• Ce texte, de 3000 signes à peine, est ce que j'ai choisi de présenter au Prix Fanfiction Harry Potter de cette année. Si vous voulez me soutenir et voter pour moi, c'est à cette adresse : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/le-nerf-de-la-guerre

     

    De toute ma hauteur, je domine les combats.

    Le château en ruines, les armées des Ténèbres, les détonations, les flammes qui dévorent la pierre sombre, la bataille

    de Poudlard.

    La nuit est tiède. L’air chargé de rage, de sang, de sortilèges ; ponctué de cris, de tumulte et d’explosions. Le vent charrie une odeur de mort.

    Pourtant, de là-haut, tout cela semble un vaste jeu ; des petits soldats de plomb qui se déplacent sur un plateau. Qu’ils se battent, peu m’importe. Harry Potter n’en sera que plus affligé.

    Une part de mon âme m’incite à voler le rejoindre ; ce prolongement de mon corps, cette autre part de moi-même. Mais l’autre me pousse à rester, contempler ce spectacle de mort, ce chef-d’œuvre de massacre.

    Poudlard, cette école vielle de mille ans, intemporel monument de magie blanche, brûle. Le dernier rempart à ma souveraineté s’effondre. Une vague de puissance pénètre en moi, comme si chaque mort augmentait mon pouvoir. Tous ces sorciers ; élèves, professeurs, l’Ordre du Phénix, soldats improvisés qui tentent de défendre la carcasse de Poudlard, m’apparaissent ridicules. Leur combat est vain. Je pourrais les exterminer d’un sortilège, si je le voulais. Mais je savoure. Les Ténèbres s’insinuent en moi, comme un serpent. Elles sussurent, me parlent en Fourchelang. Me disent « Voilà le sens ». La Vérité. Sur la vie, la mort, sur le monde

    de la Magie.

    Il n’y a pas de Bien, ni de Mal. Il n’y a que le pouvoir, et ceux qui sont trop faibles pour s’en emparer –

    Si l’on m’avait dit que je serais l’Anneau qui pervertirait tant de sorciers et sorcières, je ne l’aurais probablement pas cru ; et pourtant c’est la vérité. Je peux montrer la puissance à ceux qui ont perdu espoir ; je leur apprends le véritable sens du pouvoir. Je les éduque à la haine, à la rage, au côté obscur de la Magie, et ils me suivent, m’obéissent. Je ne compte plus tous ceux que j’ai rendus fous. Pourtant, cette main n’est pas la mienne, je n’y ai plus ma place. J’essaye en vain de m’arracher à cette poigne de fer, de défaire le nœud invisible qui me lie aux Ténèbres. Un besoin viscéral me tord, celui de rejoindre Harry Potter. Je n’abandonnerai pas mon désir, mon besoin de grandeur – mais je crois qu’elle sera juste et humaine. Pour un temps en tout cas. Les hommes sont faibles, tôt ou tard pervertis par le pouvoir. Dumbledore est juste mort avant que ça lui arrive. Un homme ne peut supporter d’être aussi puissant, aussi grand que le monde, sans que le désir de tuer, d’arracher, de briser, de trahir, ne l’emporte –

    Qu’en pensez-vous ?

    La Mort m’a créée à partir d’une simple branche de sureau qui se trouvait sur le bord de la route, pour que je pervertisse les sorciers et leur montre que le pouvoir n’est pas la solution. Mais entre les mains du Seigneur des Ténèbres, mon pouvoir de destruction, immense, me paraît faux. Si Celui-qui-a-Survécu me retrouve, c’en est fini du règne des Ténèbres. Je renferme la puissance d’un monde, mais aussi les égarements primitifs de l’esprit humain.

    Le nerf de la guerre, c’est moi.


    3 commentaires
  • Craqué. J'ai -
    Craqué.
    Il fallait que je m'y attende. Non, je ne suis pas capable de -
    C'est mieux ainsi. Avec un peu de chance, ils abandonneront ma piste. Le lac gèle sous mes pas mais il va fondre, fondre et cette histoire sera oubliée. Je serai oubliée. Anna prendra le royaume en main, elle en est capable je le sais, ce sera comme un renouveau pour elle, elle ouvrira les porte, se mariera avec le prince Hans et peut-être, peut-être me pardonnera-t-elle pour ces longues années où je l'ai -
    Je sens la neige crisser sous mes pas. De la neige ?
    Le paysage file à une vitesse hallucinante, je ne sens plus que mes jambes qui me portent, et la force de ce vent froid qui tourbillonne autour de moi. Fuir, je dois fuir vers ce pic solitaire qui se dresse au nord du royaume et m'attire comme un aimant. Là-bas, je serais seule, je pourrais enfin laisser crier le vent qui hurle en moi sans oser s'échapper. Anna, ma belle Anna, tu me manques, je m'en veux, je t'en prie, laisse-moi partir, filer à travers les bois, je ne te ferai plus de mal, ni à toi, ni au duc de Vicelton, ni au peuple, ni à moi -
    Là-bas je saurais enfin qui je suis.
    Là-bas je serais -
    Libre.


    ***


    Bien sûr, je dis, je pense. Bien sûr, il le fallait, il fallait qu'elle se fâche et qu'elle gâche la fête de ma vie. Bien sûr, elle doit détester le monde, renier toute forme d'amour tant elle a peur, mais bien sûr, je la comprends mieux, maintenant : c'est une sorcière.
    Il fait noir. Il fait froid.
    Je n'ose pas... Mais j'ai peur.
    Peur de cette jeune femme qui est ma sœur mais qui ne l'est pas, peur de son sourire, de sa colère, de sa froideur, peur d'avoir fait quelque chose de mal pour qu'elle me renie ainsi, parce que bien sûr, ce n'est pas comme si j'étais sa sœur et que je rêvais depuis des mois de cette journée. Le royaume entier est glacé désormais. Je comprends sa colère, je comprends sa peur, mais pourquoi faut-il que le monde entier paye pour elle ?
    Calme-toi. Je sens mon cheval faiblir. On ne voit plus rien, maintenant. Les images de la soirée tournent encore en boucle dans ma tête. Je sais, au fond de moi, que ce n'est pas ma sœur qui a fait ça. Elle reviendra, et l'été avec elle, elle sera la reine qu'Arendelle mérite, elle ne fera de mal à personne et moi...
    Moi, je pourrai enfin la connaître. Tout va s'arranger, oui -
    Tiens-toi prête, grande sœur. Je viens te sauver.

     

    ***

     

    Je plonge mon regard dans la petite boîte en or.

    Je n'existe pas. Je suis profondément invisible, depuis toujours, invisible et immatériel.

    Mais ce garçon brun aux yeux noirs, il me ressemble un peu. Il aime les blagues, le jeu, les gens. Il est aimé et détesté, casse-cou, énergique, vivant.

    Et puis il a -

    Une famille.

    Lorsque j'ouvre les yeux, un sourire idiot éclaire mon visage.

    - Tu... Tu te rends compte, bébé fée ? J'avais une famille ! J'avais une sœur, je l'ai sauvée ! C'est...

    Oui. C'est pour ça. La lune, translucide, brille dans le ciel blanc. Elle m'observe.

    - C'est pour ça qu'il m'a choisi. L'homme de la lune...

    Je m'interromps. Soudain, tout me revient à l'esprit. Pitch. Les gardiens. Les enfants.  C'est une nouvelle force qui m'anime, j'ai le sentiment de pouvoir tout faire. J'étais quelqu'un. Je suis quelqu'un.

    Mon pouvoir ressurgi du fond de mes tripes. Le bâton est réparé. Je me hisse avec une puissance grisante hors de la crevasse.

     

    ***

     

    Une montagne blanche se découpe, là-haut, dans le ciel noir.

    J'y suis. Je suis arrivée.

    Je me retourne. Je suis trop loin d'Arendelle maintenant, les forêts s'étendent à perte de vue. Je tiens à peine debout tant j'ai couru, j'ai le souffle court et j'ai froid, mais je suis là.

    Qu'est-ce que j'ai fait ?

    Je n'en peux plus de toutes ces peurs, de la tristesse et colère en mon cœur -

    Je veux brandir ma liberté, dans ce ciel noir, crier ; voler -

    Faire éclater cette enfance perdue, tout oublier, me complaire dans ce pouvoir hyper puissant, briser mes liens...

    Un palais. De glace, luisante, translucide, tout en triangles enchevêtrés et en fleurs de cristal ; un palais qui s'élève vers le ciel, ici, là-haut, où je pourrais être qui je suis... Sans faire de mal aux autres.

    Mon œuvre. Mon pouvoir. Moi-même.

    Qu'est-ce que j'ai fait ?

     

    ***

     

    Pitch a été vaincu, ça y est, il est retourné dans l'ombre sous le lit, désormais enfouie dans l'oubli.

    Depuis quelques jours les gardiens, dont je fais partie à présent, font la fête. Ils fêtent la fin de la peur, le retour de Sable. Ils collaborent plus, se disputent moins, prennent du temps pour voir les enfants - car ils sont tous ce que nous sommes et seront jamais, comme dit le serment.

    Parfois, je repense à Pitch, et il me fait pitié. 300 ans dans l'obscurité... Je crois que je suis le seul à le comprendre vraiment. J'ai moi aussi connu mes moments d'ombre, de solitude, de désespoir. Moi aussi, j'ai voulu, parfois, détruire ce monde qui me nie et me refuse, ce monde dans lequel je n'avais ni but ni place... Mais c'est terminé.

    Je suis un gardien, maintenant, et j'en suis fier. Je suis Jack Frost.

