• [Jelsa] Jeu d'ombres

    Craqué. J'ai -
    Craqué.
    Il fallait que je m'y attende. Non, je ne suis pas capable de -
    C'est mieux ainsi. Avec un peu de chance, ils abandonneront ma piste. Le lac gèle sous mes pas mais il va fondre, fondre et cette histoire sera oubliée. Je serai oubliée. Anna prendra le royaume en main, elle en est capable je le sais, ce sera comme un renouveau pour elle, elle ouvrira les porte, se mariera avec le prince Hans et peut-être, peut-être me pardonnera-t-elle pour ces longues années où je l'ai -
    Je sens la neige crisser sous mes pas. De la neige ?
    Le paysage file à une vitesse hallucinante, je ne sens plus que mes jambes qui me portent, et la force de ce vent froid qui tourbillonne autour de moi. Fuir, je dois fuir vers ce pic solitaire qui se dresse au nord du royaume et m'attire comme un aimant. Là-bas, je serais seule, je pourrais enfin laisser crier le vent qui hurle en moi sans oser s'échapper. Anna, ma belle Anna, tu me manques, je m'en veux, je t'en prie, laisse-moi partir, filer à travers les bois, je ne te ferai plus de mal, ni à toi, ni au duc de Vicelton, ni au peuple, ni à moi -
    Là-bas je saurais enfin qui je suis.
    Là-bas je serais -
    Libre.


    ***


    Bien sûr, je dis, je pense. Bien sûr, il le fallait, il fallait qu'elle se fâche et qu'elle gâche la fête de ma vie. Bien sûr, elle doit détester le monde, renier toute forme d'amour tant elle a peur, mais bien sûr, je la comprends mieux, maintenant : c'est une sorcière.
    Il fait noir. Il fait froid.
    Je n'ose pas... Mais j'ai peur.
    Peur de cette jeune femme qui est ma sœur mais qui ne l'est pas, peur de son sourire, de sa colère, de sa froideur, peur d'avoir fait quelque chose de mal pour qu'elle me renie ainsi, parce que bien sûr, ce n'est pas comme si j'étais sa sœur et que je rêvais depuis des mois de cette journée. Le royaume entier est glacé désormais. Je comprends sa colère, je comprends sa peur, mais pourquoi faut-il que le monde entier paye pour elle ?
    Calme-toi. Je sens mon cheval faiblir. On ne voit plus rien, maintenant. Les images de la soirée tournent encore en boucle dans ma tête. Je sais, au fond de moi, que ce n'est pas ma sœur qui a fait ça. Elle reviendra, et l'été avec elle, elle sera la reine qu'Arendelle mérite, elle ne fera de mal à personne et moi...
    Moi, je pourrai enfin la connaître. Tout va s'arranger, oui -
    Tiens-toi prête, grande sœur. Je viens te sauver.

     

    ***

     

    Je plonge mon regard dans la petite boîte en or.

    Je n'existe pas. Je suis profondément invisible, depuis toujours, invisible et immatériel.

    Mais ce garçon brun aux yeux noirs, il me ressemble un peu. Il aime les blagues, le jeu, les gens. Il est aimé et détesté, casse-cou, énergique, vivant.

    Et puis il a -

    Une famille.

    Lorsque j'ouvre les yeux, un sourire idiot éclaire mon visage.

    - Tu... Tu te rends compte, bébé fée ? J'avais une famille ! J'avais une sœur, je l'ai sauvée ! C'est...

    Oui. C'est pour ça. La lune, translucide, brille dans le ciel blanc. Elle m'observe.

    - C'est pour ça qu'il m'a choisi. L'homme de la lune...

    Je m'interromps. Soudain, tout me revient à l'esprit. Pitch. Les gardiens. Les enfants.  C'est une nouvelle force qui m'anime, j'ai le sentiment de pouvoir tout faire. J'étais quelqu'un. Je suis quelqu'un.

    Mon pouvoir ressurgi du fond de mes tripes. Le bâton est réparé. Je me hisse avec une puissance grisante hors de la crevasse.

