• Chapitre XIX

     

    Climène et Clio entrèrent dans le bar. Il n'y avait pas beaucoup de monde, les rares clients avaient gardé leur manteau. Aucune trace de magie ni de portail nulle part.

    "On va voir la carte ? proposa Clio, en pointant du doigt l'affiche représnetant la France à côté des toilettes.

    - Ok ", approuva son amie.

    Sur la carte, Lavalle se trouvait à quelques centimètres du point "vous êtes ici", et St Brieuc en était encore plus proche.

    " Hey ! s'exclama Climène. C'est tout près !

    - Oui, répondit Clio, et c'est ça qui m'inquiête. Regardes, ils nous menaient dans la mauvaise direction !

    La carte représentait, en plus des routes, les trajets des tains et celui qu'avaient pris Climène et Clio – Paris-Rennes – ne passait pas par Lavalle.

    - Pourtant, continua Clio, les yeux fixés sur la cate, c'est bien ce que j'ai lu sur le panneau d'affichage... Tromper des dizaines de voyageurs juste pour nous avoir nous ? A moins qu'ils cherchent à avoir d'autres personnes ? Dans ce cas, on a fait quelque chose de plutôt risqué... Hé ! Tu m'écoutes ?

    Climène avait tourné la tête vers les vitrines. D'un côté, le loto, le tabac, les jeux de hasard ; de l'autre, des pizzas, des burguers et des pâtes en boîte.

    Climène se retouna.

    - Heum... Quoi ? Tu m'parlais ? Désolée, ajouta-t-elle en baissant les yeux comme un petit enfant pris en train de faire une bêtise.

    - Moi aussi, j'ai faim", déclara Clio.

    Les deux filles se payairent des pastabox grêce à un vieux billet de vingt euros tout frippé trouvé dans la poche de Clio. Elle ne savait même pas ce qu'il faisait là.

    "Ah oui ! s'exclama-t-elle soudain. Mon père me l'avait donné pour que je m'achète un cadeau d'anniversaire à l'avance. Sauf que je savais pas quoi acheter."

    Elle se tut. Penser à son père la rendait trop triste – seul, dans son petit bureau poussiéreux, à se ronger les sangs pour elle. Elle eut soudain envie de l'appeler et de lui dire que tout allait bien... Mais elle y renonça, pour ne pas vexer Climène.

    Les deux filles mangèrent en silence. Clio avait dit qu'elle avait faim ; en réalité elle mourait de faim. Elle mangea ses pâtes en moins de deux minutes, et il en allait de même pour Climène, mais elles restèrent longtemps dans un silence rêveur, qui fut brisé par Clio.

    "Je voudrais savoir... commença-t-elle. Dis-moi, Climène. Être la fille d'une déesse, ce n'est pas rien, non ? Tu ne m'as jamais parlé de ton village.

    Clio, qui avait un peu de mal à s'exprimer, esperait découvrir enfin qui était son amie.

    Climène resta silencieuse un moment.

    - L'Aval, c'est le village des demi-dieux, répondit-elle enfin. Disons que là-bas, un habitant sur trois était demi-dieu.

    - Était ?

    Climène inspira profondément.

    - C'est une longue histoire, dit-elle. Tu te souviens, dans le train, quand je t'ai dit que les grecs n'avaient pas été les seuls dieux à subsister ? Il y a aussi les Eguptiens, les Indiens, les Celtes. Bon, eh bien la seigneurie Amaurise était entierrement greque avant – mais là je te parle de bien avant l'arrivée d'Eglantine. Puis les Celtes l'ont envahie. D'abord ça a été la guerre. Puis Zeux a conclu un accord avec Taranis le dieu Celte du Ciel et du Tonnerre, le copieur...

    - Je sais, grommela Clio.

    - Plus d'Air. Les trois puissances principales seront l'Eau, la Terre et le Feu. C'est là que le Triskell est né.

    - Pourquoi avoir supprimmé l'Air ?

