• 17 Mai
    Ca y est. C'est fini.
    Voldemort est vaincu...

    18 Mai
    Ca y est, c'est fini. Voldemort est vaincu.
    Je ne peux pas y croire. L'école est détruite. Les corps, inertes, couvrent les ruines du château. Des elfes, des géants, des sorciers, qui se sont battus pour la liberté.
    Les deux derniers jours sont passés comme une flèche ; personne ne dormait, ni ne mangeait, même si on tombe tous de fatigue. Il faut soigner les blessés, enterrer les cadavres. De Voldemort, il ne reste qu'un tas de cendres blanches, ramassées hier soir par Argus Rusard. A croire qu'il n'a jamais existé. Je suis bien placé pour le savoir, pourtant. Qu'il a existé. Qu'il est mort, enfin, une bonne fois pour toutes...
    Les première, seconde et troisième année sont rentrés chez eux par le Poudlard Express ; à vrai dire peu d'entre eux ont participé aux combats. Quant aux quatrième, cinquième et sixième année, ils repartent au compte-gouttes. Ron s'en va demain : une voiture du Ministère viendra récupérer ce qui reste des Weasley pour qu'ils pleurent dignement la mort de leurs frères. Fred et Percy seront enterrés au Terrier, au milieu du champ labouré par les gnomes.
    Et maintenant ?

    20 Mai (vers deux heures du matin)
    Dans le parc du château, des boules de feu flottent encore au cœur de la nuit. Hagrid est enfin de retour chez lui, après s'être assuré que les géants sont en sécurité dans les montagnes et n'ont pas fait de dégâts en chemin.
    C'est fou ce que le temps passe vite. Poudlard est reconstruit petit à petit, avec tous les efforts magiques dont les professeurs, parents et élèves volontaires sont capables. J'ai aidé à reconstruire la Grande Porte, une partie du couloir du Troisième Etage et même la cuisine des elfes de maison ; mais on a veillé à laisser quelques parties intactes, comme le dôme brisé de la tour d'Astronomie ou le pont aérien. Il ne faut pas oublier ce qui s'est passé ici.
    A vrai dire, parents, élèves, sorciers, on a perdu trop de monde pour oublier quoi que ce soit...
    Je suis fatigué. En fait, mon bras n'est pas guéri, et j'ai le corps tout engourdi, c'est à peine si je tiens sur mes jambes. J'ai faim. Mais Madame Pomfresh est d'accord avec moi : certains malades passeront avant.
    Alors j'aide comme je peux. Mc Gonnagall dit que ça va comme ça, que je peux rentrer chez moi, qu'on ne va pas en demander tant au garçon-nouvel-adulte-qui-a-vaincu-Voldemort-par-trois-fois. Ce n'est pas un argument convaincant, et puis je ne suis pas seul dans cette bataille, quoiqu'on puisse en dire. Déjà, de nombreux journalistes sont venus fourrer leur nez dans leurs affaires, et les gros titres ont légèrement changé... Neville, Hermione, Mc Gonnagal, Molly Weasley, on est tous assaillis en permanence. On nous félicite, on nous glorifie...
    Doit-on être glorifié pour avoir tué des dizaines de gens ?

