oui, c'est vrai ! C'était qui, alors ? Leona ? Margareth ?
    - C'est vrai, ça, appuya Ilåna. Comment s'appelait ma mère ?
    Hero pouffa.
    - … Non, vous êtes sérieux ? Cette petite ne connaît même pas le nom de sa mère ?
    Ilåna se sentit vexée. Depuis qu'elle savait parler, on lui avait appris à ne pas poser de questions sur sa mère, car c'était trop douloureux pour son père. Du coup, elle se rendait compte avec amertume qu'elle ne connaissait même pas son nom. Parfois, son père la nommait, mais le nom changeait à chaque fois : Lucy, Eglantine, Sally, Esmée…
    - Julianna, cracha Bruce.
    - Tu mens, fit Ilåna. Si elle s'appelait Julianna, tu me l'aurais dit il y a longtemps.
    - Mais je te l'ai dit, affirma son père, qui la fuyait des yeux. Tu as oublié, c'est tout.
    - Non. (Ilåna frappa du poing sur la table.) Tu me mens, et je le sais très bien. Tu m'as toujours mentit.
    Tout à coup, le vent frappa violemment les fenêtres. La luminosité baissa.
    - Ta fille a raison, Bruce, appuya Sandra en souriant. Tu lui as toujours menti et tu continues à lui mentir, comme tu nous mens à nous…
    - La ferme, coupa Ilåna.
    Sa voix était plus calme qu'elle ne l'aurait cru. Au fond d'elle, Ilåna bouillonnait. Qui est-elle pour juger mon père ?
    Elle soutint le regard de Sandra Wales, qui semblait lui lancer un défi. Autour d'elles, l'air se condensait et crépitait. Ilåna avait chaud, très chaud.
    - Voyons, Ilåna, murmura Sandra. Pourquoi me parles-tu comme ça ? Tu sais très bien que j'ai raison.
    Tu as raison, pensa Ilåna, mais elle ne céda pas. T'attends pas à ce que je te défende devant mon père.
    Elle continuait à la fixer, son cœur battant à toute allure. A ce moment, les boucles d'oreilles dorées de Sandra Wales lui paraissaient vulgaires.
    Soudain, dans un grand « crack », toutes les lumières de la maison s'éteignirent. Le four à micro-ondes, qui réchauffait une tarte aux framboises, s'arrêta brusquement.
    - Pétage de plombs, fit son père, en se levant. J'y vais.
    - Non, Bruce, fit Hero. Je m'en charge.
    Il sortit de la cuisine, où Bruce, Sandra et Ilåna patientèrent en silence. "Pétage de plombs" pouvait être à double sens, songea Ilåna.
    - Bruce, commença Sandra, pour la petite histoire de tout à l'heure…
    - N'en parlons plus, répondit celui-ci, qui écarta les bras : ça ne servirait à rien de se disputer maintenant !
    A ce moment-là, les lumières se rallumèrent, et Hero entra.
    - Salut, la compagnie, fit-il en souriant. C'est mieux, non ?
    - C'est mieux, acquiesça Bruce, qui lui rendit son sourire.
    Hero s'assit et Bruce relança le micro-ondes. Ils recommencèrent à parler avec enthousiasme, et le reste de l'après-midi se passa sans ombrage, si ce n'est que Sandra regardait Ilåna de travers. Ils finirent par se quitter, et Ilåna retourna dans sa chambre, où un objet attira immédiatement son attention.
    La lettre.
    Ilåna Stayne,
    11 White Horse Road,
    London.

    L'adresse était écrite d'une encre vert fluo, et à l'arrière, elle était fermée par un cachet rouge vif.
    HOGWARTS SCHOOL FOR WITCHCRAFT AND WIZARDRY
    « Draco dormiens nunquam titiliandus ».
    Il n'y avait pas de doute, c'était bien la même que les deux premières. Et c'était étrange, mais Ilåna était bien décidée à l'ouvrir, à la lire autant de fois qu'il faudrait pour comprendre. Son rêve sur Åna lui revint à l'esprit.
    Qui sait, peut-être que cette lettre apporterait des réponses ?
    Son père l'appela depuis le couloir. Elle l'aida à ranger la vaisselle, étendit la lessive, prit une douche. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle se rendit compte à quel point elle était fatiguée. Elle ouvrit la lettre, mais à ce moment-là, les mots n'étaient qu'une purée devant ses yeux. « Lteteda' dsision a Pudolar »
    Elle fila se coucher, la lettre bien en évidence sur son bureau.