     

    ***

     

    Une montagne blanche se découpe, là-haut, dans le ciel noir.

    J'y suis. Je suis arrivée.

    Je me retourne. Je suis trop loin d'Arendelle maintenant, les forêts s'étendent à perte de vue. Je tiens à peine debout tant j'ai couru, j'ai le souffle court et j'ai froid, mais je suis là.

    Qu'est-ce que j'ai fait ?

    Je n'en peux plus de toutes ces peurs, de la tristesse et colère en mon cœur -

    Je veux brandir ma liberté, dans ce ciel noir, crier ; voler -

    Faire éclater cette enfance perdue, tout oublier, me complaire dans ce pouvoir hyper puissant, briser mes liens...

    Un palais. De glace, luisante, translucide, tout en triangles enchevêtrés et en fleurs de cristal ; un palais qui s'élève vers le ciel, ici, là-haut, où je pourrais être qui je suis... Sans faire de mal aux autres.

    Mon œuvre. Mon pouvoir. Moi-même.

    Qu'est-ce que j'ai fait ?

     

    ***

     

    Pitch a été vaincu, ça y est, il est retourné dans l'ombre sous le lit, désormais enfouie dans l'oubli.

    Depuis quelques jours les gardiens, dont je fais partie à présent, font la fête. Ils fêtent la fin de la peur, le retour de Sable. Ils collaborent plus, se disputent moins, prennent du temps pour voir les enfants - car ils sont tous ce que nous sommes et seront jamais, comme dit le serment.

    Parfois, je repense à Pitch, et il me fait pitié. 300 ans dans l'obscurité... Je crois que je suis le seul à le comprendre vraiment. J'ai moi aussi connu mes moments d'ombre, de solitude, de désespoir. Moi aussi, j'ai voulu, parfois, détruire ce monde qui me nie et me refuse, ce monde dans lequel je n'avais ni but ni place... Mais c'est terminé.

    Je suis un gardien, maintenant, et j'en suis fier. Je suis Jack Frost.

    J'aime bien mes nouveaux compagnons. Ils sont étranges au début, mais on s'y habitue. Pôle est un vieil homme millénaire, qui n'a jamais grandi. Jeannot m'en veut toujours, je crois, pour les quelques... farces que je lui ai faites, mais il m'a quand même pardonné. Sable m'a toujours fait rêver... Je l'admirais déjà, et ça n'a pas changé. Quant à notre chère petite fée hystérique... Qu'est-ce que j'aurais fait sans elle ?
    Avec eux, j'ai l'impression d'avoir une famille. On se comprend. On a le même but ultime, louable aussi : le bonheur des enfants. Et c'est étrange, de plus en plus croient en moi. En quelque sorte, l'invisibilité va me manquer. C'était une forme de liberté fragile, je pouvais faire tout ce que je voulais. Il va falloir faire attention maintenant, mais peu importe après tout.

     

    Une voix. Surgie des ténèbres de mon inconscient. Un souvenir qui ne vient pas de mes dents. J’étais déjà Jack Frost, à l’époque, un Jack Frost hésitant, qui s’émerveillait de ses pouvoirs. Ca faisait longtemps que je n’y avais pas pensé.

    Une voix qui criait : LIBEREE !

     

    Flash-back.

    Dans la nuit épaisse et froide, un soir de Juin 1730, dans un pays du Nord de l’Europe, un pays égaré, isolé… Froid.

    Arendelle. Le nom me revient : Arendelle. Et cette fille… Elsa. Je crois que je ne l’oublierai jamais.

