• Entre Ciel et Terre

    Bonjour tout le monde !

    Aujourd'hui, je suis fière de vous annoncer le début d'une nouvelle fic, Entre Ciel et Terre !

    Elle raconte l'histoire d'une fille amnésique, à laquelle on a donné le nom de Paulne, qui se réveille dans un endroit étrange... Et ne tarde pas à découvrir que c'est le Paradis. Pour retrouver son passé, et savoir comment elle est morte, elle et son ami Axel se lanceront dans une quête dans le monde des vivants... Bonne lecture !

     

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    Prologue :

    Qu'est-ce que la vie ?

    Certains disent que vivre, c'est naître, grandir, se reproduire et mourir.

    D'autres pensent que la vie, c'est le fait de cligner des yeux, de sentir son cœur battre et de respirer.

    D'autres, plus philosophes, voient la vie comme un sentiment ; le fait d'être le seul à percevoir ses pensées, ses peurs et ses joies, de la même manière que si l'on veut explorer celle des autres, on se heurte le plus souvent à un mur de pierre – car lire dans les pensées des autres n'est pas un don humain. D'autres encore pensent que la vie est un destin dont il faut profiter au maximum. Mais pour quoi ?

    Moi, ce que j'en dis, c'est que la vie, on ne s'en rend vraiment compte que lorsqu'on l'a perdue.

     

    Chapitre 1 : Le réveil d'une autre vie.

    La jeune fille fut réveillée par une lumière inhabituelle, d'un beige pâle qu'elle n'avait jamais vu. Il était clair qu'elle ne connaissait pas cet endroit.

    Elle regarda autour d'elle : elle était allongée dans un lit blanc de mousse étrange, comme si... Non, ce n'était pas un nuage ?

    Quant à l'endroit où elle se trouvait, la jeune fille n'aurait pas pu dire où il commençait ni où il s'arrêtait. A plusieurs mètres d'elle, une fenêtre gigantesque recouvrait un mur immense. On voyait des mouettes passer dans le ciel bleu. Des colonnes de marbre blanc cassé paraissaient soutenir un plafond invisible. Tout autour, il y avait des nuages – dans la pièce.

    La jeune fille baissa les yeux sur ses vêtements. Elle portait un jean et une veste grise. Le jean était troué de partout ; des morceaux de toile pendaient de tous les côtés, laissant apparaître des blessures dégoulinant de sang. Il en allait de même pour la veste.

    Pourtant, la jeune fille ne réagit pas. Elle n'avait pas mal du tout, elle ne pouvait donc pas imaginer que cela empire. Pour l'instant, elle n'avait qu'une seule envie : dormir.

    Dès qu'elle eut fermé les yeux, trois hommes firent irruption dans la pièce. Ils portaient des toges orange et pourpre et voyageaient debout sur un nuage.

    Le plus grand d'entre eux donnait l'air d'avoir dix-sept ans. Lui savait qu'il en avait bien plus. Voilà quarante ans qu'il était mort, et depuis, il était devenu le conseiller en chef le plus jeune que la cour de Dieu ait jamais connu. Le Seigneur disait qu'il était très bon dans ce qu'il faisait. Axel – car c'était son nom – était plutôt d'accord. Il n'était peut-être pas le meilleur, mais il aimait ce qu'il faisait.

    Axel baissa les yeux sur la petite fille recroquevillée dans son nuage les yeux fermés. On aurait pu la prendre pour n'importe quel mortel ordinaire, sauf qu'elle ne dormait pas. Elle ne dormirait plus jamais de sa vie.

    Pour une simple et bonne raison, en fait : elle était morte.

    Axel regarda une fois encore la fille. Il faut dire qu'elle était plutôt jolie, avec ses bras fins et sa peau blanche, et ses cheveux brun clair qui tombaient en boucles légères sur ses épaules. Elle devait avoir dans les douze ou treize ans.