    6 commentaires
  • Ce fut une nuit simple, claire, sans rêves. Ilåna s'attendait un peu à revoir Åna, mais il n'en fut rien.
    Elle se leva tôt, alors que le soleil projetait de longues ombres bleues sur l'herbe de son jardin. Son cerveau était reposé, et elle n'avait plus qu'une idée en tête : ouvrir la lettre, découvrir ce qu'elle cachait.
    Sauf que, quand elle se précipita hors de son lit, se dirigea vers son bureau... La lettre n'y était plus.
    - Non... C'est sérieux ? Souffla Ilåna.
    Il y avait encore l'enveloppe déchirée, mais pas de lettre.
    Elle distingua une lueur dans la chambre de son père, s'en approcha. Son père était assis sur le canapé, le lettre de Poudlard entre les mains. Lorsqu'il la vit, il la regarda avec un mélange de perplexité et d'excitation.
    - C'est arrivé, murmura-t-il. Ma fille est une sorcière.
    Ilåna n'était pas sûre d'avoir compris.
    - Je suis une quoi ?
    Pour toute réponse, son père se leva et la serra fort dans ses bras. Ilåna, qui n'était pas habituée à ces manifestations d'amour de la part de son père, hoqueta.
    - Excuse-moi, papa... Je suis une quoi ?
    Il continuait de la regarder avec ses grands yeux écarquillés, qui exprimaient une expression tellement différente de celle qu'ils avaient d'habitude. Il y avait dans ces yeux de l'admiration.
    Caleb, qui s'était réveillé, les rejoint en bâillant.
    - Bonjour, tout le monde.
    Ilåna lui lança un regard oblique.
    - Je crois que papa est devenu fou, murmura-t-elle
    - Non, non ! s'exclama son père. Lis ! ordonna-t-il en lui tendant un objet à présent familier.
    La lettre. La seule, l'unique, celle qui renfermait un message important.
    Ilåna prit une grande inspiration et se concentra.
    LETTRE D'ADMISSION A POUDLARD
    COLLEGE POUDLARD, ECOLE DE SORCELLERIE
    Directeur : Albus Dumbledore
    Commandeur du Grand-Ordre de Merlin, Docteur ès sorcellerie, Enchanteur-en-Chef, Manitou suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers.
    Chère Mlle Stayne,
    Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez dores et déjà d'une inscription au collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. La rentrée est fixée au 1er Septembre et vous recevrez d'ici peu une seconde lettre comportant vos billets de train.
    Veuillez croire, chère Mlle Stayne, en l'expression de nos sentiments distingués.
    Minerva Mc Gonnagall
    Directrice-adjointe.

    Ilåna avait le tournis.
    C'était tellement différent de ce à quoi elle s'était attendue, tellement étrange, tellement inconcevable, tellement fou.
    - Qu'est-ce qui se passe ? demanda Caleb, sûrement alerté par l'expression de son visage.
    - Ana est une sorcière, souffla son père.
    Et Ilåna eut l'impression que, pour une fois, il disait la vérité.

    Un quart d'heure plus tard, ils étaient assis dans la cuisine, autour d'un copieux petit déjeuner auquel Ilåna n'avait pas touché.
    - Donc, si j'ai bien compris... commença Caleb, Ana est une sorcière, c'est ça ?
    C'était au moins la dixième fois qu'il posait la question. A contrecœur, Ilåna acquiesça. C'était étrange, elle avait l'impression que son estomac allait exploser d'une seconde à l'autre.
    Les yeux de Caleb s'écarquillèrent.
    - Alors, ça veut dire que c'est toi qui as éteint les lumières, hier ? Et qui as fait tomber la pluie, à la fête foraine ?
    Ilåna fronça les sourcils.
    - Ne dis pas n'importe quoi. Comment serais-je capable de faire ça ?
    - Tu en es tout à fait capable, affirma son père. Surtout parce que tu es une sorcière et une...
    Il laissa sa phrase en suspens, comme si elle était dangereuse.
    - Une quoi ? demanda prudemment Ilåna, mais son père avait le regard perdu dans le vague.
    - Je disais quelque chose ? fit-il. Pardon, j'ai oublié ce que c'était.
    - Tu disais que j'étais une sorcière et une...
    Son père se leva brusquement.
    - Bon, c'est pas tout ça, mais la rentrée est pour bientôt. Allons chercher tes affaires scolaires. Caleb, tu viens avec nous.