    J'aime bien mes nouveaux compagnons. Ils sont étranges au début, mais on s'y habitue. Pôle est un vieil homme millénaire, qui n'a jamais grandi. Jeannot m'en veut toujours, je crois, pour les quelques... farces que je lui ai faites, mais il m'a quand même pardonné. Sable m'a toujours fait rêver... Je l'admirais déjà, et ça n'a pas changé. Quant à notre chère petite fée hystérique... Qu'est-ce que j'aurais fait sans elle ?
    Avec eux, j'ai l'impression d'avoir une famille. On se comprend. On a le même but ultime, louable aussi : le bonheur des enfants. Et c'est étrange, de plus en plus croient en moi. En quelque sorte, l'invisibilité va me manquer. C'était une forme de liberté fragile, je pouvais faire tout ce que je voulais. Il va falloir faire attention maintenant, mais peu importe après tout.

     

    Une voix. Surgie des ténèbres de mon inconscient. Un souvenir qui ne vient pas de mes dents. J’étais déjà Jack Frost, à l’époque, un Jack Frost hésitant, qui s’émerveillait de ses pouvoirs. Ca faisait longtemps que je n’y avais pas pensé.

    Une voix qui criait : LIBEREE !

     

    Flash-back.

    Dans la nuit épaisse et froide, un soir de Juin 1730, dans un pays du Nord de l’Europe, un pays égaré, isolé… Froid.

    Arendelle. Le nom me revient : Arendelle. Et cette fille… Elsa. Je crois que je ne l’oublierai jamais.

     

    ***

     

    Il s’appelle Kristoff, c’est un montagnard, grand, blond, avec un énorme nez et un renne auquel il parle sans cesse. Il est plutôt étrange, mais il m’inspire confiance. Il a dit qu’il m’accompagnerait sur la montagne blanche, d’où émanent les pouvoirs d’Elsa… J’ai hâte…

     

    CHAPITRE 2

    Jack était allongé sur un toit.
            Il contemplait le ciel noir au-dessus de lui. Les étoiles s'allumaient petit à petit, tandis qu'au village, on éteignait les lanternes, on faisait taire les enfants qui braillaient, on rentrait les bêtes à l'étable.
            Il attendait.
            Chaque nuit, à la même heure, des cris s'élevaient dans les foyers et réveillaient les bêtes. Lorsque la lune était au plus haut dans le ciel, une silhouette se découpait en ombre chinoise sur les murs et venait troubler les rêves. Elle distribuait la mort, la maladie, la colère, l'angoisse et la peur –
            Pourtant, la nuit dernière, une lumière s'était allumée au cœur des nuages, aussi forte que le soleil, masquant la clarté de la lune. Les cris s'étaient apaisés, les bêtes s'étaient calmées. Cette puissance avait fait à Jack l'effet d'un coup de poing. C'était comme si –
            Comme si, enfin, on avait pu combattre la peur.
            Et Jack attendait, comme tous les autres villageois dans leur maison. Pour voir ce qui allait se passer.
            Il faisait froid. Les flocons tourbillonnaient autour de lui, formant un halo protecteur. Au bout d'un temps indéterminé, Jack soupira. C'était bête. Personne ne pouvait combattre la peur.
            Il se redressa, s'avança sur le rebord du toit en chaume. Tout était calme, paisible. Il sauta et atterrit en douceur sur une fine couche de poudre blanche. On avait beau être en en été, en plein mois de Juillet en fait, c'était comme si l'hiver avait avancé de six mois d'un coup. Au nord du pays, une tempête s'était levée. On racontait que le froid était tel que personne n'osait sortir de sa maison. C'était étrange. D'habitude, c'était Jack qui décidait quand les lacs gelaient et quand la neige tombait. Bon, il n'avait pas tout pouvoir sur l'hiver mais tout de même, il aurait dû sentir que l'hiver arrivait, déjà quelques semaines plus tôt.  Là, c'était totalement autre chose. L'hiver était arrivé trop tôt, trop vite et trop brutalement pour être naturel.
            Jack se glissa derrière une maison, enjamba la barrière du village et pénétra dans la forêt. C'était une forêt sombre, froide, menaçante. Prenant son élan, il s'éleva au-dessus des arbres, porté par le vent froid. Généralement, il aurait préféré renter dans une maison, formater une farce quelconque, mais là, il avait juste besoin de solitude.

    ***
    Seule.
            Elsa était accoudée au balcon de son palais. Le soleil se levait sur Arendelle, illuminant la forêt enneigée. Son esprit s'était calmé, elle se sentait allégée. Elle savourait encore un peu de cette victoire, de ce calme intérieur qu'elle n'avait encore jamais ressenti. Pour le reste, elle verrait plus tard. Reviendrait-elle au château, rendre visite à sa sœur ? Ou finirait-elle par partir, toujours plus loin, dans un village qui ignorait tout d'elle et de ses pouvoirs ?
            Peu importe. Tout ce qui comptait, c'était cet instant ; les stries de nuages roses sur le ciel bleu clair, les pointes rassurantes des montagnes autour d'elle et ce silence, car aucune foule en colère ou hystérique ne viendrait lui réclamer son dû – personne, à part elle.

    ***

    « Kristoff ! hurla Anna. Kristoff, accrochez-vous !
            Il s’agrippa à sa main, se hissa en avant.
            - Kristoff, répéta Anna plus doucement.
            En contrebas, le traîneau explosa.
            - Oh non ! fit Kristoff. Je venais de finir de le payer !
            Il lui tourna le dos.
            Une petite voix disait à Anna qu'elle n'avait pas à s'en vouloir, qu'elle venait de le sauver, tout de même. Son cœur battait à toute allure. Je l'ai sauvé, songea-t-elle. Je l'ai sauvé des loups.
            Mais sans elle, Kristoff n'aurait jamais couru ce risque…
            Peu importe, s'intima-t-elle. C'est un inconnu. Peu importe.
            - Je comprendrais que vous ne vouliez plus m'aider, souffla-t-elle.
            Elle s'éloigna. Ses bottes s'enfonçaient profondément dans la neige, d'une blancheur immaculée.
            - Attendez ! lança une voix derrière elle. Je viens avec vous.
            Anna sentit la force lui revenir. Kristoff et Swen accouraient. Avec eux, elle se sentait plus sûre, plus en sécurité.
            - C'est vrai ? s'exclama-t-elle. Hé bien, si vous y tenez… »
            Anna ne put réprimer un sourire. Cet homme avait bon fond, elle le lisait dans ses yeux. Elle se félicitait intérieurement de l'avoir pour guide : avec lui, l'hiver serait vite oublié…
            Ils se remirent en route, sans se regarder vraiment. Anna avait le souffle court. Elle pensait à Hans, qui l'attendait au palais. Il était tellement beau... Son cœur se réchauffait quand elle entendait son nom.

    ***

    Elsa perfectionnait son palais.
            Elle n'avait pas pensé à installer un lit pour dormir, ni une cuisine pour manger. Mais Elsa n'avait pas faim. Elle mangeait très peu, même en temps normal. Elle n'était pas sûre d'être vraiment humaine.
            Mais c'était sans importance.
            Elle avait du mal à croire que ce palais était son œuvre. Elle était fière, il faut l'avouer, de ce qu'elle avait créé. Fière, et détendue. Un poids énorme s'était déchargé de ses épaules.
            Pourtant, Elsa n'était pas sereine. A chaque tournant, à chaque porte qu'elle traversait, Elsa se sentait suivie. Elle devenait paranoïaque, probablement, se disait-elle.
            Mais non. On la suivait.

    ***

    Jack avait espionné la fille toute la matinée. Il était penché en équilibre entre deux poutres en glace, le regard sur ses cheveux blond pailletés. Il ne l'avait pas encore vue de face, mais il attendait le moment propice.
            Tout de suite, il avait su que c'était elle, la source de magie. Elle qui avait élevé ce palais, à la force seule de son pouvoir. Et quel palais ! Des tours et des coupoles et des fleurs de glace qui ciselaient, s'enchevêtraient, luisaient d'un éclat bleu. Qui qu'elle soit, cette fille avait d'immenses pouvoirs. Puissants. Dangereux ?
            Il était probable, voir certain, que c'était elle qui avait provoqué cet hiver précoce – qui l'aurait fait, à part elle ?
            Pas lui, en tout cas. Il fallait qu'il découvre l'identité de cette fille et qu'il sache ce qui l'avait poussée à provoquer l'hiver. En tant que Jack Frost, c'était en son devoir de ramener les saisons à leur cours normal – et puis, il n'arrivait toujours pas à croire à la découverte qu'il avait faite, en remontant sa piste le long de la forêt. Cette fille provoquait des tas de questions en lui. Pourquoi ?
            Soudain, Jack glissa.
            Il dérapa, fut propulsé en avant. Tomba.
            Sa chute lui parut beaucoup plus longue qu'elle aurait dû, il essaya de s'accrocher à l'air mais sans succès. Les vents ne lui obéissaient pas.
            Il tomba. S'écrasant contre le sol. Des piques de glace se dressèrent tout autour de lui, sous l'effet du choc.
            « Mon Dieu !
            Jack avait la tête qui tournait. La fille avait accouru auprès de lui, affolée. Elle avait de grands yeux bleu ciel remplis de tendresse. De près, elle semblait encore plus belle.
            - Mon Dieu, répéta la fille. Vous allez bien ?
            Les pensées de Jack étaient confuses. Elle me voit, songea-t-il.
            - Je ne peux pas faire grand-chose, se lamenta la fille. Au mieux, une couverture de neige, mais c’est bête…
            - Hé, cocotte, dit doucement Jack. La neige, ça ne me dérange pas.
            La fille le regarda d’un air sceptique.
            - Ha… Vraiment ? Dans ce cas…
            Elle s’affaira. Jack la regarda faire fleurir des flocons autour de son corps, comme il aurait pu le faire lui-même. Quand elle se concentrait, ses sourcils formaient un angle bizarre.
            Il se sentit tout de suite mieux. Au final, il y avait eu plus de peur que de mal. Il essaya de se redresser, mais la fille l’en empêcha.
            - Ne bougez pas. Vous avez fait une belle chute. Il pourrait y avoir quelque chose de cassé.
            Je vais très bien, songea Jack, un peu agacé. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui force la main, il faisait ce qu’il voulait, quand et où il le voulait. D’ailleurs… Il se rendit compte qu’on ne lui avait jamais adressé la parole avant ça.
            - J’arrive, dit la fille en se relevant. Je vais…
            Elle hésita.
            - Je vais chercher de l’aide. Attendez-moi ici. »
            Elle s’éloigna. Jack attendit que le claquement de ses talons s’assourdisse, puis qu’il disparaisse.
            Il se leva.
            La veille, Jack était au Venezuela et le jour d’avant, au Mexique. D’habitude, il ne restait pas plus de deux jours d’affilée dans un pays, et en temps normal, il serait reparti tout de suite.
            En temps normal.
            Mais là, c’était impossible. Il y avait trop de questions sans réponse.
            Qui était cette sorcière aux pouvoirs immenses ? Pourquoi avait-elle provoqué cet hiver précoce ? Comment pouvait-elle le voir, alors que tout le monde passait au travers de lui comme un fantôme ?
            Il décida de rester.