    « Très bien, fit Axel, je vais l'emmener au Dortoir en attendant qu'elle se réveille. Ensuite, je l'interrogerais sur la manière dont elle est morte. Bertrand, allez voir au secteur 62 b, je crois qu'il y a eu des nouveaux crimes dans le nord de l'Angleterre. Et toi, Sirius, tu devrais aller voir au-dessus de l'Afrique en X22, en ce moment c'est bondé par là-bas.

    - Comment tu vas faire pour la porter au Dortoir tout seul ? interrogea Sirius.

    - Je me débrouillerais. Elle ne doit pas être si lourde que ça, après tout. Bon, et si on me demande, je suis à 68 a, d'accord ?

    Les deux hommes acquiescèrent avant de partir dans des directions opposées.

    - Attendez ! lança Axel en s'adressant à Bertrand.

    L'intéressé se retourna.

    - Oui, Monsieur ?

    - Quand vous aurez fini, prenez votre repos. Vous en avez assez fait pour aujourd'hui.

    - C'est gentil, répondit Bertrand aimablement. Mais vous savez que les fantômes sont infatigables !

    - C'est vrai, reconnut Axel avec un sourire. Allez, à ce soir.

    - A ce soir, Monsieur », fit Bertrand et s'en allant.

     


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  • La jeune fille eut l'impression qu'on la prenait par les jambes et qu'on la déplaçait. Elle ouvrit brusquement les yeux.

    "Qui êtes-vous ?

     Le graçon qui la transportait fut tellement surpris qu'il la lâcha. La jeune fille s'écrasa sur le sol - tiens, il y avait un sol, maintenant?

     - Je m'appelle Axel", se présenta le garçon. C'était un adolescent plutôt grand et maigre, aux cheveux chatain foncé. Il portait une sorte de toge orange et pourpre. "A qui ai-je affaire  ?

     - Je... (La fille hésita.) Euh, je sais pas... (Soudain, elle s'affola.) Qu'est-ce qui m'arrive ? Je... Qui suis-je ?

     - Alzheimer, fit le garçon. Ca arrive souvent chez les filles de ton  âge.

    La jeune fille fronça les sourcils.

     - Tu te moques de moi ?

     - Non, répondit très sérieusement le garçon. Ce n'est pas rare qu'on rencontre des gens qui ont perdu la mémoire. C'est long à expliquer. Tu as une préférence pour ton prénom ?

     - Quoi ?

     - Il faut qu'on te donne un nom avant de retrouver l'ancien, expliqua le garçon.

     - Ah ! Euh, non, je n'ai aucune idée.

    Axel fronça les sourcils.

     - Bon. Dans ce cas, on va t'appeler... Pauline.

    La jeune fille regarda Axel. Quand il prononça son nouveau nom, quelque chose parut changer dans son regard.

     - C'était le nom de ma petite soeur, expliqua-t-il. Avant de mourir.

     - De quoi est-elle morte ? demanda la jeune fille, compatissante.

     - Non, non. Avant que je meure.

    La nouvelle Pauline fit un bond de près de cinq mètres en arrière.

     - Quoi ? Tu veux dire que je parle avec un... fantôme ?

    Axel parut vexé, et, l'espace d'un instant, la jeune fille crut que son corps se voilait... avant de redevenir normal.

     - Non, trancha-t-il. Mais je vois ce que tu veux dire. Ce n'est pas si rare, par ici.

    Pauline ne l'avait pas remarqué avant, mais ils se trouvaient dans une grande pièce rectangulaire, avec des lits superposés des deux côtés qui montaient jusuqu'au plafond. Des gens en toge orange et pourpre ou bleu et violet allaient et venaient, transportant dans leurs bras des gens plus ou moins âgés qui paraissaient dormir, et ils les transportaient dans les lits.

     - Où suis-je ?

     - Au Dortoire, répondit Axel. C'est là qu'on dépose les nouveaux venus.