     

    ***

     

    Il s’appelle Kristoff, c’est un montagnard, grand, blond, avec un énorme nez et un renne auquel il parle sans cesse. Il est plutôt étrange, mais il m’inspire confiance. Il a dit qu’il m’accompagnerait sur la montagne blanche, d’où émanent les pouvoirs d’Elsa… J’ai hâte…

     

    CHAPITRE 2

    Jack était allongé sur un toit.
            Il contemplait le ciel noir au-dessus de lui. Les étoiles s'allumaient petit à petit, tandis qu'au village, on éteignait les lanternes, on faisait taire les enfants qui braillaient, on rentrait les bêtes à l'étable.
            Il attendait.
            Chaque nuit, à la même heure, des cris s'élevaient dans les foyers et réveillaient les bêtes. Lorsque la lune était au plus haut dans le ciel, une silhouette se découpait en ombre chinoise sur les murs et venait troubler les rêves. Elle distribuait la mort, la maladie, la colère, l'angoisse et la peur –
            Pourtant, la nuit dernière, une lumière s'était allumée au cœur des nuages, aussi forte que le soleil, masquant la clarté de la lune. Les cris s'étaient apaisés, les bêtes s'étaient calmées. Cette puissance avait fait à Jack l'effet d'un coup de poing. C'était comme si –
            Comme si, enfin, on avait pu combattre la peur.
            Et Jack attendait, comme tous les autres villageois dans leur maison. Pour voir ce qui allait se passer.
            Il faisait froid. Les flocons tourbillonnaient autour de lui, formant un halo protecteur. Au bout d'un temps indéterminé, Jack soupira. C'était bête. Personne ne pouvait combattre la peur.
            Il se redressa, s'avança sur le rebord du toit en chaume. Tout était calme, paisible. Il sauta et atterrit en douceur sur une fine couche de poudre blanche. On avait beau être en en été, en plein mois de Juillet en fait, c'était comme si l'hiver avait avancé de six mois d'un coup. Au nord du pays, une tempête s'était levée. On racontait que le froid était tel que personne n'osait sortir de sa maison. C'était étrange. D'habitude, c'était Jack qui décidait quand les lacs gelaient et quand la neige tombait. Bon, il n'avait pas tout pouvoir sur l'hiver mais tout de même, il aurait dû sentir que l'hiver arrivait, déjà quelques semaines plus tôt.  Là, c'était totalement autre chose. L'hiver était arrivé trop tôt, trop vite et trop brutalement pour être naturel.
            Jack se glissa derrière une maison, enjamba la barrière du village et pénétra dans la forêt. C'était une forêt sombre, froide, menaçante. Prenant son élan, il s'éleva au-dessus des arbres, porté par le vent froid. Généralement, il aurait préféré renter dans une maison, formater une farce quelconque, mais là, il avait juste besoin de solitude.

    ***
    Seule.
            Elsa était accoudée au balcon de son palais. Le soleil se levait sur Arendelle, illuminant la forêt enneigée. Son esprit s'était calmé, elle se sentait allégée. Elle savourait encore un peu de cette victoire, de ce calme intérieur qu'elle n'avait encore jamais ressenti. Pour le reste, elle verrait plus tard. Reviendrait-elle au château, rendre visite à sa sœur ? Ou finirait-elle par partir, toujours plus loin, dans un village qui ignorait tout d'elle et de ses pouvoirs ?
            Peu importe. Tout ce qui comptait, c'était cet instant ; les stries de nuages roses sur le ciel bleu clair, les pointes rassurantes des montagnes autour d'elle et ce silence, car aucune foule en colère ou hystérique ne viendrait lui réclamer son dû – personne, à part elle.

    ***

    « Kristoff ! hurla Anna. Kristoff, accrochez-vous !
            Il s’agrippa à sa main, se hissa en avant.
            - Kristoff, répéta Anna plus doucement.
            En contrebas, le traîneau explosa.
            - Oh non ! fit Kristoff. Je venais de finir de le payer !
            Il lui tourna le dos.
            Une petite voix disait à Anna qu'elle n'avait pas à s'en vouloir, qu'elle venait de le sauver, tout de même. Son cœur battait à toute allure. Je l'ai sauvé, songea-t-elle. Je l'ai sauvé des loups.
            Mais sans elle, Kristoff n'aurait jamais couru ce risque…
            Peu importe, s'intima-t-elle. C'est un inconnu. Peu importe.
            - Je comprendrais que vous ne vouliez plus m'aider, souffla-t-elle.
            Elle s'éloigna. Ses bottes s'enfonçaient profondément dans la neige, d'une blancheur immaculée.
            - Attendez ! lança une voix derrière elle. Je viens avec vous.
            Anna sentit la force lui revenir. Kristoff et Swen accouraient. Avec eux, elle se sentait plus sûre, plus en sécurité.
            - C'est vrai ? s'exclama-t-elle. Hé bien, si vous y tenez… »
            Anna ne put réprimer un sourire. Cet homme avait bon fond, elle le lisait dans ses yeux. Elle se félicitait intérieurement de l'avoir pour guide : avec lui, l'hiver serait vite oublié…
            Ils se remirent en route, sans se regarder vraiment. Anna avait le souffle court. Elle pensait à Hans, qui l'attendait au palais. Il était tellement beau... Son cœur se réchauffait quand elle entendait son nom.