    - Manque de représentants. Et puis, l'air, il y en a partout, pas besoin de le contrôler.

    - C'est débile, observa Clio. L'Air nous est vital, tout comme les atres éléments.

    - Et ça n'a pas empêché Héphaïstos de rester l'un des Olympiens les moins appréciés, même s'il était dieu du Feu.

    - Ca ne me dit pas pourquoi il n'y a plus de demi-dieux à Amaurise, commenta Clio en faisant le calcul.

    - J'y viens. Je penses que tu connais l'histoire : Zeus, reniant les mortels, faisant tout son possible pour que les héros finissent mal. Mais c'est paradoxal : il a aimé beaucoup de mortelles et fait un bon nombre d'enfants avec elles. Pourquoi haïr le mortels alors ? Eh bien, parce que Taranis l'a influencé. Ca faisait simplement partie de leur contrat. Empêcher les autres Olympiens d'aimer des humains et de faire des enfants avec eux, et fermer définitivement l'Olympe.

    - Mais y a pas moyen de l'annuler ?

    - Le contrat ? Ben, disons que Zeus a juré sur le Styx, et que, même pour un immortel, c'est un serment plutôt dangeureux à violer. Oh, bien sur, il a été annulé plusieurs fois, et les demi-dieux ont fusé de partout, mais je crois qu'une ame malveillante s'est introduite dans l'esprit de Zeus et lui a rappelé son serment, comme si il n'avait jamais été rompu.

    - C'est une image ?

    Climène grimaça.

    - On va dire ça.

    Clio tenta de se résumer les choses. Zeus et Taranis avaient conclu un serment qui interdisait aux dieux Grecs et Celtes tout contact avec les mortels. Ce serment avait été annulé... Mais subitement Zeus faisait comme s'il existait toujours et le nombre de demi-dieux dans les seigneuries avaient rapidement baissé. Les dieux avaient disparu, et l'Olympe avait été fermée. En somme, les demi-dieux comme elle et Climène étaient des enfants clandestins.

    - Que sont devenus les dieux Celtes ?

    - Ils ont disparu, comme les Grecs. Je ne crois pas qu'ils aient jamais eu coutume de faire des enfants aux mortels mais ils ont laissé quelques demi-dieux derrière eux. J'en connais quelques-uns. Aera, fille d'Ésus, Michael, fils d'Épona, Arthur, fils de Bélénus. Tu connais un peu les dieux Celtes ?

    - Oh que oui. Mon père ne parlait que de ça quand j'étais petite, et on les a réétudiés l'année derniere en Histoire et en Français. Je ne suis pas autaunt calée sur les Grecs en fait je n'y connait rien.

    - Tu ne connais pas les mythes grecs ? Pourtant, c'est les plus connus. Plus connus que les Celtes, il me semble.

    - Qu'est-ce que tu veux ! rétoqua Clio en se levant. Je vais aux toilettes. Je reviens tout de suite. Ensuite, on verra comment trouver le portail."

    Elle traversa le bar et jeta un dernier coup d'oeil à la carte avant d'entrer dans les toilettes. C'était encore plus sale que dans son école.

    Des boules de papier toilette jonchaient le sol trempé. Les lavabos étaients bouchés par des morceaux de pain et de pizza. Les portes des cabinets étaient recouvertes de graffitis et il ne restait plus grand chose de la gande tapisserie à fleurs qui recouvrait le tout.

    Clio s'avança prudemment. Soudain, elle n'avait plus tellement envie de faire ses besoins. A ce moment là elle remarqua un pan de mur ou les graffitis avaient un autre aspect. Des cercles, des triangles, des lettres à l'anvers, comme dans l'alphabet bulgare. Mais celui-ci n'était pas bulgare...

    " Climène ! appela-t-elle. Viens voir !

    Climène accourut. Elle vit les lettres et les effleura. Aussitôt une grande porte bleutée se matérialisa dans le mur.

    - Un portail, murmura-t-elle. Clio, tu es merveilleuse !"

    Et elle ouvrit la porte.

     


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