     Il y eut un silence tendu.

     - Je ne comprends pas, finit par dire Pauline. Tout s'embrouille dans ma tête... Je ne sais même plus qui je suis.

     - Tu as besoin de repos fit Axel.Tous les nouveaux venus ont besoin de repos.

    Il lui tendit la main. La jeune fille hésita, mais pas trop longtemps. Elle saisit la main du garçon et s'installa dans le lit W1122. Elle avait besoin de dormir, de toute façon...


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    Quand elle se réveilla, Pauline n'était pas sûre d'avoir dormi. Elle se rappelait avoir pensé à beaucoup de choses... Et pourtant, elle ne savait rien sur elle. Depuis qu'elle s'était réveillée dans la salle aux colonnes en marbre blanc, elle n'avait plus aucun souvenir. Elle serait incapable de dire qui elle était, qui étaient ses parents et qui étaient ses amis. Elle avait pourtant une certitude : elle ne connaissait personne dans cet endroit. Elle les aurait reconnus – ou du moins, ils l'auraient reconnue.

     

    Parmi les gens qui étaient au Dortoir avec elle, il y avait énormément de vieillards hommes et femmes, mais aussi des enfants et même des bébés. Pauline ne comprenait pas pourquoi Axel avait dit tout à l'heure – ou étais-ce la veille ? Non, c'était tout à l'heure – que parler avec un fantôme n'était pas si rare dans ce pays. Peut-être que tous les gens qui étaient avec elle étaient des fantômes ? Pauline frissonna. Ceux qui ne dormaient pas avaient l'air tout aussi perdus qu'elle, quant à ceux qui le faisaient, c'était d'une drôle de manière. Ils étaient recroquevillés sur eux-même du côté du mur, et on ne voyait pas vraiment leur poitrine se lever.

     

    D'un geste machinal, la jeune fille se dirigea vers la fontaine, au bout de la pièce. Peut-être qu'elle avait l'habitude de faire ça. Pauline décida de noter dans un coin de sa tête tous les indices qui l'aideraient à se souvenir de qui elle était.

     

    Elle commença par se laver le visage, mais elle eut l'impression que l'eau était inexistante : elle sentait sa main sur sa peau mais... pas l'eau. Où est-ce que je suis ? pensa-t-elle, affolée.

     

    Elle regarda son visage dans la glace. Elle avait des yeux bruns et des tâches de rousseur. Pauline... Ce nom lui convenait. Elle ne pouvait pas s'imaginer qu'elle s'appelait autrement, en fait.

     

    Soudain une cloche sonna. Tous les gens qui dormaient se réveillèrent en sursaut, et Pauline se rendit compte qu'elle regardait dans la même direction qu'eux. Un petit homme en toge orange entra dans la pièce.

     

    « Nous allons vous appeler par ordre alphabétique, dit-il, puis vous poser quelques questions. Mes collègues attendent dans les salles A57 et A62. Pour l'instant, j'aurai besoin de vos noms. »

     

    Tandis que l'homme faisait le tour de la pièce avec un calepin, les questions fusaient dans la tête de Pauline. Pourquoi voulait-on les interroger ? Est-ce qu'ils étaient des criminels ? Oh, et puis non. Un bébé ne pouvait pas être un criminel. Et l'homme au calepin devrait bien savoir leur nom, s'ils étaient des criminels.

     

    Elle se demanda ce qu'elle allait dire, quand on lui demanderait son nom. Axel lui avait donné un prénom, mais pour ce qui était du nom de famille...

     

    C'était étrange cette sensation de ne se souvenir de rien. Elle ne savait pas si elle aimait les chats ou si elle préférait les girafes. En fait, elle n'était pas sûre de savoir à quoi ressemblait une girafe. Une personne normale aurait eu plein de souvenirs de jouets, de sorties scolaires et de photos...

     

    « C'est à vous.

     

    Pauline sursauta. L'homme au calepin se tenait devant elle, attendant une réponse.