    ***

    Elsa perfectionnait son palais.
            Elle n'avait pas pensé à installer un lit pour dormir, ni une cuisine pour manger. Mais Elsa n'avait pas faim. Elle mangeait très peu, même en temps normal. Elle n'était pas sûre d'être vraiment humaine.
            Mais c'était sans importance.
            Elle avait du mal à croire que ce palais était son œuvre. Elle était fière, il faut l'avouer, de ce qu'elle avait créé. Fière, et détendue. Un poids énorme s'était déchargé de ses épaules.
            Pourtant, Elsa n'était pas sereine. A chaque tournant, à chaque porte qu'elle traversait, Elsa se sentait suivie. Elle devenait paranoïaque, probablement, se disait-elle.
            Mais non. On la suivait.

    ***

    Jack avait espionné la fille toute la matinée. Il était penché en équilibre entre deux poutres en glace, le regard sur ses cheveux blond pailletés. Il ne l'avait pas encore vue de face, mais il attendait le moment propice.
            Tout de suite, il avait su que c'était elle, la source de magie. Elle qui avait élevé ce palais, à la force seule de son pouvoir. Et quel palais ! Des tours et des coupoles et des fleurs de glace qui ciselaient, s'enchevêtraient, luisaient d'un éclat bleu. Qui qu'elle soit, cette fille avait d'immenses pouvoirs. Puissants. Dangereux ?
            Il était probable, voir certain, que c'était elle qui avait provoqué cet hiver précoce – qui l'aurait fait, à part elle ?
            Pas lui, en tout cas. Il fallait qu'il découvre l'identité de cette fille et qu'il sache ce qui l'avait poussée à provoquer l'hiver. En tant que Jack Frost, c'était en son devoir de ramener les saisons à leur cours normal – et puis, il n'arrivait toujours pas à croire à la découverte qu'il avait faite, en remontant sa piste le long de la forêt. Cette fille provoquait des tas de questions en lui. Pourquoi ?
            Soudain, Jack glissa.
            Il dérapa, fut propulsé en avant. Tomba.
            Sa chute lui parut beaucoup plus longue qu'elle aurait dû, il essaya de s'accrocher à l'air mais sans succès. Les vents ne lui obéissaient pas.
            Il tomba. S'écrasant contre le sol. Des piques de glace se dressèrent tout autour de lui, sous l'effet du choc.
            « Mon Dieu !
            Jack avait la tête qui tournait. La fille avait accouru auprès de lui, affolée. Elle avait de grands yeux bleu ciel remplis de tendresse. De près, elle semblait encore plus belle.
            - Mon Dieu, répéta la fille. Vous allez bien ?
            Les pensées de Jack étaient confuses. Elle me voit, songea-t-il.
            - Je ne peux pas faire grand-chose, se lamenta la fille. Au mieux, une couverture de neige, mais c’est bête…
            - Hé, cocotte, dit doucement Jack. La neige, ça ne me dérange pas.
            La fille le regarda d’un air sceptique.
            - Ha… Vraiment ? Dans ce cas…
            Elle s’affaira. Jack la regarda faire fleurir des flocons autour de son corps, comme il aurait pu le faire lui-même. Quand elle se concentrait, ses sourcils formaient un angle bizarre.
            Il se sentit tout de suite mieux. Au final, il y avait eu plus de peur que de mal. Il essaya de se redresser, mais la fille l’en empêcha.
            - Ne bougez pas. Vous avez fait une belle chute. Il pourrait y avoir quelque chose de cassé.
            Je vais très bien, songea Jack, un peu agacé. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui force la main, il faisait ce qu’il voulait, quand et où il le voulait. D’ailleurs… Il se rendit compte qu’on ne lui avait jamais adressé la parole avant ça.
            - J’arrive, dit la fille en se relevant. Je vais…
            Elle hésita.
            - Je vais chercher de l’aide. Attendez-moi ici. »
            Elle s’éloigna. Jack attendit que le claquement de ses talons s’assourdisse, puis qu’il disparaisse.
            Il se leva.
            La veille, Jack était au Venezuela et le jour d’avant, au Mexique. D’habitude, il ne restait pas plus de deux jours d’affilée dans un pays, et en temps normal, il serait reparti tout de suite.
            En temps normal.
            Mais là, c’était impossible. Il y avait trop de questions sans réponse.
            Qui était cette sorcière aux pouvoirs immenses ? Pourquoi avait-elle provoqué cet hiver précoce ? Comment pouvait-elle le voir, alors que tout le monde passait au travers de lui comme un fantôme ?
            Il décida de rester.

