• Destins Croisés : Nouvelle Version

    Climène vit dans un monde parallèle, un monde crée par les dieux pour protéger leurs enfants, héros et monstres. Mais la guerre menace ce monde. La tension monte entre les peuples celtes et grecs tandis que les dieux disparaissent mystérieusement... Comme si cela ne suffisait pas, le roi d'Amaurise est gravement malade et une prophétie déclare qu'un ennemi se dresse contre la seigneurie...

    Ma fiction, Destins Croisés, a aujourd'hui deux tomes achevés. C'est au départ très proche de Percy Jackson mais, petit à petit, l'histoire s'en détache absolument. C'est le moment pour moi de tout remettre à jour : voici une version propre de Destins Croisés !

    (Pour l'ancienne version, voir )

    (Pardon pour la mise en page, je modifierai ça dès que mon ordi aura WORD)

  • La tension régnait dans la salle du trône comme un orage prêt à éclater.
    L'homme sentait cette tension, il sentait également la colère des vents tout autour de lui, qui n'appréciaient pas trop être contrôlés par autant de dieux à la fois. Comme il les comprenait.
    C'était un métier difficile qu'il pratiquait. Il aimait à être libre comme le vent, or il contrôlait les vents. Il travaillait pour des hommes libres à contrôler des êtres libres ; mais lui ne l'était pas. Depuis plusieurs siècles, les Vents se plaignaient. Il aurait aimé avoir un poste plus important. Il était le Seigneur de l'Air, après tout - seigneur d'un élément primordial au monde, qui n'avait même pas le droit de siéger au milieu des dieux majeurs. Mais peu lui importait. Quel intérêt de se retrouver parmi ces treize fous qui n'osaient plus intervenir dans le monde mortel ?
    L'homme en face de lui se racla la gorge une fois, deux fois, trois fois. Puis il parla d'une voix claire et solennelle, qui sonna comme un déchirement entre la terre et le ciel :
    « Eole, dit-il, tu as demandé à parler. Nous t'écoutons.
    Il marqua une pause, parcourut l'assemblée des yeux.
    - Mais si tu veux encore nous parler de ton titre...
    - Ne me menaces pas, coupa Eole. (Il sourit.) Cela ne me fait aucun effet, tu le sais bien. Non, ce n'est pas pour parler de mon titre que je me suis déplacé jusqu'ici... Aujourd'hui, je veux vous parler des humains.
    Un silence étonné accueillit ses paroles.
    - Un danger va bientôt arriver, poursuivit Eole... et vous le savez bien. Sinon, pourquoi avoir fermé l'Olympe ? Il faut les aider. L'ennemi a déjà commencé sa marche vers les seigneuries...
    Il avait parlé d'une voix forte et menaçante comme celle du Seigneur Zeus lui-même ; et tout le monde l'avait écouté. Puis il avait baissé le ton, et, s'adressant à tous, était passé au vouvoiement.
    - Le destin des mortels est réglé, répondit le roi des dieux. Nous n'avons plus rien à voir avec eux.
    Une femme, dont les boucles blondes descendaient harmonieusement sur ses épaules ; et qui portait un petit poignard étincelant à la ceinture, prit timidement la parole.
    - Hum, père, si je puis me permettre... Je pense que messire Eole a raison. Depuis des années que tu renies les mortels, vois où cela nous a menés. Rester enfermés dans l'Olympe, et laisser les Celtes gouverner le monde. Tu le sais comme moi : nous avons besoin des mortels tout comme eux ont besoin de nous. Parmi nous, il y en a plus d'un, avouez-le, qui ont des enfants demi-dieux. C'est ainsi depuis la nuit des temps et il en sera toujours de même.
    - Et puis, ajouta la femme à sa droite, tu n'es pas obligé de faire le travail à leur place. Tu peux, par exemple, choisir des Élus et les laisser mener leur quête. Il faut juste les mettre sur la voie.
    Zeus avait fermé les yeux et s'était pris la tête entre les mains, troublé. Une autre déesse prit part au débat. Elle avait des yeux profonds multicolores ; des cheveux dorés ; des formes parfaites au charme envoûtant.
    - Je suis d'accord avec Athéna et Artémis. Les mortels sont source d'inspiration et de vie. Ils peuvent se débrouiller seuls, il suffit de les aider un tout petit peu.
    - D'accord, d'accord, vous allez les avoir, vos élus !
    Il marqua une pause, regardant Eole droit dans les yeux.
    - Trois demi-dieux. Et le Triskell sera réuni. »