    21 Mai
    Le soleil s'est levé. Lumière pâle, orangée, illuminant le lac nimbé de brume. Souvenirs, aussi. Neville a fini par rentrer chez lui. On a beaucoup discuté, l'année prochaine il entame des études supérieures de Magie Noire, pour devenir Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Il ne laisse pas tomber sa passion pour la botanique, il envisage même un cours mélangeant les deux matières - j'espère pour lui qu'il sait que ça n'a aucun avenir...
    Il a tellement changé, c'est fou ; même physiquement. Son visage s'est endurci, sa voix est plus sûre d'elle, plus posée. Enfin, il reste Neville, et il vient de grimper dans le train pour revenir chez sa grand-mère. Luna est partie, elle aussi, par le même train.
    Les Weasley sont toujours chez eux, seule Molly passe quelquefois pour aider Madame Pomfresh. Elle raconte qu'ils vont bien, qu'ils sont secoués, mais qu'il vont bien. Ça ne me suffit pas. Ginny me manque, je veux plonger mes yeux dans les siens, ma main dans ses cheveux, l'embrasser. Elle est si belle, si courageuse, si forte. J'ai besoin d'elle. Je veux qu'elle me soutienne, qu'elle me rassure avec ses chansons d'enfant. Passer enfin une nuit entière, sans cauchemars, une nuit douce comme du coton...
    Une nuit sans ombres. Sans cadavres, sans torturés. Sans cris de rage et de douleur.
    Ron me manque, lui aussi. Il ne m'a pas accordé une lettre, pas même une Beuglante ! Je sais qu'il m'en veut de ne pas avoir vendu la Baguette, qu'on aurait pu devenir riches et régler les problèmes de sa famille, mais... Non. Je ne veux pas d'un nouveau Seigneur des Ténèbres.
    Hermione me manque elle aussi. C'est à peine si je la vois de temps en temps, à l'infirmerie ou dans la Grande Salle flambant neuve. Je l'ai croisée dans la forêt, aussi ; deux fois. Je crois que ça... Lui passe les nerfs. A moi aussi, j'y vais souvent. Cette forêt sombre, humide, pourrait être le théâtre de mes cauchemars, mais au contraire, elle me plait beaucoup.
    Le reste du temps, Hermione le passe à la bibliothèque. Elle travaille sans relâche, mais ne veut pas me dire ce qu'elle cherche. Lorsque je lui pose la question, elle dérive la conversation, me parle de politique, ou de la dernière blague de Seamus ; mais deviner le but de ses recherches est aisé.
    Elle est orpheline, depuis qu'elle a lancé cet Oubliettes à ses parents. Sans passé et... Sans avenir. Elle recherche un remède, une solution, elle n'abandonnera pas tant qu'elle n'en a pas. Mais par Merlin, si un remède existait, je crois qu'on le saurait depuis longtemps...

    21 Mai (soir)
    Un officier du Ministère est venu me voir ce matin. Il m'a donné la nouvelle adresse des Dursley, leurs coordonnées si je veux les joindre. Il m'a aussi rappelé que, d'après le testament de Sirius, la maison du Square Grimmow me revenait. Ça paraît logique ; je ne vais pas rester à Poudlard toute ma vie, d'autant plus que l'école est presque remise sur pied. Mc Gonnagall a fait la liste d'élèves qui seront parfaitement guéris dans deux semaines et qui rentreront à Kings Cross en Poudlard Express. Hermione en est. Elle va rejoindre l'habitation d'une tante, qu'elle n'a pas vue depuis des années, qui n'est même pas au courant que la Magie existe, et encore moins du sort de ses parents. Pauvre Hermione... J'aimerais tant l'aider, mais elle n'accepterait pas. Je la connais.

    1er Juin
    Pour Harry Potter et Hermione Granger
    Ma main tremble en écrivant ceci. Ici, tout est silencieux, trop silencieux. Bill et Charlie sont repartis chacun de son côté, et papa a recommencé à travailler, il part tôt le matin et rentre tard le soir. Georges est remonté au grenier, il passe tout son temps dans sa chambre depuis qu'on est rentrés. Il veut reprendre l'affaire Farces pour sorciers facétieux, mais comme une partie du magasin a flambé, il doit refaire la moitié des stocks à lui tout seul. J'imagine que ça prend du temps... Quant à Ginny, elle redouble sa sixième année, comme Luna, Cho et beaucoup d'autres qui ont combattu avec nous.
    Maman me parle tout le temps d'orientation. Je lui ai dit que je voulais devenir Auror, et je crois que depuis la Grande Bataille de Poudlard elle m'estime un peu plus, mais ça ne l'empêche pas de me mettre la pression avec son histoire de Buse insuffisants, et de cours de rattrapage.
    Oh, la Bataille de Poudlard, bon sang... des sorts prononcés à mi-voix par un Mangemort sadique, des explosions en tous sens, des barrières inutiles, un casse-tête de stratégie, de telle sorte que nombre d'innocents sont morts... Sang et cadavres. Je n'arrive pas à m'ôter ces images de la tête, elles tournent en boucle ; je me revois courir parmi les décombres en pleurant un Harry mort qui ne l'était pas. Lupin et Tonks, figés dans un dernier geste d'amour. Percy. Fred. Le dernier Horcruxe, notre course effrénée, les dix mille camps, la biche argentée... Je suffoque. J'ai besoin d'un peu d'air. D'une page blanche, pour m'éclaircir les idées.
    Les Canons ont un match samedi contre les Lutins de Bretagne. Ça vous intéresserait de venir le voir, avec moi ? Ginny, Georges et mes parents ni viennent pas, par contre, j'ai invité Luna et Neville, et ils viennent. S'il vous plait, acceptez ! Je ne les supporterai pas tout seul !
    Alors à samedi,
    Ron.
    PS : A Hermione : Je t'aime, tâche de ne pas l'oublier.
    En lisant la lettre, un fin sourire se dessina, lentement, sur les lèvres d'Hermione. Quand elle parvint aux dernières lignes, elle éclata de rire. Un rire clair, heureux, que je n'avais pas entendu depuis longtemps. Ses yeux brillaient. Je comprends pourquoi Ron l'aime - il n'aurait pas pu trouver mieux.