            Jack était allongé dans la neige, à droite du château, sous le pont de glace. Le soleil était très haut dans le ciel et brillait comme un soleil d’été.
            « Vous êtes incroyable.
            Jack tourna la tête. La fille était sur le seuil de son palais. Pourquoi ? pensa-t-il. Parce que je suis invisible ? Que je vole ? Qu’à trente ans, j’ai l’air d’en avoir quinze ?
            - Ah oui ? se contenta-t-il de dire. Je te fais une si forte impression ?
            L’ombre d’un sourire passa sur le visage de la jeune fille. Ses yeux pétillèrent.
            - Vous ne craignez pas le froid, dit-elle simplement.
            Elle tourna les talons. Jack l’apostropha.
            - Mademoiselle ? Est-ce que je peux avoir votre nom ?
            - Vous devez aimer les noms illustres, répliqua la fille. Celui d’une jeune fille de dix-sept ans ne vous intéresserait pas. »
            Elle s’éclipsa.

    ***

    Au palais, une rumeur s’était répandue comme la poudreuse qui tombait sur le royaume en flocons légers. Tout le monde était alerté, car il était arrivé quelque chose à la Princesse Anna. Son cheval était revenu, sans cavalière. Le Prince Hans et quelques hommes se préparaient à la chasse. Arendelle était en danger.
            La Reine Elsa était un monstre. Il fallait la détruire.

     

    CHAPITRE 3

    Le garçon avait disparu peu avant la tombée du soir. Elsa l'avait un peu cherché, il se trouvait sûrement non loin, quelque part, caché, mais elle avait fini par laisser tomber. 

    Ce garçon l'intriguait, elle ne savait pas ce qu'elle devait en penser. Elle avait cru qu'elle serait tranquille dans la montagne, seule avec son palais au milieu de nulle part, mais dès le premier jour, il était apparu, et de quelle façon ? Il était tombé d'une des poutres du toit, tout à coup, et pourtant il n'était même pas blessé. Qu'avait-t-il déclaré, déjà ? "Tu sais, poupée, la neige, ça ne me dérange pas". C'était clair, il lui faisait du charme, Elsa avait assez d'expérience humaine pour comprendre cela. Mais elle n'y était pas sensible. La neige était puissante, froide, dangereuse. Peu importe qui était ce garçon, elle ne voulait blesser ni voir personne. S'il n'était pas parti de lui-même, elle l'aurait jeté dehors, de toute façon. 

    On frappa à la porte. Elsa imagina que c'était le garçon, elle s'apprêtait à lui dire de s'en aller quand elle vit... Anna. 