    La lettre avait ouvert tant de portes. Tant de possibilités. Pour un peu, Ilåna avait peur de ne pas survivre à tant de changement – mais après tout, qu'avait-elle à y perdre ?
    Rien. Ilåna n'avait même pas d'amis, elle rêvait de sœurs mortes et provoquait des orages. Alors pourquoi refuserait-elle de croire qu'il existait, quelque part, une école où l'on apprenait la magie ?
    - Hum, papa ? Demanda-t-elle alors qu'ils montaient dans le métro. Est-ce que tu es... heu... Un sorcier, toi aussi ?
    Son père parut surpris.
    - Moi ? Non, je ne suis qu'un pauvre Moldu sans pouvoir. Mais je sonnais des sorciers.
    Moldu. Encore un mot qu'Ilåna ne connaissait pas, mais elle ne posa pas de question.
    - Les Wales, dit son père. Sandra et Hero. Ce sont des sorciers.
    - QUOI ?! s'étrangla Ilåna.
    Son père sourit.
    - Bon, ils ont souhaiter se mêler aux Moldus, alors ce ne sont peut-être pas les plus représentatifs de leur espèce... Mais oui, ce sont des sorciers.
    Imaginer Sandra Wales à cheval sur un balai volant était tellement inconcevable qu'Ilåna préféra ne pas s'y risquer. Cependant, cela expliquait pas mal de choses – leur attitude de la veille, notamment.
    « Dans quelle école souhaites-tu la mettre, Bruce ? »
    Ils savaient. Ils savaient pour la lettre de Poudlard, peut-être même pour Åna. Ils savaient qu'Ilåna était une –
    Sorcière.
    Tu vas devoir t'y habituer, pensa Ilåna. Tu risques de le dire souvent.
    - Ma sœur, aussi, est une sorcière. Ta tante Elisa, tu te souviens ?
    Ilåna n'avait vu Elisa qu'une fois dans sa vie, et elle avait quatre ans. C'était une femme à moitié folle, qui vivait dans une grande maison miteuse. Quand on essayait d'attraper un objet, il fuyait à toutes jambes et, quand on montait au grenier, on entendait des bruits étranges, inhumains. Et quand Tante Elisa avait sorti sa tarte aux citrons du four, Ilåna aurait parié qu'elle n'y était pas restée deux minutes.
    Elle ne s'en était pas rendu comte à l'époque mais aujourd'hui, ça lui semblait évident. S'il y avait une sorcière dans sa famille, c'était Tante Elisa. Ilåna se demanda si elle deviendrait comme elle et, un instant, elle douta. Peut-être qu'elle devrait ignorer ce que la lettre disait, et reprendre une vie normale...
    Ce fut de courte de durée. Ils sortirent du métro.
    Bruce les conduisit, dans une grande rue de Londres qu'Ilåna connaissait bien, à un petit pub qu'elle n'avait jamais remarqué. La façade était minuscule par rapport aux autres, et l'enseigne indiquait « La Chaudron Baveur ». Ils entrèrent dans un bar sombre et poussiéreux. Les quelques clients étaient de vielles femmes rabougries qui portaient de hauts chapeaux colorés. Un barman chauve astiquait tranquillement des assiettes.
    - Vous avez besoin d'aide ? demanda-t-il lorsqu'ils passèrent devant lui.
    - Je veux bien, merci, fit son père en posant sa main sur l'épaule d'Ilåna.
    Le barman sourit.
    - Première expédition sur le Chemin de Traverse, hein ? Venez, je vous y amène.
    Il les conduisit au fond du bar, ouvrit une porte qui conduisait à une petite cour intérieure. Face à eux, il y avait quelques poubelles et un mur défoncé.
    Soudain, son père et son frère s'arrêtèrent subitement et restèrent sans bouger, pris dans un état de transe. Leurs bras étaient ballants tandis qu'ils regardaient fixement le mur de briques en face d'eux.
    - Papa ? demanda Caleb d'une voix hésitante. Qu'est-ce qu'on fait là ?
    - J-je ne sais pas, bredouilla son père. Je crois que... J'avais à faire dans les parages. Oui, c'est ça. Je crois qu'on s'est perdus.
    - On rentre ? proposa Caleb.
    Son père hocha lentement la tête.
    - Oui, c'est ça, dit-il en tournant les talons. Rentrons.
    Ilåna fut prise de panique.
    - Heu, Caleb, papa ? Qu'est-ce qui vous arrive ? (Elle prit son père par le bras.) Tu devais m'emmener dans cet endroit secret, où seuls les sorciers ont droit d'aller !
    A l'instant, elle comprit le sens de sa phrase. Elle se mordit la lèvre.
    - Ton frère et ton père sont des Moldus, commenta le barman. Ils ne peuvent pas passer.
    Ilåna sentit son cœur fondre.
    - Quoi ? Mais on devait acheter mes affaires scolaires...
    Le barman sourit.
    - Je vais t'arranger ça, dit-il, et il sortit un long bâton de la poche intérieure de sa veste.
    Une baguette magique, comprit Ilåna.
    Il agita la baguette et, tout à coup, Bruce et Caleb retrouvèrent leurs esprits. Bruce cligna des yeux.
    - Mais où avais-je la tête ?
    - Le chemin de Traverse est protégé par un sortilège repousse-Moldu, expliqua le barman.
    Ilåna posa la question qui lui brûlait les lèvres.
    - Hum, monsieur ? fit-elle poliment.
    - Appelle-moi Tom, fit le barman gentiment, comme s'il s'adressait à un petit enfant.
    - Heu... D'accord... Tom ?
    - Oui ?
    - Qu'est-ce que c'est, un Moldu ?
    Le barman – Tom – la regarda comme s'il s'était préparé à la question.
    - C'est un non-sorcier, expliqua-t-il. Un homme – ou une femme – dépourvu de pouvoirs magiques.
    - Mais c'est inadmissible ! s'écria Bruce. J'ai le code !
    Il se tourna et regarda les briques comme si elles avaient un sens nouveau pour lui. Au bout d'un moment, il leva le poing et frappa trois coups sur l'une des briques.
    Alors il se passa quelque chose – quelque chose d'extraordinaire. Le sol trembla, les murs grondèrent, puis ils commencèrent à s'écarter. Les briques se mirent à bouger, se replièrent, changèrent de forme, de telle sorte que, la seconde d'après, un large passage s'était ouvert dans le mur à travers lequel on voyait une grande rue médiévale, en quelque sorte, colorée, animée et –
    Bizarre.
    Ilåna n'avait pas d'autre mot.
    - Le Moldu qui connaît le code a le droit d'entrer ! dit Tom le barman.
    Alors Bruce, Caleb et Ilåna Stayne pénétrèrent le Chemin de Traverse.