    2 Juin
    Mc Gonnagal est d'accord, on prend les Sombrals demain pour aller au Terrier. C'est triste à dire, mais presque tout le monde peut les voir, maintenant. On devrait arriver Vendredi matin. J'ai hâte de revoir les Weasley...

    3 Juin
    La sensation de vol est si grande, si forte. Comment ai-je pu oublier ça ? Du haut d'un Sombral, tout est possible, on domine le monde. Il n'y a plus de vérité. Il n'y a plus de vie vécue, de souvenirs, de guerre qui tourne en boucle dans ma tête, de ruines, de pleurs étouffants. Il n'y a plus que le ciel, les nuages, le vent qui me fouette la nuque, l'adrénaline qui monte... Je crie, je hurle, je vole, je m'évade. J'aimerais que ça ne se termine jamais. Oh... Dans les cieux, si haut ; je ne suis plus rien du tout...

    4 Juin
    C'est Ron qui nous a ouvert la porte. Lorsqu'elle l'a vu, le visage d'Hermione, durci par le soleil, la tristesse, la fatigue, s'est éclairci d'un coup. Elle lui a sauté dans les bras, le regard voilé par les larmes. Ron semblait aux anges, lui aussi.
    Je suis entré dans la maison. Aussitôt, je me suis senti chez moi. Comment ne pas l'être dans cette maison bancale, pleine d'objets inutiles qui s'animent au moment où l'on s'y attend le moins, de couvertures miteuses, de robes de sorciers usagées, ou flotte une odeur constante de graines pour hiboux ?
    Rien n'a changé ici. La grande horloge qui n'indique pas l'heure, le miroir ébréché et son regard critique, même la goule est encore là. Les cris qu'elle pousse me faisaient peur, au début ; mais on s'habitue vite.
    Cette maison... C'est surtout sept ans de rires, de cauchemars, de fêtes de noël, d'hésitations. Je m'en rends compte en pénétrant dans le salon. C'est ici que j'ai appris à me servir de la poudre de Cheminette, c'est cette famille qui m'a amené à la Coupe du Monde de Quiddich, c'est ici que nous avons reçu les présents de Dumbledore, point de départ de notre quête... Un repère, qui m'a guidé toutes ces années. Un repère, oui. Comment aurais-je pu vivre sans connaître tout ça ?
    Ginny est là. Ma Ginny. Elle a un doux sourire sur les lèvres, simple, serein. Elle me saute dans les bras, m'embrasse. Oh... quelle sensation.
    Elle ne dit rien, et moi non plus. Je salue Molly, qui me dit que Neville et Luna sont au premier.
    Je monte, les marches grincent. C'est ridiculement silencieux, là-haut. La porte de la chambre est entrebâillée.
    J'entre. Neville et Luna sont assis sur le lit, ils jouent... Aux cartes, je crois. Neville m'adresse un sourire crispé.
    - Salut, Harry, il fait.
    Quant à Luna, elle me saute dans les bras.
    - Harry ! Tu vas bien ?
    - Moi ? Oui ; oui... Mais vous, ça va ?
    Je les contemple. Ils ont l'air gênés, mais heureux. Ils vont bien ensemble.
    Luna sourit.
    - On peut dire ça. On sort ensemble, en fait. Plus ou moins.
    - C'est fantastique ! je fais.
    Neville ne me regarde pas.