    En somme, c'était toujours la même, rousse, les joues roses, des yeux doux et immenses, cette mèche blanche dans les cheveux (non, pas maintenant, pas maintenant, non -) Elle portait un grand manteau rose et des cache-oreilles ; elle avait l'air fatiguée, mais elle souriait. Elsa songea à toute cette route qu'elle avait dû faire pour la voir, elle se rendit compte à la vue du regard qu'Anna lui lançait à quel point elle avait changé. Elle était plus belle, peut-être, plus détendue, libérée. 

    - Wow, dit Anna. Elsa, tu es si... différente !

    Elsa sourit. Dans la bouche d'Anna, cela sonnait comme un compliment. 

    - Et ce palais... poursuivit Anna. Il est... magnifique !

    Elsa était honorée du compliment. Un instant, elle crut que c'était vrai, que c'était beau, et qu'elle pourrait tout recommencer avec sa sœur dans ce palais. Mais c'était faux. Anna avait un royaume à gouverner et Elsa... Elle devait limiter la casse - 

    ***

    L'hiver                                                                                                                                                                        éternel. 

    Anna avait beau dire que ce n'était pas grave, que tout va s'arranger, que le soleil va revenir, Elsa n'en croyait pas un mot. Ce qu'elle redoutait le plus, ce pourquoi elle s'était exilée, s'était finalement produit. Elle était une bombe à retardement qui avait fini par exploser et, non, tout n'irait pas mieux, au contraire, rien ne pourrait être pire, et Elsa a l'impression que tout recommence, elle hurle dans le brouillard qui se forme autour d'elle, elle a envie de frapper cette sœur qui ne l'a jamais comprise, la frapper, oui, pour la faire taire, parce qu'elle raconte n'importe quoi - 

    ***

    Une énergie fulgurante transperça le cœur d'Anna, un coup beaucoup plus fort que tous ceux qu'elle avait pris jusqu'ici -

    Elle tituba en arrière, et s'écroula dans les bras de - Kristoff. L'aventurier montagnard avait surgi de nulle part, mais il ne tomberait pas plus à pic, il faut le dire. 

    - Partez, dit Elsa, et ce furent ses derniers mots. Allez vous-en, et ne revenez pas. 

    ***

    Jack était retourné au village, souhaitant en apprendre plus sur la magicienne de la montagne, qui n'avait pas voulu lui dire son nom, pour faciliter les choses. Il lui aurait bien dit le sien, sauf qu'il ne l'aimait pas. Jack Frost, c'était qui ? L'étrange gamin qui apporte l'hiver avec lui, invisible, inaudible et immatériel pour tout le monde - sauf pour elle. Il avait cru un instant que le choc avait provoqué quelque chose, qu'il était devenu visible, mais non. Il n'y avait, à vrai dire, que cette fille qui pouvait le voir, et cela l'agaçait profondément. 

    Bref, les vents d'hiver - abondants en été, of course - l'avaient amené plus bas, jusqu'au palais entouré de fjords gelés. Quelques minutes d'écoute aux porte suffisaient à comprendre que : 1) L'étrange magicienne était la reine Elsa d'Arendelle, qui s'était enfuie après qu'on ait découvert qu'elle était un monstre (information à vérifier), et que 2) Elle était en danger, car le Prince Hans et ses hommes étaient partis à sa recherche afin de la punir de ses crimes. 

    Et ça ne lui plaisait pas du tout. 

    Il était en chemin vers le palais de glace, lorsqu'il entendit le cri. 

    Un cri puissant, perçant, qui pouvait signifier deux choses : soit Elsa avait été mortellement blessée, soit elle avait blessé mortellement quelqu'un. 

    Il trouva Elsa au milieu d'une tornade de flocons. Elle pleurait, mais ses sanglots étaient presque inaudibles sous la tempête. Quand elle le vit, elle poussa un petit cri de frayeur. 

    - Pourquoi faut-il que vous sortiez toujours de nulle part, vous ? demanda-t-elle. Vous ne pourriez pas frapper à la porte, comme tout le monde ? 

    - C'est que...

    Jack s'apprêtait à dire "J'ai des pouvoirs de la glace, tu sais", mais il se ravisa. 