    votre commentaire
  • C'était une longue rue à l'ancienne, mais qui paraissait pourtant neuve. Les maisons à colombages penchaient dangereusement, mais mis à part ça, le dallage était propre, les vitrines colorées. Les yeux d'Ilåna sautaient partout tandis qu'elle tentait de déchiffrer les enseignes : « Rbeos de scierors », « Codhrns », « Feulry & Btot ». C'éait un véritable festival de magie et de couleurs et d'animations, elle n'en croyait pas ses yeux : des livres sautaient derrière les vitrines, des grenouilles et des hiboux s'étalaient sur la vitrine d'une animalerie qui débordait sur la rue, et les affiches étaient animées... Mais ce qui surprit le plus Ilåna, ce fut les gens : une masse grouillante d'hommes, de femmes, de sorciers pour qui ce monde n'avait plus aucun secret. Ils portaient des robes longues, des chapeaux pointus pour la plupart, mais certains étaient habillés presque comme dans la vraie vie... Et puis, quand elle tendit l'oreille pour écouter quelques mots des différentes conversations, elle entendait ça :

    - ... Tu as lu les nouvelles de La Gazette du Sorcier ? Il y a eu de nouvelles évasions d'Azkaban...

    - ... Si vous voulez des chaudrons de bonne qualité, je ne vous le conseille pas, les leurs fuient...

    - ... Regarde, m'man ! Regarde les hiboux !

    - Alors ?

    Ilåna sursauta - c'était son père, qui avait soudain surgi derrière elle.

    - Alors, heu...

    Elle se rendit compte qu'elle souriait jusqu'aux oreilles.

    - C'est, heu, wow, par ici...

    Son père rit. Il semblait détendu, pour une fois.

    - Donne-moi ta liste de fournitures, ne perdons pas de temps.