    Quand Georges m'entend monter au 2e étage, il ouvre en grand la porte de sa chambre.
    - Harry, Hermione ? Vous êtes là ?
    - C'est moi, je réponds.
    Sa chambre est un joyeux bazar. Des stocks de Pastilles de Gerbe, de Philtres d'amour, de bonbons-fumée s'entassent contre les murs. La table est encombrée de fioles, de prospectus, de manuels ; et un petit chaudron émet une lueur verte. Les murs sont recouverts de posters et d'affiches de joueurs de Quiddich que je ne connais pas, des célèbres batteurs, sans doute. Et au fond de la pièce, quasiment invisible sous les piles de vêtements, se trouve un lit superposé.
    Georges sourit.
    - Pardon, c'est un peu le bazar...
    - Ça doit être dur, je dis, sans y penser vraiment.
    - Quoi donc ?
    Je le regarde. Il feint l'ignorance, il veut faire comme si de rien n'était. Dois-je lui rappeler ça ?
    Je bredouille, à mi-voix :
    - Eh ben, depuis que Fred...
    Sa mâchoire se crispe. Il a une belle marque rouge, à l'oreille. Douloureuse, sûrement.
    - Disons que ça fait beaucoup de boulot. Je crois qu'il va falloir embaucher, ha, ha...
    Il part d'un rire nerveux. C'est bien Georges, ça. En un sens, ça me rassure. Il trouvera toujours ce qu'il faut pour rire, et ce avec ou sans son complice de toujours. Fred.
    Je n'arrive pas vraiment à le regarder dans les yeux.
    - Ah. Alors... Tu y as déjà réfléchi ?
    - Le petit Tomi Jackson, il réplique, m'envoyant un sachet multicolore. On l'a pris en stage l'an dernier, il avait l'air tellement heureux que je crois que je vais l'embaucher à plein temps...
    - Cool, alors.
    Un silence passe, il ajoute des ingrédients à sa potion, très concentré. Sur la table, un papier se distingue des autres, par sa blancheur officielle.
    PAR ORDRE DU MINISTERE
    Tous les stocks seront retirés d'ici fin Septembre. La clé des lieux sera remise à M. Phileas Corbillaud, avant destruction officielle. Ordre indiscutable, mes excuses pour le dédommagement occasionné.
    Luis Freizag,
    Gestion commerces et services du Chemin de Traverse.
    - Neville, Luna, Harry ! hurle soudain Ron. On y va !

     


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  • On rejoint en marchant le Portoloin le plus proche. C'est bizarre, de me retrouver à nouveau entre Ron et Hermione. Toute la tension est retombée, pourtant je n'arrive pas encore à baisser la garde. J'écoute distraitement leur conversation – ils se disputent à moitié. Hermione se plaint que Ron s'obstine à supporter les Canons de Chudley, et Ron dit qu'elle n'y connaît rien. Ce n'est pas faux, après tout, Hermione s'intéresse au Quiddich de loin en loin, comme on dit. Les Canons ne sont pas si mauvais que ça, à vrai dire ; leurs batteurs et leurs poursuiveurs sont même plutôt bons, mais ils ont le pire gardien et le pire attrapeur que je connaisse. Maintenant, ils ont juste besoin de chance et de supporters comme Ron qui les encouragent.
    Neville et Luna marchent un peu devant, côte à côte, comme un vrai couple. Ils se tiennent par la main. Ginny ouvre la marche. J'hésite encore à la rejoindre, je veux rester avec mes amis –

    C'est un petit stade sans envergure, mais on a de très bonnes places, qui surplombent tout le terrain. Les Lutins de Bretagne sont très élégants dans leur robe blanche et noire ; les Canons font hurler leurs fans, qui sont bien plus nombreux que je pensais. Ron, à-côté de moi, se déchaîne. Il porte un haut de forme orange et noir, les couleurs des Canons. A mesure que le match avance, l'écart se creuse entre les deux équipes. Les Canons parviennent à marquer quelques points, mais les Lutins sont bien meilleurs. Bientôt, ils ont 50 points d'avance.
    La foule est déchaînée. J'ai chaud, et mes épaules sont lourdes. Ginny glisse sa main dans la mienne. Je lutte pour garder les yeux ouverts.
    « M. Potter ? » fait une voix derrière moi.
    Je soupire. C'est un officier du Ministère, celui qui m'avait donné l'adresse des Dursley. Il avance tant bien que mal entre les gradins et puis s'approche de moi. Il me tend un courrier, que je déchire. C'est une lettre de Lupin, son testament, peut-être.
    Oh.