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  • Clio attrapa l'épée au vol. Elle lui sembla étrangement lourde, plus lourde qu'elle ne se l'était imaginée.
    Un jet de flammes fusa à sa droite. Le béton se mit à flamber.
    Clio se retourna, sur le qui-vive. Heureusement, le monstre était loin. Les élèves de l'école sortaient par le portail bleu, dans une cohue bruyante. Mais quand Mme Angèle appela son nom, Clio ne répondit pas.
    Le monstre s'agitait. Il ne semblait pas vouloir attaquer les élèves, seulement mettre le feu à l'école. Toutes les classes de 6e brûlaient et le feu courait vers le réfectoire. La cour était encombrée d'une fumée dense. Mais où était Climène ?
    Un nouveau jet de flammes passa à quelques centimètres de Clio. Elle l'évita de justesse, cherchant Climène du regard.
    Elle la trouva enfin, et distingua au milieu de la fumée qu’elle portait une… armure. Que faisait-elle dans cette tenue ? Quand s’était-elle changée ? Clio courut vers elle en criant son nom. Climène se rapprochait du monstre, un arc à la main. Ce n’est qu’arrivée à quelques mètres du monstre que Clio réalisa qu’elle ne rêva pas.
    Un dragon. Un vrai dragon, avec de grandes ailes noires et des serres solidement plantée dans le sol de la cour. Clio frémit.
    « Climène ! Il faut partir ! cria-t-elle.
    Climène se retourna. Ses cheveux étaient lâchés.
    - Tu es folle ? On ne va pas le laisser détruire ton collège ! »
    Là-dessus, elle brandit son arc. Une flèche, une seule, vola et creva l’œil du dragon. Il rugit de douleur.
    Clio regarda autour d’elle : le portail bleu était fermé. Le monstre s’avançait à grands pas vers elles.
    « Par là ! » cria Climène.
    Elles coururent jusqu’à l’autre bout de la cour se réfugier sous une poubelle. Le monstre la supprima d’un jet de flammes.
    « On l’attaque de front, suggéra Climène.
    - Tu… Tu crois ? »
    Clio savait au fond d’elle-même que le dragon n’aurait aucun mal à parer une attaque frontale. Une épée et un arc contre ce monstre… Elle frissonna en se disant qu’elle n’avait jamais tenu d’épée.
    Climène envoya deux flèches entre les écailles du dragon, mais il ne sembla même pas s’en apercevoir. Son pas était lent et sûr.
    « A l’intérieur ! » lança Clio.
    Le bâtiment qui hébergeait les troisièmes n’était pas encore envahi par les flammes. Elles grimpèrent les marches le plus vite possible. A l’intérieur, la chaleur était pesante. Elles regardèrent le dragon balayer les arbres autour de lui d’un revers de queue, le souffle court. Clio peinait à y croire. Que fait cette horreur dans le collège ?
    Elle regarda Climène. Des perles argentées brillaient dans ses cheveux. Celle-ci dut capter son regard car elle releva vivement ses cheveux pour les cacher sous un bandana vert.
    Clio se dit que ce genre de combats ne se vivait qu’une fois. Terrasser un dragon… C’était le rêve de nombreux garçons.
    « Le feu, murmura-t-elle.
    - Quoi ?
    - Il l’évite. »
    L’école entière, à part le bâtiment des troisièmes peut-être, était en feu. Mais le dragon avançait consciencieusement, évitant les flammes.
    Clio descendit les escaliers en courant. Au même moment, le bâtiment prit feu. Climène, pensa-t-elle et elle poussa un soupire de soulagement en la voyant arriver derrière elle.
    Elle courut à découvert jusqu’aux arbres enflammés. De la pointe de son épée, elle décrocha l’une des branches et étouffa le feu pour pouvoir la tenir. Elle en enflamma le bout… Puis elle la lança sur le dragon.
    Il poussa un hurlement de douleur.