    - Je ne suis pas comme tout le monde, dit-il. 

    - Vous m'en direz tant, soupira Elsa. 

    Jack remarqua qu'elle ne le jetait pas à la porte, et qu'elle ne l'avait pas fait la première fois non plus. Pourtant, en s'exilant ainsi, elle avait bien rejeté le monde entier, alors pourquoi pas lui ? 

    Il voulut poser une main sur son épaule, mais elle l'a violemment repoussée. 

    - Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Jack. 

    Elsa lança un cri désespéré.

    - J'ai essayé ! plaida-t-elle. Je le jure, j'ai vraiment essayé de garder mes émotions pour moi, mais je n'y arrive pas ! Et par ma faute... Arendelle ne connaîtra jamais l'été...

    Elle se mordit la lèvre. Une larme roula sur sa joue. 

    - Anna va sûrement mourir... A cause de moi !

    - Hé, dit Jack. Tu ne peux pas garder toutes tes émotions pour toi. C'est normal d'avoir peur, d'être en colère, triste, mélancolique. Un jour où l'autre, on finit par exploser. 

    Non ! (Elsa se leva, et la neige cessa de tourner autour d'elle. Les flocons retombèrent par terre.) Je peux le faire. Il le faut. 

    - Tu...

    - Vous avez entendu ? 

    Jack s'approcha d'une fenêtre. 

    - C'est la cavalerie du Prince Hans, dit-il. Ils te recherchent. Ils veulent te tuer, je crois. 

    Évidemment ! Avec cette histoire, Jack avait oublié pourquoi il désirait voir Elsa. Il aurait dû la prévenir, mais c'était trop tard, désormais. 

    - Me tuer... répéta Elsa d'une voix faible. 

    Elle semblait avoir perdu toute consistance, comme si son corps s'était vidé. 

    ***

    Deux soldats entrèrent dans la pièce, brandissant leurs arbalètes. Lorsqu'Elsa se retourna pour chercher de l'aide auprès du garçon, il avait disparu. Elle se sentit plus désemparée encore, et pourtant, elle sentit une bouffée d'énergie grimper en elle. 

    Elle mit le plus d'énergie possible à combattre les soldats mais la garçon, sa sœur, la culpabilité lui tournaient dans la tête, et elle ne réalisait pas vraiment ce qu'elle faisait. 

    Majesté, prouvez-leur que vous n'êtes pas le monstre qu'ils s'imaginent ! hurla le Prince Hans. 

    Elle                                                                                                                                                                     s'arrêta. Le lustre de cristal                                                                                                                                            s'écroula, 

    mille morceaux de verre glacé volèrent - 

    Ils la prirent. 

    ***

    Anna souffrait. 

    Elle avait eu l'impression d'aller à peu près bien, un moment, chez les trolls, et puis tout à coup, tout s'était écroulé. Elle gelait, elle brûlait, elle tremblait de tout son corps et sa tête tournait. Elle essaya de penser à Hans, son amour, son sauveur, mais la douleur dans son sœur et dans ses côtes était beaucoup trop forte. Elle avait vaguement conscience qu'il faisait nuit, qu'on ne voyait plus rien, mais Kristoff ne ralentissait pas. 

    Elle ferma les yeux. 

    Une image se forma dans son esprit, une ombre mouvante, faite de fumée et au corps translucide, la peau blanche, les yeux jaunes. 

    "Arendelle est mort, crut-elle entendre. Par ta faute, Anna, qui n'a pas été à la hauteur des espoirs que le peuple plaçait en toi. Tu n'as pas l'étoffe d'une reine, et tu le sais aussi bien que moi.  

    Elle allait mourir, mais elle s'en fichait. Nul n'est parfait, disaient les trolls. Elsa n'était pas parfaite. Elle avait eu tort de le croire, et de penser qu'elle pouvait tout arranger à elle seule. Elles étaient sœurs, mais qu'est-ce que ça pouvait faire à Elsa, qui l'avait toujours reniée ? Pourquoi avait-elle cru que, cette fois-ci, ce serait différent ? 