    5 Juin
    Je suis rentré au Terrier sans attendre la fin du match. Ginny m'a accompagné. J'ai besoin de me poser, de réfléchir. J'ai besoin des conseils de Molly Weasley.
    La lettre n'était pas le testament de Lupin, en vérité, mais simplement quelques mots griffonnés à la hâte ; entre deux combats. Le papier est froissé, la plume, tremblante.

    Si je meurs, transmettez-lui ceci :
    Harry, si Nympha et moi mourrons, il n'y aura plus que toi pour notre fils Ted. Pour l'instant, il est chez la mère de Nympha, mais la vielle ne durera pas éternellement. Je te confie l'enfant, et tout l'argent qu'il te faudra pour l'élever.
    En espérant que cela ne te parviendra jamais,
    Lupin.

    Le reste est tapé à la machine par une sorcière du nom d'Alana. Elle explique avec les termes froids qu'exige son métier que si je n'adopte pas légalement Teddy Lupin, il vivra chez sa grand-mère aussi longtemps qu'elle sera en vie, puis sera placé dans un orphelinat Moldu comme c'est la procédure. Si j'adopte l'enfant, libre à moi de le confier à quelqu'un d'autre plus tard.
    Je pleure. Les flammes vertes de la cheminée ondulent et Arthur Weasley émerge soudain. Il me regarde d'un air plein de compassion, mais ne dit rien. Ginny est tout près de moi, elle raisonne calmement. Le mieux serait d'adopter Teddy Lupin, puis de m'installer au Terrier ou au Square Grimmow. Ce serait la moindre des choses, en mémoire de Rémus et Tonks.
    Mais en serai-je capable ?
    Je joue le rôle de Sirius, je ne peux m'empêcher de penser. Si seulement Sirius avait été là pour m'élever, ma vie aurait été différente... Mais peu importe. Il faut tourner le dos au passer, aller de l'avant.
    J'ai besoin de réfléchir.

    Neville, Luna, Hermione et Ron sont rentrés. Ron m'en veut un peu d'être parti sans prévenir, il dit que c'était un beau match, même si les Lutins de Bretagne ont gagné. Je le crois sans discuter...
    Hermione est d'accord avec moi : je ne peux pas m'occuper d'enfant maintenant, à dix-sept ans à peine, au sortir d'une guerre. Molly propose de l'adopter – un enfant de plus, après tout, ça ne lui poserait pas de problème. Mais je secoue la tête. J'ai un engagement vis-à-vis de Rémus, maintenant. Je suis le parrain de son fils...