     

    - Heu... Je m'appelle Pauline, mais...

     

    - Vous avez un nom de famille ? coupa l'homme.

     

    - Heu, oui mais... C'est ce que je voulais vous dire... Je ne sais pas comment je m'appelle.

     

    - Vous venez de dire que vous vous appeliez Pauline.

     

    - C'est vrai, mais c'est un surnom qu'Axel m'a donné.

     

    - Axel ? (L'homme leva les yeux de son calepin et la regarda d'un air nouveau.) Ah, oui, je me souviens de vous.

     

    Pauline crut qu'elle allait s'écraser contre le plafond.

     

    - Vous... Vous savez comment je m'appelle ?

     

    - Non. Je vous ai vue hier après-midi à la salle F36. Comme vous n'avez pas de nom de famille, je vais vous faire passer devant. Axel est en A62.

     

    - Merci, fit Pauline, qui se demandait comment elle allait trouver la salle A62.

     

    - De rien », répondit l'homme d'un ton las.

     

    Il la poussa vers la sortie.

     



     


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    Chapitre 4 : La Révélation.

    Le paysage qui s'étendait devant les yeux de Pauline était immense, magnifique, étrange et effrayant à la fois. C'était difficile à décrire.

    On aurait dit un hall ou une immense gare. Des colonnes pareilles à celles qu'elle avait déjà aperçues soutenaient un plafond d'arcades d'une quinzaine de mètres de haut. Le sol était beige clair, mais par endroits, il disparaissait et on voyait... Le ciel. Enfin Pauline imaginait que c'était le ciel. Les nuages qu'on voyait partout semblaient venir de là. Existait-t-il des bases plantées en ciel ? Elle n'aurait pas pu le dire. Des gens en toge orange et pourpre ou bleue et violette allaient et venaient dans tous les sens. Il y avait aussi des femmes, des hommes et des enfants de tous les âges, dont les habits pouvaient provenir de toutes les époques. Un peu partout, il y avait des ouvertures qui portaient des noms codés en parfaite anarchie : X45, A22, B63 L77, M18 et... F36 ! Alors c'était de là qu'elle venait ? Pauline mourait d'envie d'y retourner ; peut-être qu'elle trouverait une sortie...

    Et puis non. Elle irait peut-être plus tard, mais pour l'instant, ce qu'elle voulait faire, c'était comprendre pourquoi on l'avait amenée ici.

    Elle parcourut de nouveau les portes des yeux. A62, A62... Là !

    Elle poussa la porte. La pièce était toute petite, comparé à ce qu'elle venait de voir. Il y avait des canapés sur les côtés, des pouf et des coussins. Une table pour six personnes était plantée au milieu de la pièce. Axel se tenait sur une des chaises, seul.

    « Ah, tu es là, dit-il. Installes-toi.

    Pauline s'assit timidement sur la chaise en face de lui.

    - Je n'ai pas été trop longue ? demanda-t-elle par politesse. Je ne trouvais pas la salle...

    - Pas grave, trancha Axel. Le temps importe peu ici.

     Ici. Où ?

    - Tu ne m'as pas répondu, l'autre jour, quand je t'ai demandé où j'étais, commença Pauline.

    - Si. Je t'ai dit que tu étais au Dortoir.

    - Oui, mais je ne suis pas bête. Cet endroit est étrange. J'ai beau ne me souvenir de rien... (Pauline hésita.) Je suis certaine que ce n'est pas ma maison.

    - C'est vrai. Mais tu vas devoir t'y habituer.

    - Bon, c'est fini les mystères ! explosa Pauline. Dis-moi où on est.

    - Très bien. Tu es au Paradis.

    Pauline eut l'impression de se décomposer. Les nuages, les fantômes... Le Paradis.

    - Tu veux dire que... Je suis morte ?