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  • Clio avait oublié la suite.
    « Tu t’es évanouie, dit Climène. Le dragon… (Elle grimaça.) Il a craché une boule de feu droit sur toi, et, en voulant l’éviter, tu es tombée inconsciente.
    Clio cligna des yeux et se redressa. La tête lui tournait et ses jambes étaient engourdies. En baissant les yeux sur ses vêtements, elle vit que le bas de son jean avait brûlé. L’école était toujours en flammes.
    - Les pompiers, dit-elle.
    - Ah, heu…
    Climène lui tendit une gourde.
    - C’est un remontant. Prends !
    Elle la regardait d’un air suppliant. Clio but une gorgée du liquide et soudain, elle sentit tous ses muscles se détendre. Elle n’avait pas réalisé à quel point elle avait mal.
    Elle sauta sur ses pieds.
    - Maintenant, les pompiers.
    Climène sourit. Elle portait toujours son arc et son armure.
    - Où est-ce que tu as trouvé ça ? demanda Clio.
    - Heu…
    - Mon Dieu, ce monstre… reprit Clio.
    Elle s’interrompit. Le monstre avait disparu. Comment ?
    - Est-ce que… Est-ce que mon plan a fonctionné ?
    - Le truc du feu ? Oui, c’était pas mal. Personne n’aurait pensé à ça… Mais sache que l’armure d’un dragon est épaisse. C’était loin de suffire.
    - On dirait que tu en as déjà rencontré.
    Climène ne répondit pas.
    - Tu veux dire que… Qu’il y en a d’autres ? »
    Clio se sentit idiote. Comment se peut-il que… ? Elle secoua la tête. Les pompiers.

    Ils arrivèrent vingt minutes plus tard.
    « Oulà ! » fit l’un d’eux en apercevant le feu. Il s’approcha de Clio. « Depuis quand y a-t-il le feu, mademoiselle ?
    Clio fouilla dans sa mémoire.
    - Le cours de français. C’était il y a deux heures environ.
    - Et personne n’a eu l’idée de nous appeler ?
    - Ils étaient paniqués, expliqua Clio. Le feu sortait de la gueule d’un…
    Climène la fit taire d’un regard.
    - D’un ?
    - D’un lance-flammes, reprit Clio. Un élève. Un élève a mis volontairement le feu, en espérant que tout le monde le remarque… Il a pris la fuite. Dans la panique – vous savez, c’est le genre de choses qui arrivent aux autres, et on a beau connaître les règles, l’anarchie était totale. Le feu s’est propagé si vite…
    - Et il ne reste plus que deux gamines pour appeler les pompiers ? releva l’homme en fronçant les sourcils. Rentrez chez vous si vous voulez éviter de mourir. »
    Clio s’appétait à protester, mais à quoi bon ? L’homme s’était retourné donner des ordres à ses congénères.
    « Viens, glissa Climène à l’oreille de Clio. Partons. »


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  • «Climène ? lança Clio. Où va-t-on?
    Les deux filles avaient sauté dans un bus, sans avoir une idée de leur destination.
    Climène fronça les sourcils.
    - Là où on sera en sécurité. »
    D'accord. Nulle part, donc.
    Climène contemplait le paysage d'un air las. Ses yeux gris perdus dans le vague faisaient penser à la façade de la lune. Elle avait troqué son armure grecque pour une tunique bleu foncé et un leggings en jean qui lui arrivait aux genoux.
    Il était à peu près trois heures de l'après-midi, le soleil rougeoyait dans le ciel. Clio revoyait défiler devant ses yeux les différents évènements de la journée. Une matinée parfaitement ordinaire, jusqu'à ce cri déchirant qui avait retenti dans la cour. Les élèves s'étaient volatilisés ; Climène et Clio avaient été seules contre l'hydre.
    Clio était cette année en cinquième. Elle approchait maintenant de ses treize ans, qui auraient lieu le 15 Février. C'était une fille solitaire et silencieuse, aux yeux bleu profond comme son père et aux boucles blondes emmêlées. Elle avait été l’une des premières à voir le dragon… En rêve, quelques semaines plus tôt. Elle n’en pouvait plus de ces rêves. Des gobelins et des licornes, des monstres étranges aux multiples têtes… Comme dans les livres qu’elle empruntait à la bibliothèque. Et, elle avait beau ne pas y croire, elle savait que ce monstre était réel… Et qu’elle devait le suivre.
    Clio se remémora le jour ou elle avait rencontré Climène.
    C'était un soir de Décembre, le lendemain du solstice d'hiver. Clio était restée en internat à l'école pendant les vacances, elle n'était rentrée chez elle que pour le weekend qui entourait Noël. Clio et son père avaient passé le plus beau noël de leur vie : ils avaient dîné dans un petit restaurant chic, puis avaient fait le tour des boutiques en s'achetant mutuellement des cadeaux. Mais le père de Clio avait ensuite décrété qu'il avait trop de travail pour s'occuper d'elle pendant les vacances. Alors Clio était restée à l'école. Elle s'ennuyait, ce soir-là, elle regardait par la vitre de sa chambre le soleil descendre lentement derrière l'horizon quand elle aperçut une ombre au loin, parmi les nuages. Elle n'en était pas sûre, mais à ce moment-là, il lui semblait avoir vu un pégase. Clio l'avait regardé voler de-ci de-là, avant de se rendre compte que le pégase portait une personne sur son dos. Dans un éclair, Clio vit ladite personne tomber du ciel... L'instant d'après, le pégase avait disparu.
    Le lendemain, une nouvelle personne occupait les lits de l'infirmerie. Elle avait des yeux gris pâle, des cheveux châtain pailletés d'argent, et s'appelait Climène Park. Les deux filles firent connaissance, parlèrent de leur passé. Très vite elles se rendirent compte qu'elles avaient beaucoup de choses en commun. Dont l'absence pour elles d'un parent.
    Clio n'avait jamais connu sa mère. Oh, elle n'était pas malheureuse avec son père mais on ne lui avait jamais rien dit sur elle et ses origines. Lorsqu’elle abordait la question, il se renfrognait, s’énervait parfois. D’après lui, ça ne valait même pas la peine de connaître son nom. Il n’avait aucune idée d’où elle habitait, ils s’étaient quittés lors d’une violente dispute.
    Quant à Climène, elle ne savait rien de son père et n'avait vu sa mère que très rarement dans sa vie. Elle vivait avec une femme qui par la force des choses était devenue sa mère, Églantine Park.