    7 Juin
    L'ensemble des Maraudeurs n'étant désormais plus de ce monde, je me tourne vers la seule personne dans mon entourage ayant bien connu Lupin : Arthur Weasley. Ils ont appris à se connaître environ dix ans plus tôt, à l'époque de l'Ordre du Phénix.
    « Il est né en 1960, me dit-il en comptant sur ses doigts. Quand il était très jeune, il s'est fait attaquer par un loup-garou... Fenrir Greyback. Il en a gardé des traces sur tout le corps... Et depuis, il se transformait chaque mois en loup. Au début, ses parents étaient désorientés. Ils ne comprenaient pas pourquoi chaque mois, ils retrouvaient leur maison sans dessus-dessous, les meubles lacérés et renversés avec violence... Mais avec une enquête, ils ne tardèrent pas à découvrir la vérité. Ils cherchèrent activement un remède, sans succès... Rémus était élevé comme un monstre, et rejeté par tous. Personne ne pensait qu'il pourrait étudier.
    Arthur secoue la tête.
    - Enfin, l'histoire, tu la connais.
    C'est vrai, je la connais. L'année où Rémus est entré à Poudlard, Dumbledore fit construire la Cabane Hurlante et planter le Saule Cogneur. Ainsi, Rémus devenait inoffensif... Mais, seul, il souffrait énormément. Par contre, le reste du temps, il y avait ses amis –
    Sirius –
    Pettigrow –
    James –
    - C'est en quatrième année qu'ils parvinrent à avoir de véritables Patronus, me dit Arthur. Les rumeurs sur la Cabane Hurlante étaient très virulentes... En dehors de James, Sirius et Pettigrow, personne n'aimait vraiment Lupin. Il était distant, lunatique, rabat-joie... Parfois, on louait son talent en classe, mais c'était à peu près tout. Et puis, ils ont grandi... Et il y a eu l'Ordre.
    L'Ordre.
    Voldemort.
    Le regard d'Arthur se perd dans des souvenirs douloureux. Les souvenirs d'une guerre que je n'ai aucun mal à imaginer.
    - Il n'avait pas vraiment de métier, poursuit Arthur, il étudiait la Défense Contre Les Forces du Mal. A l'époque, j'étais au Ministère, comme aujourd'hui. Avec l'Ordre du Phénix, on a découvert quelque chose de nouveau, d'à la fois cruel et jubilatoire : la Résistance. On avait l'impression d'être au cœur du monde, là où les choses bougeaient. On est devenus plutôt amis, à l'époque. (Il sourit.) De très bons amis. Mais Rémus était préoccupé par autre chose que la Guerre. Il savait que Voldemort cherchait les Potter, alors James et lui ont décidé de changer le Gardien du Secret –
    - Merci », dis-je précipitamment.
    Je connais cette histoire, je n'ai pas besoin qu'on me rappelle des détails inutiles. Ce ne sont pas mes parents que Voldemort recherchait, c'était moi. Moi, l'...lu, qui, marqué par lui, était destiné à une vie... Mouvementée, disons.
    Je regagne ma chambre, tout en haut. Mes pensées tourbillonnent.
    Il y a eu plusieurs Rémus Lupin.
    Lupin loup-garou, brisé, rejeté, monstre qui peinait à s'accepter lui-même,
    Lupin Maraudeur, inventif, travailleur, fier, ayant des amis fantastiques avec qui le monde était plus vaste,
    Lupin Résistant, prêt à tout pour sauver ceux qu'il aime, et le monde au passage, tant qu'à faire,
    Lupin professeur : le meilleur professeur de Défense Contre Les Forces Du Mal que j'aie jamais eu, il savait rendre les choses passionnantes,
    Lupin et Tonks.
    Je ne sais pas grand-chose sur eux, mais ils avaient l'air de beaucoup s'aimer. Ils étaient complémentaires, dans la vie comme dans la mort –

    Je vais rendre visite à la mère de Tonks.