            Jack était allongé dans la neige, à droite du château, sous le pont de glace. Le soleil était très haut dans le ciel et brillait comme un soleil d’été.
            « Vous êtes incroyable.
            Jack tourna la tête. La fille était sur le seuil de son palais. Pourquoi ? pensa-t-il. Parce que je suis invisible ? Que je vole ? Qu’à trente ans, j’ai l’air d’en avoir quinze ?
            - Ah oui ? se contenta-t-il de dire. Je te fais une si forte impression ?
            L’ombre d’un sourire passa sur le visage de la jeune fille. Ses yeux pétillèrent.
            - Vous ne craignez pas le froid, dit-elle simplement.
            Elle tourna les talons. Jack l’apostropha.
            - Mademoiselle ? Est-ce que je peux avoir votre nom ?
            - Vous devez aimer les noms illustres, répliqua la fille. Celui d’une jeune fille de dix-sept ans ne vous intéresserait pas. »
            Elle s’éclipsa.

    ***

    Au palais, une rumeur s’était répandue comme la poudreuse qui tombait sur le royaume en flocons légers. Tout le monde était alerté, car il était arrivé quelque chose à la Princesse Anna. Son cheval était revenu, sans cavalière. Le Prince Hans et quelques hommes se préparaient à la chasse. Arendelle était en danger.
            La Reine Elsa était un monstre. Il fallait la détruire.

     

    CHAPITRE 3

    Le garçon avait disparu peu avant la tombée du soir. Elsa l'avait un peu cherché, il se trouvait sûrement non loin, quelque part, caché, mais elle avait fini par laisser tomber. 

    Ce garçon l'intriguait, elle ne savait pas ce qu'elle devait en penser. Elle avait cru qu'elle serait tranquille dans la montagne, seule avec son palais au milieu de nulle part, mais dès le premier jour, il était apparu, et de quelle façon ? Il était tombé d'une des poutres du toit, tout à coup, et pourtant il n'était même pas blessé. Qu'avait-t-il déclaré, déjà ? "Tu sais, poupée, la neige, ça ne me dérange pas". C'était clair, il lui faisait du charme, Elsa avait assez d'expérience humaine pour comprendre cela. Mais elle n'y était pas sensible. La neige était puissante, froide, dangereuse. Peu importe qui était ce garçon, elle ne voulait blesser ni voir personne. S'il n'était pas parti de lui-même, elle l'aurait jeté dehors, de toute façon. 

    On frappa à la porte. Elsa imagina que c'était le garçon, elle s'apprêtait à lui dire de s'en aller quand elle vit... Anna. 

    En somme, c'était toujours la même, rousse, les joues roses, des yeux doux et immenses, cette mèche blanche dans les cheveux (non, pas maintenant, pas maintenant, non -) Elle portait un grand manteau rose et des cache-oreilles ; elle avait l'air fatiguée, mais elle souriait. Elsa songea à toute cette route qu'elle avait dû faire pour la voir, elle se rendit compte à la vue du regard qu'Anna lui lançait à quel point elle avait changé. Elle était plus belle, peut-être, plus détendue, libérée. 

    - Wow, dit Anna. Elsa, tu es si... différente !

    Elsa sourit. Dans la bouche d'Anna, cela sonnait comme un compliment. 

    - Et ce palais... poursuivit Anna. Il est... magnifique !

    Elsa était honorée du compliment. Un instant, elle crut que c'était vrai, que c'était beau, et qu'elle pourrait tout recommencer avec sa sœur dans ce palais. Mais c'était faux. Anna avait un royaume à gouverner et Elsa... Elle devait limiter la casse - 

    ***

    L'hiver                                                                                                                                                                        éternel. 

    Anna avait beau dire que ce n'était pas grave, que tout va s'arranger, que le soleil va revenir, Elsa n'en croyait pas un mot. Ce qu'elle redoutait le plus, ce pourquoi elle s'était exilée, s'était finalement produit. Elle était une bombe à retardement qui avait fini par exploser et, non, tout n'irait pas mieux, au contraire, rien ne pourrait être pire, et Elsa a l'impression que tout recommence, elle hurle dans le brouillard qui se forme autour d'elle, elle a envie de frapper cette sœur qui ne l'a jamais comprise, la frapper, oui, pour la faire taire, parce qu'elle raconte n'importe quoi - 

    ***

    Une énergie fulgurante transperça le cœur d'Anna, un coup beaucoup plus fort que tous ceux qu'elle avait pris jusqu'ici -

    Elle tituba en arrière, et s'écroula dans les bras de - Kristoff. L'aventurier montagnard avait surgi de nulle part, mais il ne tomberait pas plus à pic, il faut le dire. 

    - Partez, dit Elsa, et ce furent ses derniers mots. Allez vous-en, et ne revenez pas. 

    ***

    Jack était retourné au village, souhaitant en apprendre plus sur la magicienne de la montagne, qui n'avait pas voulu lui dire son nom, pour faciliter les choses. Il lui aurait bien dit le sien, sauf qu'il ne l'aimait pas. Jack Frost, c'était qui ? L'étrange gamin qui apporte l'hiver avec lui, invisible, inaudible et immatériel pour tout le monde - sauf pour elle. Il avait cru un instant que le choc avait provoqué quelque chose, qu'il était devenu visible, mais non. Il n'y avait, à vrai dire, que cette fille qui pouvait le voir, et cela l'agaçait profondément. 

    Bref, les vents d'hiver - abondants en été, of course - l'avaient amené plus bas, jusqu'au palais entouré de fjords gelés. Quelques minutes d'écoute aux porte suffisaient à comprendre que : 1) L'étrange magicienne était la reine Elsa d'Arendelle, qui s'était enfuie après qu'on ait découvert qu'elle était un monstre (information à vérifier), et que 2) Elle était en danger, car le Prince Hans et ses hommes étaient partis à sa recherche afin de la punir de ses crimes. 

    Et ça ne lui plaisait pas du tout. 

    Il était en chemin vers le palais de glace, lorsqu'il entendit le cri. 

    Un cri puissant, perçant, qui pouvait signifier deux choses : soit Elsa avait été mortellement blessée, soit elle avait blessé mortellement quelqu'un. 

    Il trouva Elsa au milieu d'une tornade de flocons. Elle pleurait, mais ses sanglots étaient presque inaudibles sous la tempête. Quand elle le vit, elle poussa un petit cri de frayeur. 

    - Pourquoi faut-il que vous sortiez toujours de nulle part, vous ? demanda-t-elle. Vous ne pourriez pas frapper à la porte, comme tout le monde ? 

    - C'est que...

    Jack s'apprêtait à dire "J'ai des pouvoirs de la glace, tu sais", mais il se ravisa. 

    - Je ne suis pas comme tout le monde, dit-il. 

    - Vous m'en direz tant, soupira Elsa. 

    Jack remarqua qu'elle ne le jetait pas à la porte, et qu'elle ne l'avait pas fait la première fois non plus. Pourtant, en s'exilant ainsi, elle avait bien rejeté le monde entier, alors pourquoi pas lui ? 

    Il voulut poser une main sur son épaule, mais elle l'a violemment repoussée. 

    - Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Jack. 

    Elsa lança un cri désespéré.

    - J'ai essayé ! plaida-t-elle. Je le jure, j'ai vraiment essayé de garder mes émotions pour moi, mais je n'y arrive pas ! Et par ma faute... Arendelle ne connaîtra jamais l'été...

    Elle se mordit la lèvre. Une larme roula sur sa joue. 

    - Anna va sûrement mourir... A cause de moi !

    - Hé, dit Jack. Tu ne peux pas garder toutes tes émotions pour toi. C'est normal d'avoir peur, d'être en colère, triste, mélancolique. Un jour où l'autre, on finit par exploser. 

    Non ! (Elsa se leva, et la neige cessa de tourner autour d'elle. Les flocons retombèrent par terre.) Je peux le faire. Il le faut. 

    - Tu...

    - Vous avez entendu ? 

    Jack s'approcha d'une fenêtre. 

    - C'est la cavalerie du Prince Hans, dit-il. Ils te recherchent. Ils veulent te tuer, je crois. 

    Évidemment ! Avec cette histoire, Jack avait oublié pourquoi il désirait voir Elsa. Il aurait dû la prévenir, mais c'était trop tard, désormais. 

    - Me tuer... répéta Elsa d'une voix faible. 

    Elle semblait avoir perdu toute consistance, comme si son corps s'était vidé. 