    Clio coula un regard vers sa meilleure amie. Elle la connaissait depuis plus d’un an maintenant. C’était une fille étrange, réservée… Ombragée de mystère. Mais Clio serait prête à la suivre n’importe où. Elle pensa à son père, qui ne l’attendrait pas avant plusieurs jours… Mais devait-elle faire ça ?
    « On descend, dit soudain Climène, ramenant brusquement Clio à la réalité.
    - Que... Quoi?
    - On descend », répéta Climène.
    Elles étaient en rase campagne. Les champs s'étendaient à perte de vue, et aucune trace de vie à l'horizon.
    Climène sauta du bus.


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  • Cléo Des Christians était une fille de onze ans, plutôt petite pour son âge, au visage rond, avec un petit nez en trompette, des yeux turquoise profond et des cheveux courts, noirs et lisses. Allongée dans son lit de la maison des Décathis, elle fixait le mur d’en face, ne parvenant pas à trouver le sommeil.
    La petite pièce circulaire était plongée dans la pénombre. On distinguait grand fauteuil rouge bordeaux, sur lequel Cléo avait jeté en boule ses habits de la veille, un bureau poussiéreux et les motifs vieillots du papier peint. L'air sentait l'eau de javel et le désodorisant à la rose.
    Cléo grimaça – elle détestait ces odeurs. Chez elle, ça sentait plutôt l'humidité et le moisi, il y avait des toiles d'araignée dans les recoins et du sable par terre. Les journées croulaient doucement sous le soleil ; Cléo se rappelait les "hourra" joyeux que son père poussait, le soir, quand il rentrait d'une pêche victorieuse et que la famille pouvait manger à sa faim. Et puis... La guerre était arrivée.
    La première chose qu’avait remarqué Cléo à son arrivée en Angleterre, c'était l'indifférence que les médias portaient à cette guerre pourtant sanguinaire qui mobilisait toutes les îles de l'Indonésie. Quelques mois auparavant, plusieurs îles d’Indonésie avaient réclamé l’indépendance, qui leur avait bien sûr été refusée. Mais c’était une question qui durait depuis trop longtemps, et elles avaient riposté par bombardements. L’archipel entier était désormais à feu et à sang.
    Cléo ferma les yeux. Sa maison... Sa belle, modeste certes mais tellement chaleureuse maison... Ne serait peut-être plus là à son retour. Et alors la famille devrait retourner à l'hôtel. Non... Pas l'hôtel ! Ses plus mauvais souvenirs remontaient à quand elle était plus petite, ses parents sans emploi, ils y avaient résidé quelque temps. L'hostilité des clients envers eux, les nouvelles règles d'hygiène à suivre... Mais surtout le fait de dépendre de quelqu'un. Cette idée que, sans le propriétaire de l'hôtel, tout lâcherait... Cette idée qu'ils ne valaient rien.
    Avec le temps, les choses s'étaient améliorées. Son père gardait ses prises de pêche pour lui et pour compenser était entré dans l'académie militaire du pays. Sa mère, qui avait eu un peu plus d'éducation, avait trouvé un métier dans l'assistance informatique. Cela leur avait permis de payer la petite maison dans laquelle ils vivaient. Lorsque la guerre avait éclaté, son père et sa mère avaient rejoint un camp de rebelles contre le gouvernement, un groupe pacifiste qui réclamait des changements dans la législation. Ils étaient devenus des combattants et l’avaient forcée à monter dans le train... Le train qui l'amenait ici.
    Les Décathis, sa famille d'accueil, descendaient d'une longue lignée d'Anglais et étaient plutôt riches. Ils habitaient un petit manoir peu accueillant, à Oxford. C'était peut-être pour ça que Cléo ne les aimait pas trop. Parce qu'ils étaient riches.