    11 Juin
    Une vielle femme ridée nous ouvre la porte. A ma vue, elle sursaute.
    « Oh, mais vous êtes Harry Potter ! Entrez, je vous en prie...
    Elle semble confuse, s'excuse que son intérieur soit en désordre. On entre, moi et Ginny, dans un salon aux couleurs rose pâle. Je le trouve bien rangé, moi, son intérieur. Les meubles sont recouverts d'une dentelle blanche, l'air sent la soupe de poireaux. Des cadres poussiéreux décorent une petite cheminée. On y voit un chien, un canard, la petite Tonks qui grandit. Sur la dernière image, elle se jette dans les bras de Lupin.
    La vieille femme allume une bouilloire, nous installe dans des fauteuils roses et rigides, qui grincent quand on s'assoit dessus. Je regarde ses yeux violet et ses cheveux mauves. Elle a le même visage que Tonks, c'est impressionnant. Elle me dit que, si elle le voulait, elle pourrait redevenir jeune et belle, mais sa magie ne peut la rendre immortelle, seulement en apparence.
    - Je suis vieille, dit-elle. Je préfère que mon reflet me le rappelle tous les jours.
    Elle sert le thé.
    - Ted est dans sa chambre, ajoute-t-elle. J'imagine que c'est pour lui que vous êtes là...
    - Harry est le parrain de Teddy, dit précipitamment Ginny.
    La femme hoche la tête.
    - Bien sûr. Je comprends que Nympha péfère confier son fils à un héros plutôt qu'à moi...
    Sa voix se brise, ses yeux s'embuent.
    - Elle ne m'a jamais aimée, dit-elle. Je crois que j'étais trop sévère... On ne se comprenait pas.
    Ginny hoche la tête, lentement.
    - Et maintenant, poursuit Mme Tonks, elle est morte...
    Elle est presque en larmes, désormais. Je me sens mal. Il fait chaud, l'atmosphère est trop lourde ici. Je me lève brusquement.
    - Je peux le voir ?
    Elle paraît surprise, se redresse d'un coup. La théière se renverse.
    - Oh, mais où ais-je la tête ? Bien sûr, vous n'êtes pas venus voir une pauvre folle comme moi...
    Elle sort sa baguette magique et commence à nettoyer d'un aire affolé, comme si elle avait oublié comment faire.
    -Allez-y, dit-elle. Dernière porte à gauche.
    On entre dans la chambre, une pièce minuscule et sans dessus-dessous. « Oh non. C'est vrai », je pense. Mme Tonks a acheté plein de jouets pour Teddy, visiblement. Il y a un aquarium dans un coin, avec des jeux de cartes, un mini balai en suspension dans l'air, des instruments de musique, des paquets de cartes et des bonbons mais le problème, c'est que tout est renversé ou en bazar, comme s'il y avait eu une petite explosion dans la chambre. Des restes de nourriture sont collés aux murs, et la tapisserie aux couleurs délavées est en partie lacérée.
    Au milieu de ce tableau, un gamin de cinq ans est occupé avec un puzzle. L'image change quand il l'a fini et les pièces sont a nouveau mélangées.
    Il tient plus de sa mère que de son père, je crois, il a le même nez recourbé et les mêmes yeux pétillants. Sans compter, bien sûr, cette touffe d'épais cheveux bleus qu'il a sur la tête, et qui devient rose lorsqu'il se met à rire.
    - Ce n'est pas un loup-garou, dit Mme Tonks en ramassant quelque chose par terre (une figurine, je crois). J'ai vérifié. A la dernière pleine lune, il était particulièrement énervé, alors je l'ai enfermé dans sa chambre, mais il ne s'est pas transformé...
    Elle dit ça d'un ton incertain et presque triste. Je crois qu'elle l'aime vraiment et qu'elle veut se racheter de sa conduite envers Niphadora, mais ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Rémus m'a confié la garde de son fils et j'ai, moi aussi, des vides à combler.
    Teddy accourt vers moi.
    - T'es qui, toi ?
    Oh. J'avoue qu'étant le Survivant, le héros de la Grande Bataille de Poudlard, on m'a rarement abordé ainsi. Mais j'aime bien cette version.
    - Je m'appelle Harry, dis-je en m'agenouillant, et il me jette un regard suspicieux. Je suis un ami de ton père.
    - Papa ? dit-il, soudain enthousiaste. Il est où, papa ? Il revient quand ?
    Pas d'apitoiement. Je suis orphelin, moi aussi, et je sais que la pitié ne m'a jamais aidé. « Lily et James étaient des gens bien, je suis désolé pour vous », « Oui, je suis désolé pour vous, M. Potter... Leur absence doit vous être cruelle... », « Je ne vois pas ce que je peux faire pour vous, mais je suis sûr qu'ils vous auraient aimé... »... Toute ma vie, j'ai été considéré comme un petit animal pitoyable, j'ai reçu des condoléances et des encouragements de pure forme et vides de sens, venant des gens qui les connaissaient à peine, et qui me connaissaient à peine. Sirius, Rémus, ils avaient connu mes parents, mais ils savaient qu'il n'y avait rien de bon à vivre dans le passé. Alors non, maintenant qu'ils sont morts, je ne m'apitoierai pas. Je jure que, si je prends la garde de Teddy, je ne me permettrai jamais de le considérer comme un pauvre orphelin pitoyable, poursuivant le fantôme de ses parents absents.
    - Mamie dit qu'il est parti en voyage, poursuit Teddy. Avec maman et sa baguette et toutes ses affaires. C'est un long voyage mais il a tout ce qu'il faut et il va revenir, non ?
    J'ai envie de vomir. Non, on n'a pas le droit de mentir comme ça à un gamin, comme par exemple de lui raconter que ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu'ils ont été assassinés par le plus grand mage noir de tous les temps. Je me relève brusquement en jetant un regard lourd de sens à Mme Tonks. Je veux partir. Je dois quitter cet endroit, tout de suite.
    - Au revoir, dis-je froidement.
    - Harry... fait Ginny d'une voix faible.
    Mais je suis déjà en train de remonter le couloir jusqu'à la porte d'entrée. Ginny me suit et, bientôt, je sors à grandes enjambées dans le jardin.
    - Au revoir », dit Mme Tonks.
    Et elle ferme la porte.

     


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