    - Oui. En général on l'apprend aux gens par groupes. C'est plus rapide. Tu imagines, avec le nombre de morts qu'il y a, on ne s'en sortirait pas. C'est facile, parce que les gens se souviennent de qui ils sont, et donc de leur mort. Parfois ils devinent même tous seuls. Mais pour les amnésiques comme toi...

    Axel s'interrompit, comme s'il cherchait ses mots.

    - Il faut les prendre avec des pincettes, dit-il. On les laisse longtemps au Dortoir en espérant qu'ils retrouvent leurs souvenirs ; ensuite, on les prend individuellement pour leur expliquer ce qui se passe.

    - Comme moi, là.

    - Comme toi.

    Pauline eut l'impression qu'elle allait imploser. Elle était morte. Elle n'avait plus aucun souvenir. Sa vie était littéralement finie. Pauline regarda ses mains. Était-il possible qu'un fantôme ait le cerveau en feu ? Allait-elle disparaître. Elle porta sa main à son cœur. Elle ne sentit rien. Son dernier espoir était de trouver quelqu'un d'amnésique comme elle. Quelqu'un qui la comprendrait...

    - L'homme au calepin a dit qu'il allait nous appeler chacun notre tour par ordre alphabétique, mais il m'a envoyée en premier parce que je n'ai pas de nom de famille, dit-elle. Comment c'est possible, si vous annoncez la nouvelle par groupe ?

    - Ah. Heu... En fait, on fait trois tests, avant de répartir les personnes en plusieurs endroits. C'est que le Paradis est gigantesque, vraiment. Tous les morts depuis la préhistoire sont ici. Alors évidemment, pour éviter le chaos, on répartit les gens en plusieurs lieux selon la manière dont ils sont morts. Il y a les Champs Elysées, le Champ de Mars, la fontaine de Jouvence, la Cour de Dieu, un semblant d'Enfer, des champs entièrement vides, le Tartare, les souterrains, et des villes comme dans le monde des Vivants. On est dans la Cour de Dieu, au passage.

    - Mais en quoi consistent ces tests ?

    Ils n'allaient tout de même pas leur faire passer des épreuves après leur mort, si ?

    - On interroge une première fois les gens pour savoir les quels sont amnésiques, expliqua Axel. Pour ceux qui ont compris qu'ils sont au Paradis, on passe aux questions sur leur vie et leur mort, et ils sont faciles à placer. Pour les autres, on leur apprend la nouvelle par groupe, puis on fait la même chose, généralement après une pause eu Dortoir.

    Une question germa dans la tête de Pauline, mais ce n'est pas celle qu'elle posa.

    - Vous avez repéré d'autres amnésiques ? demanda-t-elle, pleine d'espoir.

    - Pas pour cette génération, dit Axel. Mais ils peuvent venir d'un instant à l'autre.

    - D'accord. Une dernière question : les amnésiques, vous en faites quoi ?

    - Je te l'ai déjà dit, fit Axel. Dans le meilleur des cas, ils restent au Dortoir jusqu'on ait découvert la raison de leur mort. Sinon, ils deviennent des fantômes. C'est un risque qui pèse sur toi.

    Pauline se raidit.

    - Les fantômes sont des êtres maudits, c'est ça ?

    - Pas tout à fait, rectifia Axel. Certains sont parfaitement lucides, comme n'importe quelle âme ; on les désigne ainsi parce qu'ils ne se souviennent pas de leur vie. Mais la plupart des fantômes sont condamnés à errer pou l'éternité sur les Champs de Mars, oui.

    Pauline sentait qu'Axel aurait voulu lui poser des questions, et ça allait de même dans l'autre sens. Mais la pensée de devenir un fantôme lui embrouillait les idées.

