• La Quête du Traceur de Temps

    Fic que j'écris d'abord pour me détendre, l'histoire a priori légère cache un fond très complexe. Mais serais-je capable de le dévoiler ?

  • Il est 13 h 27, on est Lundi.


    Assise sur un tabouret, je fixe l'heure, immobile, les larmes aux yeux. Plus que deux minutes.
    Rose est en train de mettre la table, Pernelle s'affaire dans la cuisine. Ça sent le chocolat. Elle n'aurait pas dû s'embêter. Des sandwiches auraient suffi.


    Il est 13 h 28. Plus qu'une minute. Sans bouger, je compte les secondes qui s'étendent à l'infini ; longues, trop longues. A 13 h 29, Pernelle dépose le chocolat sur la table. Comme si c'était le signal qu'ils attendaient, le chien se met soudain à japper et Rose s'assoit précipitamment. Je pousse un long soupir et la rejoins.
    Pernelle apporte la salade et les apéritifs et s'installe en face de moi, avant d'entamer une prière. Je ferme les yeux sans prier. Et je le revois.


    Je revois Nicolas le jour de sa mort. Il se débat dans le courant. Sans hésiter, je saute dans la rivière pour le sauver. Le poisson l'a jeté à l'eau. Le chien aboie à la mort et moi, je me sens saisie d'une force indescriptible qui me prend et m'étouffe. Je bois la tasse, je recrache, je me débats. Je ne vois même plus Nicolas. Je suis secouée de droite à gauche, je pense : Nicolas, Nicolas et Pernelle, Pernelle sauve moi.


    Elle saute à l'eau. Rose est seule sur la berge avec le chien, elle crie nos noms. Heureusement que Pernelle nage bien. Quelques instants après, je crachotais l'eau sur un rocher.


    La réalité refait surface et je me retrouve dans la Salle à manger, avec l'odeur du chocolat et celle du sel, du sel dans les apéritifs, et la pendule qui tambourine à côté de nous. Ou bien est-ce mon cœur ?
    Rose enchaine salade sur chips, chips sur salade. Elle regarde autour d'elle avec des yeux apeurés. Pernelle n'a pas touché à son assiette.


    Il est 13 h 30, on est Lundi. Une minute... et un an après la mort de Nicolas.



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  • Chapitre 2 :


    Quand j'y repense, mon cœur se déchire et je me bats pour retenir mes larmes. Parfois, je me demande pourquoi je suis si triste. Nicolas n'était même pas mon père. Mon père, je l'ai déjà vu, c'est un vieil homme à la barbe rêche. Je crois qu'il est menuisier. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a fait un grand sourire et m'a offert un petit réveil en bois, une sorte de coucou miniature qui chantait toute les 2h 30. C'était très joli, mais après la mort de Nicolas, je l'ai jeté par terre et il s'est fendu en deux. Ensuite je me suis allongée sur mon lit, exactement comme je le suis maintenant. Il est 14 h 12. Les employés de bureau rentrent chez eux après leur pose de midi, le soleil descend lentement vers l'Ouest. En bas, Rose est en train de passer l'aspirateur, le chien grattouille à la porte, Pernelle remplit des papiers. Il doit sûrement y avoir une procédure funèbre non loin. Je devrais peut-être la rejoindre, pour me faire pardonner de ne pas avoir prié.
    L'aspirateur s'est éteint. Pauvre Rose, c'est la dix-septième fois depuis le début de la semaine. Elle fait tout son possible pour le réanimer, sans succès.


    Rose est à notre service depuis quatre ans maintenant. Elle nous est entièrement dévouée. Ménage, repassage, rangement : les activités s'enchaînent sans qu'elle ait une seconde de répit. Elle a même raté le Nouvel An, l'année dernière, pour préparer le nôtre. Mais depuis la mort de Nicolas, Pernelle a divisé par deux son nombre de tâches. Elle fait la cuisine, la vaisselle, les courses et gère l'organisation de la maison.
    Nicolas... Il travaillait beaucoup, lui aussi. Presque tout le temps. Je ne suis jamais entrée dans son bureau, jamais, jamais. Il aimait bien aller pêcher avec moi ou Pernelle, nous montrer le plus gros poisson qu'il attraperait. Il m'arrachait alors à ma broderie (Rose veut absolument que j'apprenne à coudre, mais il y a encore du travail) et me traînait au lac. Parfois, on faisait même des pique-nique, avec Pernelle, Rose et le chien. C'est à un de ces pique-nique qu'il s'est noyé. Il avait à peine grignoté, et puis il était reparti à sa besogne comme si sa vie en dépendait...


    Noyé...


    Oh, je ne dirais pas que la maison est en deuil depuis qu'il est mort. Elle a juste un peu changé, c'est tout. Au début, je ne suivais rien aux cours, je répondais au hasard aux contrôles. Ma moyenne était juste tellement basse que j'ai essayé de penser à autre chose ; et là, mes notes sont remontées en flèche.


    Ah, au fait, les vacances viennent juste de commencer. On est le 26 Juin.


    La sonnette retentit en même temps que l'aspirateur se rallume. Je m'étire, je descends. Le facteur. En personne.


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