    ***

    Deux soldats entrèrent dans la pièce, brandissant leurs arbalètes. Lorsqu'Elsa se retourna pour chercher de l'aide auprès du garçon, il avait disparu. Elle se sentit plus désemparée encore, et pourtant, elle sentit une bouffée d'énergie grimper en elle. 

    Elle mit le plus d'énergie possible à combattre les soldats mais la garçon, sa sœur, la culpabilité lui tournaient dans la tête, et elle ne réalisait pas vraiment ce qu'elle faisait. 

    Majesté, prouvez-leur que vous n'êtes pas le monstre qu'ils s'imaginent ! hurla le Prince Hans. 

    Elle                                                                                                                                                                     s'arrêta. Le lustre de cristal                                                                                                                                            s'écroula, 

    mille morceaux de verre glacé volèrent - 

    Ils la prirent. 

    ***

    Anna souffrait. 

    Elle avait eu l'impression d'aller à peu près bien, un moment, chez les trolls, et puis tout à coup, tout s'était écroulé. Elle gelait, elle brûlait, elle tremblait de tout son corps et sa tête tournait. Elle essaya de penser à Hans, son amour, son sauveur, mais la douleur dans son sœur et dans ses côtes était beaucoup trop forte. Elle avait vaguement conscience qu'il faisait nuit, qu'on ne voyait plus rien, mais Kristoff ne ralentissait pas. 

    Elle ferma les yeux. 

    Une image se forma dans son esprit, une ombre mouvante, faite de fumée et au corps translucide, la peau blanche, les yeux jaunes. 

    "Arendelle est mort, crut-elle entendre. Par ta faute, Anna, qui n'a pas été à la hauteur des espoirs que le peuple plaçait en toi. Tu n'as pas l'étoffe d'une reine, et tu le sais aussi bien que moi.  

    Elle allait mourir, mais elle s'en fichait. Nul n'est parfait, disaient les trolls. Elsa n'était pas parfaite. Elle avait eu tort de le croire, et de penser qu'elle pouvait tout arranger à elle seule. Elles étaient sœurs, mais qu'est-ce que ça pouvait faire à Elsa, qui l'avait toujours reniée ? Pourquoi avait-elle cru que, cette fois-ci, ce serait différent ? 

    Anna n'avait fait qu'empirer les choses, et elle se sentait plus seule que jamais. 

    Tu es seule, disait la voix. Tu as toujours été seule, personne ne tient à toi. Tu n'es qu'une pauvre créature inutile." 

    - Non... dit Anna avec le peu de force qui lui restait. 

    Hans. Hans tenait à elle. 

    ***

    "Tu vas mourir. 

    Tu vas mourir, Elsa, et Arendelle aussi, dévoré par le froid mordant de ta propre colère. 

    L'ombre. L'ombre était de retour, dans les rêves d'Elsa, toujours à lui rappeler qu'elle avait tout raté, qu'elle avait tout perdu, ainsi que les erreurs irréparables de sa vie. 

    Elle prit forme dans sa tête, énorme, lourde, lui bloquant la respiration tant elle était puissante. 

    Tu vas être exécutée pour trahison, par ce peuple qui te déteste. Et tu vas tuer ta sœur. Ta vie entière n'est qu'une série d'échecs, Elsa." 

    Non ! 

    Elsa tenta de se défendre, mais elle n'y croyait pas. L'ombre avait raison...

    - Elsa. 

    Elle savait très bien que pleurer ne résoudrait rien. Mais que pouvait-elle résoudre ? 

    - Elsa. Hé, Elsa, je suis là, regarde. 

    Elsa ouvrit les yeux. C'était le garçon, le beau garçon tombé du ciel, qui l'avait tirée de ses cauchemars. Elle était allongée sur un lit dur et froid, et il était assis à son chevet, tout près d'elle, la dominant de quelques centimètres. 

    - Qu'est-ce que vous faites là... commença-t-elle. 

    - Hé, arrête de me vouvoyer, je n'en vaux pas la peine, dit le garçon avec un petit sourire. Je m'appelle Jack. Je vais te tirer de là. 

    Elsa regarda autour d'elle. Elle se trouvait dans une cellule des cachots d'Arendelle. Par la fenêtre, on voyait le fjord gelé. 

    - Non, dit-elle. Si je suis là, c'est que je le mérite. Je suis nuisible au royaume. Je ne devrais pas exister...

    - Arrête. (Jack posa une main sur son épaule, et cette fois-ci, Elsa ne tenta pas de la repousser.) Tu te fais du mal pour rien. La peur t'a attaquée. 

    - La peur ? 

    - L'ombre noire et profonde et puissante qui fait crier les enfants la nuit, effraie les bêtes, rend les gens fous. La peur. Elle te prend à la naissance et ne te quitte jamais vraiment, mais tu peux la tenir à distance. 

    - Vous avez l'air de bien la connaître, remarqua Elsa. 

    - Je la connais bien. 

    - De quoi avez-vous peur ? 

    Jack réfléchit quelques secondes. 

    - J'ai peur de ne jamais exister. 

    Il la regarda avec ses grands yeux bleus, et Elsa sut qu'il était sincère. Puis il se releva brusquement. 

    - Bon ! Voyons ce qu'on peut faire avec cette fenêtre...

    Elsa fit éclater des cristaux de glace sur ses chaînes. 

    - Je crois que je peux... (Elle entendit du bruit dans le couloir.) Cachez-vous ! On dirait du monde...

    - Oh. Je crois que ce ne sera pas la peine, dit Jack. 

    Quoi ? 

    Le Prince Hans entra dans la pièce. Jack avait disparu. 

     

     

     

     

     


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  • Infos : - Les dates ne sont pas officielles, je ne les connais pas. - Il n'y a pas vraiment de découpage chapitres, je ferai selon mes envies. - Dans cette fiction, j'ai décidé, un peu pour alourdir le vide qui pèse sur les Weasley, que Percy, lui aussi, est mort. C'est parti d'un malentendu et puis je m'y suis laissée allée...

     

    17 Mai
    Ca y est. C’est fini.
    Voldemort est vaincu…

    18 Mai
    Ca y est, c’est fini. Voldemort est vaincu.
    Je ne peux pas y croire. L’école est détruite. Les corps, inertes, couvrent les ruines du château. Des elfes, des géants, des sorciers, qui se sont battus pour la liberté.
    Les deux derniers jours sont passés comme une flèche ; personne ne dormait, ni ne mangeait, même si on tombe tous de fatigue. Il faut soigner les blessés, enterrer les cadavres. De Voldemort, il ne reste qu’un tas de cendres blanches, ramassées hier soir par Argus Rusard. A croire qu’il n’a jamais existé. Je suis bien placé pour le savoir, pourtant. Qu’il a existé. Qu’il est mort, enfin, une bonne fois pour toutes…
    Les première, seconde et troisième année sont rentrés chez eux par le Poudlard Express ; à vrai dire peu d’entre eux ont participé aux combats. Quant aux quatrième, cinquième et sixième année, ils repartent au compte-gouttes. Ron s’en va demain : une voiture du Ministère viendra récupérer ce qui reste des Weasley pour qu’ils pleurent dignement la mort de leurs frères. Fred et Percy seront enterrés au Terrier, au milieu du champ labouré par les gnomes.
    Et maintenant ?

    20 Mai (vers deux heures du matin)
    Dans le parc du château, des boules de feu flottent encore au cœur de la nuit. Hagrid est enfin de retour chez lui, après s’être assuré que les géants sont en sécurité dans les montagnes et n’ont pas fait de dégâts en chemin.
    C’est fou ce que le temps passe vite. Poudlard est reconstruit petit à petit, avec tous les efforts magiques dont les professeurs, parents et élèves volontaires sont capables. J’ai aidé à reconstruire la Grande Porte, une partie du couloir du Troisième Etage et même la cuisine des elfes de maison ; mais on a veillé à laisser quelques parties intactes, comme le dôme brisé de la tour d’Astronomie ou le pont aérien. Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé ici.
    A vrai dire, parents, élèves, sorciers, on a perdu trop de monde pour oublier quoi que ce soit…
    Je suis fatigué. En fait, mon bras n’est pas guéri, et j’ai le corps tout engourdi, c’est à peine si je tiens sur mes jambes. J’ai faim. Mais Madame Pomfresh est d’accord avec moi : certains malades passeront avant.
    Alors j’aide comme je peux. Mc Gonnagall dit que ça va comme ça, que je peux rentrer chez moi, qu’on ne va pas en demander tant au garçon-nouvel-adulte-qui-a-vaincu-Voldemort-par-trois-fois. Ce n’est pas un argument convaincant, et puis je ne suis pas seul dans cette bataille, quoiqu’on puisse en dire. Déjà, de nombreux journalistes sont venus fourrer leur nez dans leurs affaires, et les gros titres ont légèrement changé… Neville, Hermione, Mc Gonnagal, Molly Weasley, on est tous assaillis en permanence. On nous félicite, on nous glorifie…
    Doit-on être glorifié pour avoir tué des dizaines de gens ?

