• chapitre XIV

     

    Le lendemain, quand elle se réveilla, le soleil brillait haut dans le ciel que Cléo voyait filtrer par la petite fenêtre du salon.

    Églantine vint la voir avec, dans les mains, une pile de vêtements blancs soigneusement pliés. Elle avait lâché ses cheveux et ceux-ci lui tombaient dans le dos. Elle portait une robe blanche fine et affichait un sourire confiant. D'abord Cléo se crut revenue chez elle, sous le soleil indonésien... La ressemblance d'Églantine avec sa mère était frappante. Puis elle se rappela en un éclair la cicatrice au visage de sa mère, Françoise, un souvenir d'un coup de fouet que lui avaient donnés ses propres parents... Elle chassa ces pensées, et en même temps les petites larmes qui s'apprêtaient à couler de ses yeux, en secouant la tête.

    « Coucou, petite, la salua Églantine. Comment te sens-tu ? Au fait, tu ne m'as pas dit comment tu t'appelais.

    - Cléo Des Christians.

    Cléo prononça ces paroles vides de sens d'un ton monotone et sans intention. Puis elle pensa au fond d'elle-même : Mais qu'est-ce que je fous ? J'ai eu une occasion en or de quitter les Décathis, maintenant, pourquoi je ne rentre pas chez moi ? C'est le moment où jamais pour demander à Églantine si on est loin de l'Indonésie !

    - Enchantée, Cléo. Ça va ? répéta-t-elle.

    - J'ai un peu mal à la tête, articula Cléo, mais sinon, oui, ça va.

    - Si tu es encore fatiguée, répondit Églantine, ne te forces surtout pas, mais sinon, le p'tit dej t'attend. »

    Églantine lui sourit, posa les vêtements sur la chaise et repartit vers la cuisine. Cléo sortit une jambe de la couverture blanche, puis une autre... Elle n'était pas sûre de pouvoir tenir sur ses jambes ankylosées. Quand elle eut retrouvé l'équilibre, elle se dirigea vers la fontaine d'eau claire au fond de la pièce. L'eau était fraiche et agréable, et quand elle s'y lava le visage, Cléo sentit toute la tristesse et la nostalgie de son pays la quitter comme de la poussière qui s'envole et un sentiment de joie pure l'envahit, enivrant. D'un coup Cléo s'en détacha : cela ne présageait rien de bon...

    « C'est la Fontaine de la Joie, expliqua Églantine. Cette joie que tu ressens, ce n'est pas une joie maléfique pour te faire oublier tes parents, non, c'est toute la joie enfouie au fond de toi, que tu refusais de faire ressurgir... Oui, je lis dans les pensées, ajouta-t-elle devant le regard de Cléo. Mais je peux te jurer que c'est la vérité. »

    Elle repartit dans la cuisine. Cléo s'habilla et alla manger son petit déjeuner en silence, un immense sourire animant son visage. Elle ne savait pas pourquoi elle souriait comme ça. Le soleil dehors, le fait d'avoir échappé à Martha Décathis...

    Reprends-toi ! s'écria-t-elle intérieurement. Non, elle n'allait pas céder à la drogue du bonheur... Car son pays natal était en pleine guerre... Et qu'elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait... Dans un éclair elle revit les chaînes violettes de son rêve... La grande silhouette ébène... Après avoir colonisé les Grecs, les indiennes nous attaqueront nous. Sans savoir pourquoi, Cléo avait l'intuition que son rêve n'était pas un simple rêve.

    Le sentiment de bonheur s'estompa, l'angoisse et le doute l'envahirent. Elle décida de raconter son rêve à la druidesse. Après tout, elle n'avait rien à y perdre !

    Églantine écouta, et plus elle écoutait, plus ses sourcils se rapprochaient de son nez.

    A la fin du récit, elle murmura simplement, comme pour elle même :

    « Toi, tu auras un grand destin. »

     


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