    Anna n'avait fait qu'empirer les choses, et elle se sentait plus seule que jamais. 

    Tu es seule, disait la voix. Tu as toujours été seule, personne ne tient à toi. Tu n'es qu'une pauvre créature inutile." 

    - Non... dit Anna avec le peu de force qui lui restait. 

    Hans. Hans tenait à elle. 

    ***

    "Tu vas mourir. 

    Tu vas mourir, Elsa, et Arendelle aussi, dévoré par le froid mordant de ta propre colère. 

    L'ombre. L'ombre était de retour, dans les rêves d'Elsa, toujours à lui rappeler qu'elle avait tout raté, qu'elle avait tout perdu, ainsi que les erreurs irréparables de sa vie. 

    Elle prit forme dans sa tête, énorme, lourde, lui bloquant la respiration tant elle était puissante. 

    Tu vas être exécutée pour trahison, par ce peuple qui te déteste. Et tu vas tuer ta sœur. Ta vie entière n'est qu'une série d'échecs, Elsa." 

    Non ! 

    Elsa tenta de se défendre, mais elle n'y croyait pas. L'ombre avait raison...

    - Elsa. 

    Elle savait très bien que pleurer ne résoudrait rien. Mais que pouvait-elle résoudre ? 

    - Elsa. Hé, Elsa, je suis là, regarde. 

    Elsa ouvrit les yeux. C'était le garçon, le beau garçon tombé du ciel, qui l'avait tirée de ses cauchemars. Elle était allongée sur un lit dur et froid, et il était assis à son chevet, tout près d'elle, la dominant de quelques centimètres. 

    - Qu'est-ce que vous faites là... commença-t-elle. 

    - Hé, arrête de me vouvoyer, je n'en vaux pas la peine, dit le garçon avec un petit sourire. Je m'appelle Jack. Je vais te tirer de là. 

    Elsa regarda autour d'elle. Elle se trouvait dans une cellule des cachots d'Arendelle. Par la fenêtre, on voyait le fjord gelé. 

    - Non, dit-elle. Si je suis là, c'est que je le mérite. Je suis nuisible au royaume. Je ne devrais pas exister...

    - Arrête. (Jack posa une main sur son épaule, et cette fois-ci, Elsa ne tenta pas de la repousser.) Tu te fais du mal pour rien. La peur t'a attaquée. 

    - La peur ? 

    - L'ombre noire et profonde et puissante qui fait crier les enfants la nuit, effraie les bêtes, rend les gens fous. La peur. Elle te prend à la naissance et ne te quitte jamais vraiment, mais tu peux la tenir à distance. 

    - Vous avez l'air de bien la connaître, remarqua Elsa. 

    - Je la connais bien. 

    - De quoi avez-vous peur ? 

    Jack réfléchit quelques secondes. 

    - J'ai peur de ne jamais exister. 

    Il la regarda avec ses grands yeux bleus, et Elsa sut qu'il était sincère. Puis il se releva brusquement. 

    - Bon ! Voyons ce qu'on peut faire avec cette fenêtre...

    Elsa fit éclater des cristaux de glace sur ses chaînes. 

    - Je crois que je peux... (Elle entendit du bruit dans le couloir.) Cachez-vous ! On dirait du monde...

    - Oh. Je crois que ce ne sera pas la peine, dit Jack. 

    Quoi ? 

    Le Prince Hans entra dans la pièce. Jack avait disparu. 

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Novembre 2015 à 07:27

    j'aime!^^

    2
    Samedi 7 Novembre 2015 à 10:24

    Merci ! Je publie bientôt la suite !

    (j'avais oublié que la fic était aussi sur ekla, c'est plus simple comme ça ^^)

    3
    Samedi 7 Novembre 2015 à 10:25

    (oui beauuuuuucoup plus simpleXD)

    youpiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii^^

     

    4
    Dimanche 28 Février 2016 à 20:57

    Coucou ! Si ça t'intéresse, j'ai ajouté le chapitre 3 ^^C'est pas très propre, mais je remettrai tout ça en forme quand j'en aurai le temps :/

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