    21 Mai
    Le soleil s’est levé. Lumière pâle, orangée, illuminant le lac nimbé de brume. Souvenirs, aussi. Neville a fini par rentrer chez lui. On a beaucoup discuté, l’année prochaine il entame des études supérieures de Magie Noire, pour devenir Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Il ne laisse pas tomber sa passion pour la botanique, il envisage même un cours mélangeant les deux matières – j’espère pour lui qu’il sait que ça n’a aucun avenir…
    Il a tellement changé, c’est fou ; même physiquement. Son visage s’est endurci, sa voix est plus sûre d’elle, plus posée. Enfin, il reste Neville, et il vient de grimper dans le train pour revenir chez sa grand-mère. Luna est partie, elle aussi, par le même train.
    Les Weasley sont toujours chez eux, seule Molly passe quelquefois pour aider Madame Pomfresh. Elle raconte qu’ils vont bien, qu’ils sont secoués, mais qu’il vont bien. Ça ne me suffit pas. Ginny me manque, je veux plonger mes yeux dans les siens, ma main dans ses cheveux, l’embrasser. Elle est si belle, si courageuse, si forte. J’ai besoin d’elle. Je veux qu’elle me soutienne, qu’elle me rassure avec ses chansons d’enfant. Passer enfin une nuit entière, sans cauchemars, une nuit douce comme du coton…
    Une nuit sans ombres. Sans cadavres, sans torturés. Sans cris de rage et de douleur.
    Ron me manque, lui aussi. Il ne m’a pas accordé une lettre, pas même une Beuglante ! Je sais qu’il m’en veut de ne pas avoir vendu la Baguette, qu’on aurait pu devenir riches et régler les problèmes de sa famille, mais… Non. Je ne veux pas d’un nouveau Seigneur des Ténèbres.
    Hermione me manque elle aussi. C’est à peine si je la vois de temps en temps, à l’infirmerie ou dans la Grande Salle flambant neuve. Je l’ai croisée dans la forêt, aussi ; deux fois. Je crois que ça… Lui passe les nerfs. A moi aussi, j’y vais souvent. Cette forêt sombre, humide, pourrait être le théâtre de mes cauchemars, mais au contraire, elle me plait beaucoup.
    Le reste du temps, Hermione le passe à la bibliothèque. Elle travaille sans relâche, mais ne veut pas me dire ce qu’elle cherche. Lorsque je lui pose la question, elle dérive la conversation, me parle de politique, ou de la dernière blague de Seamus ; mais deviner le but de ses recherches est aisé.
    Elle est orpheline, depuis qu’elle a lancé cet Oubliettes à ses parents. Sans passé et… Sans avenir. Elle recherche un remède, une solution, elle n’abandonnera pas tant qu’elle n’en a pas. Mais par Merlin, si un remède existait, je crois qu’on le saurait depuis longtemps…

    21 Mai (soir)
    Un officier du Ministère est venu me voir ce matin. Il m’a donné la nouvelle adresse des Dursley, leurs coordonnées si je veux les joindre. Il m’a aussi rappelé que, d’après le testament de Sirius, la maison du Square Grimmow me revenait. Ça paraît logique ; je ne vais pas rester à Poudlard toute ma vie, d’autant plus que l’école est presque remise sur pied. Mc Gonnagall a fait la liste d’élèves qui seront parfaitement guéris dans deux semaines et qui rentreront à Kings Cross en Poudlard Express. Hermione en est. Elle va rejoindre l’habitation d’une tante, qu’elle n’a pas vue depuis des années, qui n’est même pas au courant que la Magie existe, et encore moins du sort de ses parents. Pauvre Hermione… J’aimerais tant l’aider, mais elle n’accepterait pas. Je la connais.

    1er Juin
    Pour Harry Potter et Hermione Granger
    Ma main tremble en écrivant ceci. Ici, tout est silencieux, trop silencieux. Bill et Charlie sont repartis chacun de son côté, et papa a recommencé à travailler, il part tôt le matin et rentre tard le soir. Georges est remonté au grenier, il passe tout son temps dans sa chambre depuis qu’on est rentrés. Il veut reprendre l’affaire Farces pour sorciers facétieux, mais comme une partie du magasin a flambé, il doit refaire la moitié des stocks à lui tout seul. J’imagine que ça prend du temps… Quant à Ginny, elle redouble sa sixième année, comme Luna, Cho et beaucoup d’autres qui ont combattu avec nous.
    Maman me parle tout le temps d’orientation. Je lui ai dit que je voulais devenir Auror, et je crois que depuis la Grande Bataille de Poudlard elle m’estime un peu plus, mais ça ne l’empêche pas de me mettre la pression avec son histoire de Buse insuffisants, et de cours de rattrapage.
    Oh, la Bataille de Poudlard, bon sang… des sorts prononcés à mi-voix par un Mangemort sadique, des explosions en tous sens, des barrières inutiles, un casse-tête de stratégie, de telle sorte que nombre d’innocents sont morts… Sang et cadavres. Je n’arrive pas à m’ôter ces images de la tête, elles tournent en boucle ; je me revois courir parmi les décombres en pleurant un Harry mort qui ne l’était pas. Lupin et Tonks, figés dans un dernier geste d’amour. Percy. Fred. Le dernier Horcruxe, notre course effrénée, les dix mille camps, la biche argentée… Je suffoque. J’ai besoin d’un peu d’air. D’une page blanche, pour m’éclaircir les idées.
    Les Canons ont un match samedi contre les Lutins de Bretagne. Ça vous intéresserait de venir le voir, avec moi ? Ginny, Georges et mes parents ni viennent pas, par contre, j’ai invité Luna et Neville, et ils viennent. S’il vous plait, acceptez ! Je ne les supporterai pas tout seul !
    Alors à samedi,
    Ron.
    PS : A Hermione : Je t’aime, tâche de ne pas l’oublier.
    En lisant la lettre, un fin sourire se dessina, lentement, sur les lèvres d’Hermione. Quand elle parvint aux dernières lignes, elle éclata de rire. Un rire clair, heureux, que je n’avais pas entendu depuis longtemps. Ses yeux brillaient. Je comprends pourquoi Ron l’aime – il n’aurait pas pu trouver mieux.

    2 Juin
    Mc Gonnagal est d’accord, on prend les Sombrals demain pour aller au Terrier. C’est triste à dire, mais presque tout le monde peut les voir, maintenant. On devrait arriver Vendredi matin. J’ai hâte de revoir les Weasley…

    3 Juin
    La sensation de vol est si grande, si forte. Comment ai-je pu oublier ça ? Du haut d’un Sombral, tout est possible, on domine le monde. Il n’y a plus de vérité. Il n’y a plus de vie vécue, de souvenirs, de guerre qui tourne en boucle dans ma tête, de ruines, de pleurs étouffants. Il n’y a plus que le ciel, les nuages, le vent qui me fouette la nuque, l’adrénaline qui monte… Je crie, je hurle, je vole, je m’évade. J’aimerais que ça ne se termine jamais. Oh… Dans les cieux, si haut ; je ne suis plus rien du tout…

    4 Juin
    C’est Ron qui nous a ouvert la porte. Lorsqu’elle l’a vu, le visage d’Hermione, durci par le soleil, la tristesse, la fatigue, s’est éclairci d’un coup. Elle lui a sauté dans les bras, le regard voilé par les larmes. Ron semblait aux anges, lui aussi.
    Je suis entré dans la maison. Aussitôt, je me suis senti chez moi. Comment ne pas l’être dans cette maison bancale, pleine d’objets inutiles qui s’animent au moment où l’on s’y attend le moins, de couvertures miteuses, de robes de sorciers usagées, ou flotte une odeur constante de graines pour hiboux ?
    Rien n’a changé ici. La grande horloge qui n’indique pas l’heure, le miroir ébréché et son regard critique, même la goule est encore là. Les cris qu’elle pousse me faisaient peur, au début ; mais on s’habitue vite.
    Cette maison… C’est surtout sept ans de rires, de cauchemars, de fêtes de noël, d’hésitations. Je m’en rends compte en pénétrant dans le salon. C’est ici que j’ai appris à me servir de la poudre de Cheminette, c’est cette famille qui m’a amené à la Coupe du Monde de Quiddich, c’est ici que nous avons reçu les présents de Dumbledore, point de départ de notre quête… Un repère, qui m’a guidé toutes ces années. Un repère, oui. Comment aurais-je pu vivre sans connaître tout ça ?
    Ginny est là. Ma Ginny. Elle a un doux sourire sur les lèvres, simple, serein. Elle me saute dans les bras, m’embrasse. Oh… quelle sensation.
    Elle ne dit rien, et moi non plus. Je salue Molly, qui me dit que Neville et Luna sont au premier.
    Je monte, les marches grincent. C’est ridiculement silencieux, là-haut. La porte de la chambre est entrebâillée.
    J’entre. Neville et Luna sont assis sur le lit, ils jouent… Aux cartes, je crois. Neville m’adresse un sourire crispé.
    - Salut, Harry, il fait.
    Quant à Luna, elle me saute dans les bras.
    - Harry ! Tu vas bien ?
    - Moi ? Oui ; oui… Mais vous, ça va ?
    Je les contemple. Ils ont l’air gênés, mais heureux. Ils vont bien ensemble.
    Luna sourit.
    - On peut dire ça. On sort ensemble, en fait. Plus ou moins.
    - C’est fantastique ! je fais.
    Neville ne me regarde pas.