    Ilåna lui tendit le papier qui accompagnait la lettre. Bruce lut à haute voix :

    - « Liste des vêtements dont les élèves de première année doivent obligatoirement être équipés : 1) Trois robes de travail (noires), modèle normal. 2) Un chapeau pointu (noir). 3) Une paire de gants protecteurs (en cuir de dragon au autre matière semblable).

    Ilåna déglutit.

    - En cuir de dragon ? Pour quoi faire ?

    - Ça, ça sera à toi de me le dire, répondit son père en lui donnant une tape sur l'épaule.

    Caleb la regardait d'un air admiratif.

    - 4) Une robe d'hiver, poursuivit son père. Noire avec attaches d'argent. Chaque vêtement devra porter une étiquette indiquant le nom de l'élève. Livres et manuels : Le livre des sorts et enchantements (niveau 1), Histoire de la magie, Manuel de métamorphose à l'usage des débutants, Potions magiques et Forces Obscures : comment s'en protéger. Fournitures : 1 baguette magique, 1 chaudron de modèle standard en étain, taille 2, 1 boîte de fioles en verre ou en cristal, 1 télescope, 1 balance en cuivre. »

    Il sourit.

    - Et enfin, précisions : « Les élèves peuvent également apporter un hibou, OU un chat, OU un crapaud. »

    - Un crapaud ? fit Caleb, visiblement intéressé. Classe !

    - Berk, corrigea Ilåna. Je préfère un chat.

    - T'es nulle, répondit Caleb.

    Ils passèrent le reste de la matinée dans des boutiques diverses, des librairies, des animaleries (Ilåna, qui n'y voyait pas vraiment d'intérêt, n'acheta pas d'animal), une boutique qui vendait des uniformes sur mesure, un magasin de chaudrons. Le père d'Ilåna n'était pas sorcier, pourtant il avait largement de quoi payer (et Ilåna doutait que les sorciers payent de la même monnaie que le commun des mortels, les Moldus). Peut-être sa folle de tante Elisa ou les Wales lui avaient prêté de l'argent.

    A midi, ils déjeunèrent au Chaudron Baveur. Ilåna avait peur qu'on lui serve de la bave de crapaud sur son lit d'asticots aux doigts de Humpa-Lumpa, mais non, ils eurent droit à un véritable pudding (et bon, qui plus est !)

    Trop d'images, de mots et d'émotions tourbillonnaient dans la tête d'Ilåna pour faire une phrase construite, elle hésitait entre rire et pleurer, et elle ne disait rien. Quant à Caleb, il paraissait perdu. Ilåna ne voyait pas très bien pourquoi son père avait voulu qu'il vienne, mais peu lui importait. Elle était heureuse de passer un moment avec son père et son frère, un de ces moments qu'elle avait fini par oublier. Elle n'avait pas vu son père heureux depuis longtemps. D'habitude, il y avait toujours ce boulot qu'il n'arrivait pas à finir, ce patron qui l'exaspérait, et cette tristesse qui l'accablait, toujours la même, dont il n'avait pas réussi à se remettre.

    Parce qu'au fond, il manquait deux personnes à ce joli tableau -

    On t'annonce que tu es une sorcière, se dit Ilåna, et voilà à quoi tu penses ?

    Sorcière. Sorcière. Sorcière.

    Rien à faire, Ilåna n'arrivait pas à s'y habituer. Pour elle, les sorcières, c'était les créatures mythologiques, les monstres du Moyen-Âge, les déguisements d'Halloween. La matinée qu'elle venait de passer avait tout chamboulé.

    Mais ça va, c'est cool.

    Parce qu'après tout, à Poudlard, elle finirait bien par trouver sa vraie place... Non ?

    Après s'être gavés de pudding et de gâteau glacé, ils reprirent leurs courses. Des balais resplendissants, des costumes colorés brillaient dans la vitrine d'un magasin appelé « The Quiddich League », mais la liste de fournitures indiquait clairement que les Première Année n'avaient pas droit au balai. Dommage, c'était un des trucs qui faisait rêver le plus Ilåna.

    Puis vint le moment d'acheter la baguette magique.

    Ilåna poussa la porte d'une boutique poussiéreuse dont l'enseigne disait « OLLIVANDER - Fabricant de baguettes depuis 378 avant J.C. » Son père et son frère attendaient dehors.