    Cléo se retourna dans son lit, les yeux grands ouverts. Trop d’images tourbillonnaient dans sa tête et elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. C'est alors qu'elle remarqua que quelque chose clochait.
    C'était un bruit étrange, pareil à un bourdonnement. Le bourdonnement des frelons géants qu'il y avait chez elle. Mais, ici, c'était impossible ! Le temps était toujours à la pluie, et la nourriture était essentiellement constituée de conserves sans goût. Rien de bon pour les attirer.
    Cléo tendit un peu plus l'oreille. Ce n'était pas un bourdonnement. C'était un cri. Comme une longue plainte de la bouche d'un muet.
    Cléo sortit en hâte des couvertures et alla regarder à la fenêtre les voitures éclabousser la chaussée. Ce qui était bien inutile ; le bruit venait de l'autre côté.
    Elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit. Le bruit ne s'était pas arrêté... Il continuait, de plus en plus fort, tandis qu'elle avançait dans le couloir... Toutes les portes étaient fermées à clé, même celle de la deuxième chambre d'amis, qui était vide. Cléo se demanda vaguement pourquoi tant de sécurité... Elle ne voulait pas perdre la trace du son.
    Le couloir se terminait dans un cul-de-sac, où l’on trouvait un secrétaire. Le son semblait venir de là. Cléo savait déjà ce qu'il y avait dedans – elle avait rapidement regardé à l'intérieur pendant sa visite personnelle de la maison. C'était simplement des papiers. La plupart étaient vierges et le reste concernait leur propre vente à Hollywood. Comme s'ils en avaient besoin, pensa Cléo en fouillant un peu plus dans le secrétaire. A l'autre bout du monde ! Au fond il y avait une boîte en carton scotchée avec la mention « Fragile » écrite en grandes lettres rouges. Cléo l'ouvrit avec précaution, et n'y trouva qu'une série de papiers vierges.
    Le son amplifiait. On avait vraiment l'impression d'entendre quelqu'un souffrir, maintenant. Prise de colère, Cléo saisit violemment le paquet pour voir s'il n'y avait rien en dessous.
    Le fond du secrétaire était tapissé de vert et or, de sorte qu'il était difficile de remarquer le fil doré qui ouvrait une trappe. Cléo tira dessus et découvrit enfin l'origine du son.
    C'était un énorme livre, un manuscrit. Les pages étaient noircies par le temps, et les illustrations paraissaient dater de l’antiquité. Chose un peu étrange, il était écrit dans la langue natale de Cléo, un dialecte indo-européen dont l'alphabet était composé d'idéogrammes. Cléo le prit et l'emporta dans sa chambre.
    La couverture en cuir noir ne présentait aucun motif, mis à part le titre, écrit en lettres dorées : « Le livre des Mondes ». Il présentait un à un monstres et personnages que la mythologie grecque : les caractères étaient minuscules, comme dans un dictionnaire. En le lisant, Cléo se demanda pourquoi on ne lui avait jamais parlé de tout ça. Elle se demanda aussi, perplexe, quel secret pouvait détenir ce livre s’il était caché dans le double fond d’un secrétaire.
    A la fin du manuscrit se trouvait une pochette de papier. Cléo hésita à l'ouvrir, imaginant l’objet qui pouvait s’y trouver. Une arme, peut-être. Ou un objet magique, comme dans les contes, une potion d’invisibilité, une pierre pour réveiller les morts. Elle souriait en y pensant, mais elle y pensait vraiment.
    Lorsqu'elle se décida enfin, un bruit de pas précipités se fit entendre dans le couloir. Cléo referma brusquement le livre, le fourra sous son oreiller, éteignit sa lampe et s'endormit.


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