    Quand Georges m’entend monter au 2e étage, il ouvre en grand la porte de sa chambre.
    - Harry, Hermione ? Vous êtes là ?
    - C’est moi, je réponds.
    Sa chambre est un joyeux bazar. Des stocks de Pastilles de Gerbe, de Philtres d’amour, de bonbons-fumée s’entassent contre les murs. La table est encombrée de fioles, de prospectus, de manuels ; et un petit chaudron émet une lueur verte. Les murs sont recouverts de posters et d’affiches de joueurs de Quiddich que je ne connais pas, des célèbres batteurs, sans doute. Et au fond de la pièce, quasiment invisible sous les piles de vêtements, se trouve un lit superposé.
    Georges sourit.
    - Pardon, c’est un peu le bazar…
    - Ça doit être dur, je dis, sans y penser vraiment.
    - Quoi donc ?
    Je le regarde. Il feint l’ignorance, il veut faire comme si de rien n’était. Dois-je lui rappeler ça ?
    Je bredouille, à mi-voix :
    - Eh ben, depuis que Fred…
    Sa mâchoire se crispe. Il a une belle marque rouge, à l’oreille. Douloureuse, sûrement.
    - Disons que ça fait beaucoup de boulot. Je crois qu’il va falloir embaucher, ha, ha…
    Il part d’un rire nerveux. C’est bien Georges, ça. En un sens, ça me rassure. Il trouvera toujours ce qu’il faut pour rire, et ce avec ou sans son complice de toujours. Fred.
    Je n’arrive pas vraiment à le regarder dans les yeux.
    - Ah. Alors… Tu y as déjà réfléchi ?
    - Le petit Tomi Jackson, il réplique, m’envoyant un sachet multicolore. On l’a pris en stage l’an dernier, il avait l’air tellement heureux que je crois que je vais l’embaucher à plein temps…
    - Cool, alors.
    Un silence passe, il ajoute des ingrédients à sa potion, très concentré. Sur la table, un papier se distingue des autres, par sa blancheur officielle.
    PAR ORDRE DU MINISTERE
    Tous les stocks seront retirés d’ici fin Septembre. La clé des lieux sera remise à M. Phileas Corbillaud, avant destruction officielle. Ordre indiscutable, mes excuses pour le dédommagement occasionné.
    Luis Freizag,
    Gestion commerces et services du Chemin de Traverse.
    - Neville, Luna, Harry ! hurle soudain Ron. On y va !

     

    On rejoint en marchant le Portoloin le plus proche. C’est bizarre, de me retrouver à nouveau entre Ron et Hermione. Toute la tension est retombée, pourtant je n’arrive pas encore à baisser la garde. J’écoute distraitement leur conversation – ils se disputent à moitié. Hermione se plaint que Ron s’obstine à supporter les Canons de Chudley, et Ron dit qu’elle n’y connaît rien. Ce n’est pas faux, après tout, Hermione s’intéresse au Quiddich de loin en loin, comme on dit. Les Canons ne sont pas si mauvais que ça, à vrai dire ; leurs batteurs et leurs poursuiveurs sont même plutôt bons, mais ils ont le pire gardien et le pire attrapeur que je connaisse. Maintenant, ils ont juste besoin de chance et de supporters comme Ron qui les encouragent.
    Neville et Luna marchent un peu devant, côte à côte, comme un vrai couple. Ils se tiennent par la main. Ginny ouvre la marche. J’hésite encore à la rejoindre, je veux rester avec mes amis –

    C’est un petit stade sans envergure, mais on a de très bonnes places, qui surplombent tout le terrain. Les Lutins de Bretagne sont très élégants dans leur robe blanche et noire ; les Canons font hurler leurs fans, qui sont bien plus nombreux que je pensais. Ron, à-côté de moi, se déchaîne. Il porte un haut de forme orange et noir, les couleurs des Canons. A mesure que le match avance, l’écart se creuse entre les deux équipes. Les Canons parviennent à marquer quelques points, mais les Lutins sont bien meilleurs. Bientôt, ils ont 50 points d’avance.
    La foule est déchaînée. J’ai chaud, et mes épaules sont lourdes. Ginny glisse sa main dans la mienne. Je lutte pour garder les yeux ouverts.
    « M. Potter ? » fait une voix derrière moi.
    Je soupire. C’est un officier du Ministère, celui qui m’avait donné l’adresse des Dursley. Il avance tant bien que mal entre les gradins et puis s’approche de moi. Il me tend un courrier, que je déchire. C’est une lettre de Lupin, son testament, peut-être.
    Oh.

    5 Juin
    Je suis rentré au Terrier sans attendre la fin du match. Ginny m’a accompagné. J’ai besoin de me poser, de réfléchir. J’ai besoin des conseils de Molly Weasley.
    La lettre n’était pas le testament de Lupin, en vérité, mais simplement quelques mots griffonnés à la hâte ; entre deux combats. Le papier est froissé, la plume, tremblante.

    Si je meurs, transmettez-lui ceci :
    Harry, si Nympha et moi mourrons, il n’y aura plus que toi pour notre fils Ted. Pour l’instant, il est chez la mère de Nympha, mais la vielle ne durera pas éternellement. Je te confie l’enfant, et tout l’argent qu’il te faudra pour l’élever.
    En espérant que cela ne te parviendra jamais,
    Lupin.

    Le reste est tapé à la machine par une sorcière du nom d’Alana. Elle explique avec les termes froids qu’exige son métier que si je n’adopte pas légalement Teddy Lupin, il vivra chez sa grand-mère aussi longtemps qu’elle sera en vie, puis sera placé dans un orphelinat Moldu comme c’est la procédure. Si j’adopte l’enfant, libre à moi de le confier à quelqu’un d’autre plus tard.
    Je pleure. Les flammes vertes de la cheminée ondulent et Arthur Weasley émerge soudain. Il me regarde d’un air plein de compassion, mais ne dit rien. Ginny est tout près de moi, elle raisonne calmement. Le mieux serait d’adopter Teddy Lupin, puis de m’installer au Terrier ou au Square Grimmow. Ce serait la moindre des choses, en mémoire de Rémus et Tonks.
    Mais en serai-je capable ?
    Je joue le rôle de Sirius, je ne peux m’empêcher de penser. Si seulement Sirius avait été là pour m’élever, ma vie aurait été différente… Mais peu importe. Il faut tourner le dos au passer, aller de l’avant.
    J’ai besoin de réfléchir.

    Neville, Luna, Hermione et Ron sont rentrés. Ron m'en veut un peu d'être parti sans prévenir, il dit que c'était un beau match, même si les Lutins de Bretagne ont gagné. Je le crois sans discuter…
    Hermione est d'accord avec moi : je ne peux pas m'occuper d'enfant maintenant, à dix-sept ans à peine, au sortir d'une guerre. Molly propose de l'adopter – un enfant de plus, après tout, ça ne lui poserait pas de problème. Mais je secoue la tête. J'ai un engagement vis-à-vis de Rémus, maintenant. Je suis le parrain de son fils…

    7 Juin
    L'ensemble des Maraudeurs n'étant désormais plus de ce monde, je me tourne vers la seule personne dans mon entourage ayant bien connu Lupin : Arthur Weasley. Ils ont appris à se connaître environ dix ans plus tôt, à l'époque de l'Ordre du Phénix.
    « Il est né en 1960, me dit-il en comptant sur ses doigts. Quand il était très jeune, il s'est fait attaquer par un loup-garou… Fenrir Greyback. Il en a gardé des traces sur tout le corps… Et depuis, il se transformait chaque mois en loup. Au début, ses parents étaient désorientés. Ils ne comprenaient pas pourquoi chaque mois, ils retrouvaient leur maison sans dessus-dessous, les meubles lacérés et renversés avec violence… Mais avec une enquête, ils ne tardèrent pas à découvrir la vérité. Ils cherchèrent activement un remède, sans succès… Rémus était élevé comme un monstre, et rejeté par tous. Personne ne pensait qu'il pourrait étudier.
    Arthur secoue la tête.
    - Enfin, l'histoire, tu la connais.
    C'est vrai, je la connais. L'année où Rémus est entré à Poudlard, Dumbledore fit construire la Cabane Hurlante et planter le Saule Cogneur. Ainsi, Rémus devenait inoffensif… Mais, seul, il souffrait énormément. Par contre, le reste du temps, il y avait ses amis –
    Sirius –
    Pettigrow –
    James –
    - C'est en quatrième année qu'ils parvinrent à avoir de véritables Patronus, me dit Arthur. Les rumeurs sur la Cabane Hurlante étaient très virulentes… En dehors de James, Sirius et Pettigrow, personne n'aimait vraiment Lupin. Il était distant, lunatique, rabat-joie… Parfois, on louait son talent en classe, mais c'était à peu près tout. Et puis, ils ont grandi… Et il y a eu l'Ordre.
    L'Ordre.
    Voldemort.
    Le regard d'Arthur se perd dans des souvenirs douloureux. Les souvenirs d'une guerre que je n'ai aucun mal à imaginer.
    - Il n'avait pas vraiment de métier, poursuit Arthur, il étudiait la Défense Contre Les Forces du Mal. A l'époque, j'étais au Ministère, comme aujourd'hui. Avec l'Ordre du Phénix, on a découvert quelque chose de nouveau, d'à la fois cruel et jubilatoire : la Résistance. On avait l'impression d'être au cœur du monde, là où les choses bougeaient. On est devenus plutôt amis, à l'époque. (Il sourit.) De très bons amis. Mais Rémus était préoccupé par autre chose que la Guerre. Il savait que Voldemort cherchait les Potter, alors James et lui ont décidé de changer le Gardien du Secret –
    - Merci », dis-je précipitamment.
    Je connais cette histoire, je n'ai pas besoin qu'on me rappelle des détails inutiles. Ce ne sont pas mes parents que Voldemort recherchait, c'était moi. Moi, l’…lu, qui, marqué par lui, était destiné à une vie… Mouvementée, disons.
    Je regagne ma chambre, tout en haut. Mes pensées tourbillonnent.
    Il y a eu plusieurs Rémus Lupin.
    Lupin loup-garou, brisé, rejeté, monstre qui peinait à s'accepter lui-même,
    Lupin Maraudeur, inventif, travailleur, fier, ayant des amis fantastiques avec qui le monde était plus vaste,
    Lupin Résistant, prêt à tout pour sauver ceux qu'il aime, et le monde au passage, tant qu'à faire,
    Lupin professeur : le meilleur professeur de Défense Contre Les Forces Du Mal que j'aie jamais eu, il savait rendre les choses passionnantes,
    Lupin et Tonks.
    Je ne sais pas grand-chose sur eux, mais ils avaient l'air de beaucoup s'aimer. Ils étaient complémentaires, dans la vie comme dans la mort –

    Je vais rendre visite à la mère de Tonks.