    Presque aussitôt, un vieillard aux cheveux ébouriffés et aux sourcils hirsutes surgit derrière elle, faisant sursauter Ilåna.

    - Bonjour ! s'exclama-t-il en lui serrant la main. Je suis M. Ollivander, fabricant de baguettes de première qualité. Que cherchez-vous ?

    - Je... Heu... Une baguette, je crois, répondit Ilåna, mal à l'aise.

    - Bien sûr, bien sûr. (Le regard du vendeur inspectait Ilåna de la tête aux pieds. Il sortit un mètre-ruban et commença à la mesurer.) Quel est votre nom ?

    Ilåna se sentait toujours aussi mal à l'aise.

    - Ilåna Stayne, monsieur, bredouilla-t-elle.

    - Très bien, fit-il distraitement.

    Il s'éloigna parmi les rayonnages de sa boutique, qui était beaucoup plus grande qu'elle n'en avait l'air, et Ilåna s'aperçut que le mètre-ruban continuait de prendre des mesures tout seul.

    - C'est bon, ordonna M. Ollivander, et le mètre-ruban s'arrêta immédiatement. (Il lui tendit une baguette, qui était longue et noire.) Tenez, essayez celle-ci.

    Ilåna saisit la baguette, qui n'était qu'un vulgaire morceau de bois entre ses mains. Elle se concentra, essaya de faire surgir quelque chose - mais il ne se passa rien.

    Ilåna reposa la baguette. Elle se demanda si elle s'était trompée quelque part.

    - Bien sûr, bien sûr, dit M. Ollivander. Essayez celle-là, plutôt.

    Il lui tendit une autre baguette, plus courte, taillée dans un bois noueux.

    - Bois d'if, dit M. Ollivander. Et plume de phénix. Très résistant. Allez-y ! ordonna-t-il.

    Une fois de plus, Ilåna agita la baguette, et une fois de plus, il ne se passa rien.

    M. Ollivander lui tendit une troisième baguette.

    - Bois de Frêne, dit-il, et ventricule de dragon. 24, 11 cm. Souple et maniable.

    Ilåna saisit la baguette et sentit immédiatement un contact chaud sous ses doigts. A cet instant, elle eut l'impression qu'elle serait capable de tout.

    Avec un bruit de moteur, la lumière du magasin décupla de puissance. A un moment, cela devint tellement fort qu'une des lampes explosa.

    Ilåna reposa précipitamment la baguette.

    - Eh bien, voilà, fit M. Ollivander d'un air satisfait. Je crois que nous avons trouvé votre baguette, Mlle Stayne.

    Ma baguette, répéta Ilåna dans sa tête, fixant le morceau de bois. Ma baguette.

    - Votre baguette est puissante, commenta M. Ollivander. Ou bien est-ce vous qui l'êtes ? Les théories diffèrent à ce sujet... Mais sachez une chose, Mlle Stayne : C'est la baguette qui choisit son sorcier, et non l'inverse.

    - Heu... D'accord, fit poliment Ilåna, qui n'était pas sûre de bien comprendre.

    Elle alla chercher son père pour qu'il vienne payer la baguette, puis ils repassèrent par le Chaudron Baveur avant de retrouver ces rues de Londres qu'Ilåna connaissait bien. Quand ils remontèrent dans le métro, le monde parut bien terne à Ilåna, qui avait eu l'impression jusqu'ici de marcher dans un rêve. Elle était épuisée, peinait à tenir sur ses jambes, et se refaisait mentalement la journée folle qu'elle venait de vivre. Quand ils rentrèrent, il était à peine 19 heures, mais Ilåna s'écroula dans son lit et sombra, une fois de plus, dans une nuit sans rêves.

     


    votre commentaire
  • Les semaines passèrent. Les Stayne ne partaient jamais en vacances, et cet été ne faisait pas exception à la règle. Pour passer le temps, Ilåna avait essayé une dizaine de fois son uniforme, feuilleté ses manuels (mais en tirer quelque chose, il ne fallait pas l'espérer), et tenté de lancer des sorts avec sa baguette neuve (quelquefois, elle avait provoqué des explosions, mais la plupart du temps, il ne se passait rien). Du reste, la vie était globalement la même. Elle continuait à se gaver de gâteaux au goûter, à jouer aux jeux vidéos avec son frère, à regarder des films d'action. Son père n'avait pas plus de tact que d'habitude, il n'empêche qu'il lui lançait sans cesse des regards obliques étranges, admiratifs, comme si elle n'était plus la même – et c'était peut-être le cas. 