    - Tu as besoin de repos, dit Axel. C'est bon signe. Demain, je te montrerais à quoi ressemble la Cour de Dieu. Je te montrerais les âmes et les Anges Gardiens. Avec un peu de chance, tu pourras même voir Dieu en personne. »

    Cela importait peu à Pauline, de voir Dieu en personne. Elle ne savait pas si elle était croyante ou non. Elle savait par contre qu'Axel avait dit ça pour lui changer les idées. Ça n'avait pas marché. Elle se leva et sortit de la pièce en titubant.

    Alors, elle serait condamnée à errer pour l'éternité ? C'était ça sa vie ? Elle aurait préféré mourir – mais non enfin, elle était déjà morte.

     


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    Dans des moments comme celui-ci, Pauline aurait tout donné pour se souvenir de ses parents. Elle ne savait pas ce que c’était que la chaleur d’un foyer, que la douceur d’une mère qui te frotte les cheveux. Enfin si, elle le savait ; ou plutôt, elle se l’imaginait. Elle voyait un homme et une femme lui sourire, un petit frère aussi, mais ils changeaient sans cesse de visage, elle ne pouvait pas se rappeler leur nom, elle n’arrivait pas à percevoir… Ses souvenirs. C’était un sentiment étrange, oui, bien qu’elle commence à s’y faire.

    Elle était allongée dans son lit face au mur, les bras sur ses mollets. Elle ne savait pas pourquoi, cette position la réconfortait. Depuis qu’elle était rentrée au    Dortoir, l’Homme gros et gras avait fait son entrée plusieurs fois, au son de la cloche, et demandait à chaque fois le nom des gens. C’est pourquoi, quand elle entendit la porte s’ouvrir, Pauline crut que c’était encore lui. Mais elle reconnut une autre voix.

    « Pauline ?

    -Axel !

    Le garçon eut un sourire amusé.

    - J’ai du temps libre, annonça-t-il. Et je t’ai promis que je te ferais visiter. Alors ?

    - J’arrive ! »

    Pauline bondit sur ses pieds et se cogna au plafond – mais elle ne ressentit rien. Elle descendit de son lit et suivit Axel dans la Cour de Dieu.

     

    « L’espèce la plus répandue chez les défunts est l’âme, expliqua Axel alors qu’ils traversaient la foule. Par définition, toute personne arrivant au Paradis possède une âme, sinon elle ne serait capable ni de penser ni d’agir. Bon. Les âmes sont solides et matériels ; évidemment, leur cœur ne bat pas et ils ne respirant pas non plus, et ils ne ressentent pas les chocs et la matière. Ils n’ont besoin que d’une seule chose pour vivre : un repos régulier.

    - Tu es une âme ? demanda Pauline.

    - Oui. Bien sûr.

    Pauline repensa au jour où elle était arrivée, quand elle avait eu l’impression qu’Axel disparaissait l’espace d’un instant. Elle se demanda s’il disait la vérité mais oui, sa main avait l’air bien solide…

    Ils traversèrent la foule en biais et arrivèrent devant un long alignement de portes aux noms codés.

    - Pour la plupart, ce sont des pays ou des zones du monde, dit Axel. Mais il y a aussi des chambres, des bureaux, des restaurants…

    - Des restaurants ? s’étonna Pauline. Je croyais que les morts n’avaient pas besoin de manger ?

    - Les âmes, non, mais que fais-tu des gens nés au Paradis ?

    - Il y a des gens qui naissent au Paradis ?

    - Oui.

    - Pourquoi ? Il n’y a pas assez de gens comme ça ? demanda Pauline en scrutant l’énorme foule.

    - Ce n’est pas la question, trancha Axel. Qu’est-ce que tu fais des couples défunts qui, depuis toujours, cherchaient à se retrouver au Paradis ? On ne va pas leur interdire d’avoir des enfants !

    - C’est que…

    Pauline ne termina pas sa phrase. Que serait un enfant qui ne verrait pas la vie, qui ne grandirait pas, ne dormirait pas, ne mangerait pas ?

    Un peu comme moi.

    Elle essaya d’oublier cette pensée. Cet enfant, au moins, connaitrait ses parents...