    11 Juin
    Une vielle femme ridée nous ouvre la porte. A ma vue, elle sursaute.
    « Oh, mais vous êtes Harry Potter ! Entrez, je vous en prie…
    Elle semble confuse, s'excuse que son intérieur soit en désordre. On entre, moi et Ginny, dans un salon aux couleurs rose pâle. Je le trouve bien rangé, moi, son intérieur. Les meubles sont recouverts d'une dentelle blanche, l'air sent la soupe de poireaux. Des cadres poussiéreux décorent une petite cheminée. On y voit un chien, un canard, la petite Tonks qui grandit. Sur la dernière image, elle se jette dans les bras de Lupin.
    La vieille femme allume une bouilloire, nous installe dans des fauteuils roses et rigides, qui grincent quand on s’assoit dessus. Je regarde ses yeux violet et ses cheveux mauves. Elle a le même visage que Tonks, c'est impressionnant. Elle me dit que, si elle le voulait, elle pourrait redevenir jeune et belle, mais sa magie ne peut la rendre immortelle, seulement en apparence.
    - Je suis vieille, dit-elle. Je préfère que mon reflet me le rappelle tous les jours.
    Elle sert le thé.
    - Ted est dans sa chambre, ajoute-t-elle. J'imagine que c'est pour lui que vous êtes là…
    - Harry est le parrain de Teddy, dit précipitamment Ginny.
    La femme hoche la tête.
    - Bien sûr. Je comprends que Nympha péfère confier son fils à un héros plutôt qu'à moi…
    Sa voix se brise, ses yeux s'embuent.
    - Elle ne m'a jamais aimée, dit-elle. Je crois que j'étais trop sévère… On ne se comprenait pas.
    Ginny hoche la tête, lentement.
    - Et maintenant, poursuit Mme Tonks, elle est morte…
    Elle est presque en larmes, désormais. Je me sens mal. Il fait chaud, l'atmosphère est trop lourde ici. Je me lève brusquement.
    - Je peux le voir ?
    Elle paraît surprise, se redresse d'un coup. La théière se renverse.
    - Oh, mais où ais-je la tête ? Bien sûr, vous n'êtes pas venus voir une pauvre folle comme moi...
    Elle sort sa baguette magique et commence à nettoyer d'un aire affolé, comme si elle avait oublié comment faire.
    -Allez-y, dit-elle. Dernière porte à gauche.
    On entre dans la chambre, une pièce minuscule et sans dessus-dessous. « Oh non. C'est vrai », je pense. Mme Tonks a acheté plein de jouets pour Teddy, visiblement. Il y a un aquarium dans un coin, avec des jeux de cartes, un mini balai en suspension dans l'air, des instruments de musique, des paquets de cartes et des bonbons mais le problème, c'est que tout est renversé ou en bazar, comme s'il y avait eu une petite explosion dans la chambre. Des restes de nourriture sont collés aux murs, et la tapisserie aux couleurs délavées est en partie lacérée.
    Au milieu de ce tableau, un gamin de cinq ans est occupé avec un puzzle. L'image change quand il l'a fini et les pièces sont a nouveau mélangées.
    Il tient plus de sa mère que de son père, je crois, il a le même nez recourbé et les mêmes yeux pétillants. Sans compter, bien sûr, cette touffe d'épais cheveux bleus qu'il a sur la tête, et qui devient rose lorsqu'il se met à rire.
    - Ce n'est pas un loup-garou, dit Mme Tonks en ramassant quelque chose par terre (une figurine, je crois). J'ai vérifié. A la dernière pleine lune, il était particulièrement énervé, alors je l'ai enfermé dans sa chambre, mais il ne s'est pas transformé…
    Elle dit ça d'un ton incertain et presque triste. Je crois qu'elle l'aime vraiment et qu'elle veut se racheter de sa conduite envers Niphadora, mais ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Rémus m'a confié la garde de son fils et j'ai, moi aussi, des vides à combler.
    Teddy accourt vers moi.
    - T'es qui, toi ?
    Oh. J'avoue qu'étant le Survivant, le héros de la Grande Bataille de Poudlard, on m'a rarement abordé ainsi. Mais j'aime bien cette version.
    - Je m'appelle Harry, dis-je en m'agenouillant, et il me jette un regard suspicieux. Je suis un ami de ton père.
    - Papa ? dit-il, soudain enthousiaste. Il est où, papa ? Il revient quand ?
    Pas d’apitoiement. Je suis orphelin, moi aussi, et je sais que la pitié ne m'a jamais aidé. « Lily et James étaient des gens bien, je suis désolé pour vous », « Oui, je suis désolé pour vous, M. Potter… Leur absence doit vous être cruelle... », « Je ne vois pas ce que je peux faire pour vous, mais je suis sûr qu'ils vous auraient aimé... »… Toute ma vie, j'ai été considéré comme un petit animal pitoyable, j'ai reçu des condoléances et des encouragements de pure forme et vides de sens, venant des gens qui les connaissaient à peine, et qui me connaissaient à peine. Sirius, Rémus, ils avaient connu mes parents, mais ils savaient qu'il n'y avait rien de bon à vivre dans le passé. Alors non, maintenant qu'ils sont morts, je ne m’apitoierai pas. Je jure que, si je prends la garde de Teddy, je ne me permettrai jamais de le considérer comme un pauvre orphelin pitoyable, poursuivant le fantôme de ses parents absents.
    - Mamie dit qu'il est parti en voyage, poursuit Teddy. Avec maman et sa baguette et toutes ses affaires. C'est un long voyage mais il a tout ce qu'il faut et il va revenir, non ?
    J'ai envie de vomir. Non, on n'a pas le droit de mentir comme ça à un gamin, comme par exemple de lui raconter que ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu'ils ont été assassinés par le plus grand mage noir de tous les temps. Je me relève brusquement en jetant un regard lourd de sens à Mme Tonks. Je veux partir. Je dois quitter cet endroit, tout de suite.
    - Au revoir, dis-je froidement.
    - Harry… fait Ginny d'une voix faible.
    Mais je suis déjà en train de remonter le couloir jusqu'à la porte d'entrée. Ginny me suit et, bientôt, je sors à grandes enjambées dans le jardin.
    - Au revoir », dit Mme Tonks.
    Et elle ferme la porte.