    Ilåna n'était pas sûre. Elle avait perdu tous ses repères, et flottait dans une sorte d'état second. Pour la première fois de sa vie, elle avait hâte d'être à la rentrée...

    Elle ne rêva pas d'Åna. Ça aussi, c'était inhabituel. D'habitude, elle refaisait le même rêve une dizaine de fois – des rêves horribles, peuplés de monstres qui avaient hanté ses nuits pendant toute son enfance... Quant à Åna, elle était certaine que son rêve signifiait quelque chose, sauf qu'elle n'arrivait pas à le comprendre. 

    Et puis, le jour tant attendu arriva. Un matin, au petit déjeuner, son père avait déposé une enveloppe sur la table. Ilåna avait été tellement interloquée qu'elle avait recraché son chocolat chaud. 

    - La rentrée c'est demain ?!

    La lettre rappelait quelques formalités sur l'heure de départ et d'arrivée, la durée du trajet, et était accompagnée d'un petit billet de train. 

    HOWARTS EXPRESS

    for ONE WAY travel

    Platform 9 3/4

    - Quai 9 3/4 ? s'étonna Ilåna. C'est quoi, une énigme ?

    Son père se pencha par-dessus son épaule. 

    - Je n'en sais rien, soupira-t-il. Peut-être que je pourrais appeler Hero et...

    - Non, coupa Ilåna avec un sourire malicieux. Je vais me débrouiller, ça ira.

    La vérité c'était qu'elle ne voulait plus avoir affaire à Hero et Sandra Wales. Tout sauf ça, se disait-elle. 

    L'après-midi, Ilåna et son frère se rendirent au supermarché pour acheter les fournitures « normales » de Caleb. Ilåna essayait de se distraire, mais en vérité, elle ne pouvait s'empêcher de penser à Poudlard. 

    - Qu'est-ce que tu penses de celui-là ? demanda Caleb. 

    - Hum ?

    Elle se rendit compte qu'elle était partie loin, très loin, dans un château médiéval de donjons et de dragons. Caleb, lui, brandissait devant ses yeux un stylo plume hors de prix, qu'il hésitait à acheter. 

    - Tu penses toujours à autre chose, remarqua son frère. C'est pas drôle. Tu étais plus sympa avant.

    Ilåna fut prise au dépourvu. Même si, théoriquement, ils n'étaient que demi-frère-et-sœur, Caleb et elle avaient été élevés ensemble. Depuis toujours, Caleb était le seul ami d'Ilåna, et elle n'avait pas envie de le perdre. Elle se rendit compte que c'était pour ça qu'elle n'avait pas ouvert la lettre, au début. Elle avait peur que son univers éclate, et elle avait peur – 

    De perdre son frère. 

    - Je prends celui-là, décida Caleb en froissant le billet de 20 livres que lui avait donné son père. Le stylo en coûtait 11. Ils avaient encore des courses à faire, il leur manquerait sûrement de l'argent, mais Ilåna ne nota pas.

    Ils passèrent en caisse. 

     

    - Ma puce, fit une voix douce. Réveille-toi.

    Ilåna sauta du lit. Il était six heures du matin, et elle avait l'impression que la nuit n'avait duré que quelques minutes. D'un commun accord, Ilåna et son père décidèrent de ne pas réveiller Caleb. 

    Ils déjeunèrent en silence. Ilåna était si impatiente que sa tête lui tournait – et elle ne pouvait s'empêcher d'afficher en permanence un sourire immense et débile. 

    Rien que l'idée de ne plus revoir Kevin la mettait dans un état d'euphorie. Sans parle du château, des donjons, de la magie...

    Ils quittèrent la maison à 7h50. La gare King's Cross était à seulement une quinzaine de minutes de chez eux, ils étaient très en avance, mais, comme le disait toujours le père d'Ilåna, « On n'est jamais trop en avance ». Et pour cause, deux kilomètres de bouchons eurent bientôt raison d'eux.

    Le portable de Bruce bipa. Ilåna attrapa le téléphone. 

    - C'est Rémy, dit-elle.

    Son père soupira. Il travaillait dans une usine de jouets – à la base, il adorait ça. Il disait toujours à Ilåna qu'il avait l'impression d'être un lutin du Père Noël, ou un renne, à la rigueur. Jusqu'à ce que Rémy Languedoc devienne son patron – depuis ce jour, il aurait tout donné pour changer de métier. 