    - Bref, reprit Axel, ces enfants-là sont élevés pour devenir anges-gardiens, et ils mangent et dorment comme des êtres normaux.

    - Ah.

    Tout s’explique.

    - Les anges vivent là, dit Axel en montrant une ouverture sur le ciel bleu.

    En regardant de plus près, Pauline vit que les nuages se mêlaient à des bâtiments de marbre blanc, comme une petite propriété dans le ciel. Au milieu trônait une grande fontaine d’eau claire et tout autour, les anges buvaient, se regardaient, parlaient. Certains étaient en jean et T-shirt ; d’autres portaient une longue robe blanche aux manches évasées. Ils avaient tous de grandes ailes banc cassé, comme les plumes d’un oiseau. 

    Ils bifurquèrent et passèrent devant une montgolfière gigantesque, autour de laquelle les gens s’agglutinaient.

    - La demeure de Dieu, dit Axel. S’il n’y a pas de nouveaux amnésiques dans les prochains jours, on devra t’emmener chez lui, mais pas tout de suite. Il y a quelque chose que je dois te montrer d’abord. Tu vas me maudire, mais il faut que je le fasse.

    Il l’entraîna dans une ruelle sombre, ce qui était très étrange, car tout ce que Pauline avait vu jusqu’ici était lumineux et immaculé. Ils marchèrent en silence un moment, avant que la rue s’élargisse pour devenir un champ. Et là, Pauline comprit.

    Les fantômes.

    Tous, sans exception, portaient des capes noires et volaient lentement à quelques mètres du sol, la tête rentrée dans les épaules et les yeux mi-clos. Leur peau était d’une pâleur effrayante, qui laissant voir leur crâne par transparence, et leurs orbites creuses et noires.

    - Voilà à quoi ressemble un fantôme, dit Axel.

    Pauline crut qu’elle allait s’évanouir.

    - Alors… C’est à ça que je vais ressembler, si je n’arrive pas à me souvenir de moi ?

    Axel hocha la tête en silence. Pauline eut envie de pleurer. Elle jeta un regard en coin aux fantômes ; comme pour s’assurer qu’elle avait bien vu. Ils ne se parlaient pas et s’évitaient consciencieusement. Certains murmuraient des choses incompréhensibles entre leurs dents.

    - Ceux-là sont irrécupérables, dit Axel. Qu’est-ce que tu veux, il faut bien que la vie s’arrête un jour, au moins pour certains, sinon, la mort ne serait plus rien pour personne.

     

    Pauline comprenait très bien. De ce qu’elle avait vu jusqu’à présent, le Paradis lui avait semblé très actif et très heureux. Elle qui n’avait aucun souvenir de sa vie comprenait enfin ce que c’était que la mort. Mais elle était bien décidée à rester une âme.

    - Certains fantômes exceptionnels réussissent à s’en sortir, continua Axel. Regardes Bertrand. C’est l’homme qui passe tous les jours au Dortoir pour demander le nom des nouveaux venus. Avant, c’était un fantôme, mais je ne sais pas ce qui s’est passé, il a eu une sorte de déclic ; comme un réveil. C’était avant ma mort. Il est entré dans une école d’anges-gardiens, et, décidant que ce métier n’était pas fait pour lui, il est venu rejoindre les Conseillers Recruteurs et il est aujourd’hui un membre à part entière de la Cour de Dieu.

    - Il n’est pas… Squelettique, remarqua Pauline.

    - Non. Mais il est immatériel, et infatigable.

    Cette histoire réconforta un peu Pauline. Mais elle n’était pas rassurée pour autant.

    - Bon, dit soudain Axel, il y a tout un tas de choses dans la face sombre du Paradis, mais je pense que tu es plus apte à aller voir les Champs Elysées. Ça te dit ?

    - Oui, répondit Pauline avec un petit sourire.

    - Viens. »

     


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