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  • « Avada Kedavra !
    Si sa voix avait un ton las, le sort n'en fut pas moins efficace. Weil enjamba le cadavre. Du coin de l’œil, il vit Greyback se jeter sur un Crackmol, toutes griffes dehors. Les éclairs verts fusaient de toutes parts.
    - Avada Kedavra !
    Le sorcier face à Weil n'eut pas le temps de réagir. Son corps se figea et il s'écroula. Weil se pencha pour ramasser sa baguette. Bois de Frêne, songea-t-il. Avec du cuir de dragon. Un mélange assez rare, mais puissant.
    Non loin, Augustus Ruckwik affrontait un sorcier bas de gamme. Trois secondes plus tard, il triomphait en tuant son adversaire.
    - Expelliarmus !
    Weil fit volte-face. Grand et maigre, avec des cheveux blond poupée et un vieux jean élimé, un jeune sorcier admirait la baguette qu'il lui avait prise d'un regard triomphant.
    Weil brandit la baguette en bois de frêne.
    - Qui est-tu, toi ?
    - Un homme qui veut vivre.
    Un éclair vert fusa de sa baguette. Weil dévia le sort et la vitrine d'une boutique de vêtements, derrière lui, explosa.
    - Avada Kedavra !
    - Protego !
    - Mais tu vas mourir, oui ou non ?
    Greyback, qui visiblement était en panne de victime, se jeta sur l'homme et le déchiqueta. Il ramassa les baguettes et les tendit à Weil.
    - Pour vous, Mr Baguette, cracha-t-il. Elle est puissante ?
    Weil rangea sa baguette dans la poche intérieure de sa veste et examina celle du défunt. Elle était plutôt flexible, en crin de licorne et bois de houx. C'était un ensemble particulièrement banal.
    - Pas plus que ça, dit-il. C'est déjà fini ?
    Il regarda autour de lui. Augustus Ruckwik s'avançait vers eux d'un pas boitillant. Mis à part le trio de Mangemorts, il n'y avait que des cadavres – ainsi qu'une bonne dizaine de voitures défoncées, des vêtements en bazar, jetés par les plusieurs vitrines éclatées, et une route à moitié détruite. Parmi les cadavres, Weil reconnut celui de Klaus Giant, un Mangemort puissant.
    - Le Seigneur des Ténèbres sera déçu, dit-il en s'approchant du cadavre.
    - Le Seigneur des Ténèbres ? Répéta Ruckwik en riant. Tu parles, je ne sais même pas s'il le reconnaîtra !
    Il donna un coup de pied dans le corps.
    - Son assassin, c'était un gringalet de dix-sept ans. (Il sourit.) Je lui ai réglé son compte. Pour qui il se prend, celui-là, pour tuer un des plus grands Magemorts de notre temps ?
    Klaus Giant méritait bien son nom, songea Weil. Il portait une carrure monstrueuse, une machoire épaisse et des yeux assassins. C'était un Mangemort respecté, mais qui, comme beaucoup, n'avait pas grand-chose dans le cerveau. Avec l'aide de Ruckwik, Weil souleva le cadavre.
    - Attendez, glissa Greyback.
    Il leva sa baguette – oui, même s'il s'en servait peu, Greyback avait récemment acquis une nouvelle baguette.
    - Mobilicorpus ! »
    Le corps de Klaus Giant s'éleva dans l'air. Ruckwik et Weil sursautèrent : même s'il était bien pratique, ce sort n'était presque jamais utilisé – c'était un de ceux que préférait Sévérus Rogue, et il valait mieux ne pas y toucher.
    Personne ne pipa mot durant la marche qui les mena à leur QG. Apparemment, ils devaient être connus même à Londres, car en les voyant, les Moldus fuyaient en courant. De temps en temps, Weil murmurait un « Avada Kedavra » du bout des lèvres, et Ruckwik éclatait d'un rire tonitruant.
    « Tu as vraiment besoin de tous les tuer ?
    - C'est pas pour ça qu'on est là ? » rétorquait Weil.
    Ils bifurquèrent sur un impasse. A leur gauche, une porte à peine visible conduisait au QG des Mangemorts de Londres.
    Ruckwik tapota la porte.
    « Sang-de-Bourbe, murmura-t-il.
    - Crackmol » renchérit Greyback, et la porte s'ouvrit.
    Weil n'avait toujours pas compris leur système de mot de passe. Pour entrer, il suffisait de dire ce qui nous passait par la tête. Mais peut-être que si l'on murmurait « égalité avec les Moldus », la porte ne s'ouvrait pas. Weil sourit. Il faudrait qu'il essaye, un de ces jours.
    Le cadavre de Klaus Giant toujours guidé par la baguette de Greyback, ils descendirent un vieil escalier en pierre qui s'enfonçait dans la pénombre. Plus tard, ils pénétrèrent dans une vaste cage humide où nombre d'autres Mangemorts étaient déjà rassemblés.
    « Klaus Giant ! Sursauta Aicha Isiort lorsqu'elle aperçut le cadavre. Il est mort ?
    Greyback laissa vulgairement retomber le corps sur la pile de cadavres déjà présents. Il n'y a pas de victoire sans sacrifice, songea Weil. Ceux qui mourraient mouraient car leur place n'était pas dans la bataille. Point.
    - Qui l'a tué ? Reprit Aicha Isiort. Comment ?
    Elle avait l'air paniqué. Weil la soupçonnait d'avoir eu une relation avec cet homme.
    Une femme. Weil doutait encore de leur présence parmi eux, et elles étaient peu nombreuses. Lestrange était une pauvre folle qui avait su mériter les grâces du Seigneur des Ténèbres. On disait qu'Alecto Carrow menait une politique d'anéantissement au collège Poudlard. Ombrage était une visionnaire qui avait retourné sa veste pile au bon moment. En revanche, Narcissa Malfoy était une poupée inerte qui devait tout son pouvoir à la position de son mari. Aicha, une bonne tacticienne, mais qui semblait ignorer pour qui elle se battait. Lucy Func, une fille banale qui avait eu de la chance. Et Elisabeth… Une sale prétentieuse, sans aucun talent ni aucune grâce.
    Ok, des gens comme ça, il y en avait aussi parmi les hommes. Mais quel intérêt d'avoir des femmes si elles ne servaient qu'à mettre le bazar ?
    Entendant les cris d'Aicha, nombre de Mangemorts s'étaient rassemblés autour du corps et scandaient des remarques sans intérêt : « Un imposteur ! Il n'avait aucune raison d'être dans l'ordre, surtout pour mourir si facilement ! »
    Weil aurait voulu préciser que Klaus Giant combattait auprès du Seigneur des Ténèbres depuis bien plus longtemps que la plupart d'entre eux, depuis sa première prise de pouvoir en réalité, mais ça n'aurait servi à rien. De plus, sa mort était vraiment pitoyable.
    Aicha réitéra sa question.
    - Comment est-il mort ?
    Ruckwik sourit. 
    - Il a voulu lancer deux sorts en même temps, mais ça a foiré et une boutique a sauté, juste face à lui. Il est tombé dans les vapes à cause du souffle de l'explosion et un misérable sorcier en a profité pour le tuer. Je l'ai éliminé, bien entendu. »
    Il ponctua la fin de son récit par un clin d’œil, certainement Too Much, songea Weil. Le cercle des Mangemorts se dissout. Weil se dirigea vers une table au fond de la pièce, où étaient disposées ses baguettes. Là était son boulot : il devait trier les bonnes des mauvaises avant de présenter les meilleures au Seigneur des Ténèbres. Ainsi, on empêchait que les Résistants tombent sur une bonne baguette, on fournissait tout l'ordre en baguettes puissantes et on tentait de régler le problème du Seigneur des Ténèbres : tuer Harry Potter.
    Weil saisit la première baguette : elle était en bois noir et très élégante. Il reconnut une branche de noisetier, sûrment calcinée par la plume de phénix qui se trouvait à l'intérieur. C'était une baguette précise, pas le genre à exeller dans les explosions comme celle de Greyback mais plutôt à déplacer les objets ou pratiquer la métamorphose. Il la rangea dans sa poche : il en aurait peut-être besoin.
    La baguette choisit son sorcier.
    Quelle devise idiote ! …videmment, un jeune sorcier serait plus à l'aise avec une baguette qu'avec une autre, et petit à petit il se lirait à elle ; mais Weil savait qu'avec de l'expérience, n'importe qui serait capable de pratiquer la magie avec n'importe quelle baguette. C'est pourquoi, au lieu de lancer cet immense Tri de Baguettes, le Seigneur des Ténèbres aurait dû prendre celle de Lucius Malfoy ou de Bellatrix Lestrange et le problème serait réglé. Il déclarait à sa communauté qu'il cherchait une baguette avec laquelle il serait à l'aise, mais Weil le soupçonnait de savoir très précisément la baguette qu'il cherchait, la plus puissante au monde, la Baguette de la Destinée.
    Enfin. C'était son boulot, et s'il laissait tomber, Weil serait sans aucun doute tué.
    Weil sépara les baguettes en deux tas ditincts : à gauche les puissantes, à droite les faibles. Derrière lui, on dressait les tables et des plats circulaient. Fruits, légumes et charcuterie : il y avait de tout, mais exclusivement de la nourriture volée. C'était relativement facile : il suffisait de supprimer les caméras, le personnel et les clients des magasins. Un groupe de cinq personnes était désigné pour ça, et ils ne rencontraient généralement aucune difficulté. Pour le Tri de Baguettes, en revanche, une seule personne par QG. Les gens instruits étaient partisans de l'ennemi…
    « Tu manges ? Lança Ruckwik, la bouche pleine. Il lui tendit une assiette de pâtes. Tu devrais te dépêcher. Il paraît que le Seigneur des Ténèbres passera ce soir.
    - Qui t'a dit ça ?
    Ruckwik pointa Aicha du doigt.
    - Ah. »
    Weil saisit l'assiette de pâtes et alla s'asseoir près d'un homme qu'il connaissait de vue : Anton Liss.
    Anton Liss était célèbre parmi les Mangemorts pour n'avoir jamais voulu en faire partie. Il avait des cheveux châtain clair et les orbites creuses, car il ne dormait presque jamais. Il dormait peu aussi, ce qui lui donnait une allure de cadavre vivant.
    Anton Liss était issu d'une famille de Sang Pur qui ne se mêlait pas de la politique. A l'âge de quatorze ans, quand il s'était fait renvoyer de la prestigieuse école de Magie de Poudlard, il n'était pas rentré chez lui. Il avait vagabondé plusieurs années à travers l'Europe, jusqu'à ce que le cœur charitable du Seigneur des Ténèbres le recueille et l'enrôle chez les Mangemorts. Il était choisi pour des missions simples, comme faire le guet devant le QG ou acheminer les cadavres dans une pièce sombre où ils pourrissaient en silence. Mais il ne supportait pas les idées des Mangemorts, ce qui causait un léger problème.
    « Bonjour, lança Weil. Tu es le Minus ?
    - Anton Liss, grommela celui-ci. Et vous, c'est Mr Baguette ?
    - Arrêtez avec ce surnom ridicule, fit Weil. Weil Marionnette, pour vous servir.
    Il tendit une main. Liss ne la saisit pas. Son regard était fuyant.
    - Tant pis pour toi », fit Weil avec un sourire.
    Ils mangèrent tous les deux en silence. Les pâtes de Weil n'avaient aucun goût, et sa tête était ailleurs. Il souriait du coin des lèvres en regardant les autres Mangemorts se battre à coups de Jambencoton et d'Endoloris. On ne faisait pas les choses à moitié, chez les Mangemorts. Souvent ces combats duraient des heures, et se terminaient violemment. C'étaient toujours les mêmes qui se battaient. Greyback, à coups griffes et de crocs, remportait tous ses duels. Ensuite il y avait Elwood, un Mangemort Asiatique qui était une véritable boule d'énergie, que personne n'avait encore battu. Bruno Tea, un sorcier belge quelque peu dérangé, avait tenu des jours entiers face à lui, avant de déclarer forfait, le corps entier hors service. Lorsqu'il était passé dans d'autres QG, Weil avait été saisi par le nombre d'étrangers que comptait l'ordre des Ténèbres. Certains venaient de la forêt Amazonienne ou de la Toundra Finlandaise.
    Weil était lui-même allemand. Il avait vaguement entendu parler de l'histoire de son pays, mais la vermine Moldue ne l'intéressait pas. Il avait depuis toujours cherché à faire de grandes choses pour la communauté des sorciers.
    La Magie est puissance.
    Le monde avait le droit de voir… Non. Les Moldus n'avaient aucune raison d'être. Et les sorciers de continuer à se cacher par leur faute. C'était là la vraie cause de la bataille du Seigneur des Ténèbres. Harry Potter, la plupart des Mangemorts s'en fichaient grandement. Ils prenaient leur Seigneur pour un malade mental, obsédé par un gamin de dix-sept ans.
    Dix-sept ans… La majorité, tout juste. La trace était effacée, désormais. Harry, Harry… Ce garçon intéressait Weil de loin. Etait-il la véritable cause de cette guerre ?


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