    - Que dit-il ?

    - « 500 nouvelles commandes pour Roger & Corps supermarchés. Défaut de fabrications sur le robot N46 Série 3. Pro... Porto...

    - Prototype.

    - Prototype Buzz Lightyear Poupée Supersonique en retard. We all need you, Bruce. »

    - Aaaarg, grimaça son père, Buzz Lightyear me donne des envie de meurtre. (Il tapa du poing sur le klaxon.) C'est que je suis en retard, et tu peux être sûr que Rémy va retenir ça sur mon salaire.

    - Ah, fit Ilåna.

    Ça se débloquait. Bientôt, ils roulaient à une vitesse normale. 

    - Bon, écoute, fit le père d'Ilåna lorsqu'ils s'arrêtèrent sur le parking de King's Cross. Je ne vais pas pouvoir t'accompagner dans la gare. Tu penses trouver le quai 9 3/4 toute seule ?

    - Bien sûr, fit Ilåna avec un petit sourire. Ça ne doit pas être sorcier.

    Enfin si, justement, ajouta-t-elle dans sa tête. 

    Elle ne pouvait s'empêcher de sourire. 

    Après avoir rapidement embrassé son père – peut-être même trop rapidement – elle entra dans la gare. 

    Cette gare, elle l'avait visitée des dizaines de fois. Pas qu'ils voyagent souvent, mais son père aimait venir ici pour prendre un café, s'arrêter quelques minutes et observer les gens. C'était comme s'ils partaient avec eux. 

    Elle trouva sans mal la voie 9, qu'elle parcourut lentement de long en large jusqu'à arriver à la voie 10. Pas de voie 9 3/4, bien sûr, le contraire l'aurait étonnée. Elle se trouvait bien embêtée de de devoir demander à un contrôleur qui ne saurait pas forcément plus qu'elle. 

    Elle se dirigeait vers un guichet d'accueil lorsqu'elle repéra deux garçons à l'autre bout du quai, transportant des valises énormes. Comme il y avait une chouette accrochée à l'une d'elles et un chat à l'autre, Ilåna supposa qu'ils se rendaient au même endroit qu'elle : Poudlard. 

    Elle s'approcha d'eux. Le premier était un garçon de quinze ans environ, grand, mince, au visage droit, les bras musclés. Il portait une veste argentée, une cravate verte et un pantalon droit. L'autre, un petit brun de l'âge d'Ilåna, portait globalement la même tenue, mais la veste et le pantalon avaient d'air trop grands pour lui. 

    - Excusez-moi ? demanda Ilåna. Où est... heu...

    - Hum ?

    - La voie 9 3/4 ?

    Le garçon eut un grand sourire, qui dévoilait des dents particulièrement blanches. Ilåna grimaça - elle se sentait particulièrement gênée. 

    - C'est ta première fois ? dit-il d'une voie aimable. Viens. Mylon aussi entre en première année.

    Il la prit par le bras, et la tira jusqu'à la barrière qui séparait les voies 9 et 10. 

    - C'est là.

    Ilåna se demanda si elle avait raison de lui faire confiance. 

    - C'est, heu, une grille, dit-elle.

    - Tout à fait. Il te suffit de passer à travers.

    -A travers ?

    Ilåna en avait déjà vu de belles, entre la maison de sa tante et le Chemin de Traverse ; mais passer à travers une grille ? Est-ce que c'était seulement possible ? 

    Comme pour le prouver, le garçon accéléra soudain, poussant son chariot droit devant lui. Et disparut. 

    C'était clair, il était passé à travers la grille. Ilåna n'en revenait pas. 

    - Allez, viens, fit l'autre. Faut pas avoir peur.

    De la même manière, il fonça doit vers la grille avant de disparaître dedans. Ilåna inspira. Oh. Elle poussa son chariot vers la grille, ferma les yeux. Elle se préparait mentalement au choc.

    Mais quand elle rouvrit les yeux, elle était dans un endroit tout autre. Une gare, oui, mais parcourue par des gens étranges, les mêmes que sur le Chemin de Traverse. Une locomotive antique – mais superbe – s'étendait de tout son long sur le quai, et une pancarte indiquait « Quai 9 3/4 : Poudlard Express, départ imminent. »


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique
t>