• chapitre XII

    La deuxième fois qu’elle se réveilla, en revanche, elle se trouvait dans un lit aux draps blancs, qui semblaient avoir été tissés main. Le lit se trouvait dans une petite pièce sombre ; Cléo y distingua un escalier, une grande table en bois, et un chaudron dans une cheminée. Cheminée… Cléo ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, une bonne dizaine de personnes étaient rassemblées à son chevet. Les deux gobelins qu’elle avait aperçus avant de perdre connaissance la regardaient avidement et sans aucune culpabilité dans le regard. Plusieurs personnes chuchotaient « Une mortelle, ici ? » ou alors « Comment a-t-elle survécu ? » Une femme d’une trentaine d’années peut-être, aux cheveux bruns remontés en queue-de-cheval, la regardait en souriant. Enfin, trois filles minuscules en robe ouvragée se disputaient une place dans la foule.

    « Ça va ? demanda la femme à la queue-de-cheval.

    Cléo n’eut pas la force de répondre. Sa tête lui faisait encore terriblement mal.

    - Oh, désolée. Vous autres, sortez ! Laissez-là respirer ! »Tout le monde sortit, non sans mécontentement. La femme rabaissa son regard vers Cléo. « Bonjour. Je suis Églantine Park, druidesse et médecin du village. »

    La dénommée Églantine se redressa, car elle était penchée sur le lit, puis elle se dirigea vers la cheminée qui s’alluma comme par magie. Elle attrapa quelques bocaux sur les étagères poussiéreuses, et se mit à jeter leur contenu dans le chaudron, en prononçant des paroles incompréhensibles. Cléo remarqua que le chaudron de la cheminée n’était pas le seul de la pièce. Il y en avait partout, tous plus poussiéreux les uns que les autres. Un seul pourtant semblait flambant neuf. Cléo se demanda comment elle avait fait pour ne pas l’avoir vu auparavant. Il était fiché au beau milieu de la pièce, et luisait d’un éclat bleuté.

    « Ça fait des années que je travaille la médecine, déclara Églantine en remuant le liquide du chaudron à l'aide d'une grande cuiller ouvragée. Je soigne des satyres, des dryades, des hommes atteints de la clochida. Mais un cas comme le tien, ça fait peut-être un millénaire que ce n'est pas arrivé !

    Cléo se dit qu'elle devait sûrement plaisanter, pour le millénaire.

    - Qu'est-ce que c'est, la clochida ? demanda-t-elle d'une voix faible.

    - Un cas de la dingose particulièrement développé chez les espèces mâles, répondit Églantine en haussant les épaules.

    - Ah, fit Cléo, qui ne savait absolument pas ce qu'était la dingose.

    La druidesse se retourna et lui sourit, amusée. Elle avait de très jolis yeux verts.

    - Vois-tu, dit-elle en lui fourrant à l'aide d'une cuiller un liquide bleuté dans la bouche, ça fait pas mal de temps qu'on a pas eu de vrais mortels, ici ; et il faut excuser Riz et Nez, ils t'ont prise pour un demi-dieu. Mais ce ne sont que de jeunes gobelins, va savoir ce que t'aurait fait un adulte. Ça va mieux ? Oh !

    Le liquide qu'avait donné Églantine à Cléo semblait faire son effet. Son mal de tête s'était atténué et ses jambes allaient beaucoup mieux. Elle avait essayé de dire « oui », mais sa bouche s'était aussitôt couverte de boutons.

    - Désolée, s'excusa Églantine, j'avais oublié...

    Elle lui fit boire une autre potion, rouge sang cette fois, et les boutons disparurent instantanément.

    - Et maintenant, interrogea Cléo, qu'est-ce que je suis censée faire ?

    - Ça dépend, répondit Églantine. Ça dépend d'où tu viens, de qui tu es. Et ça, je peux te le dire, il ne faut pas être ordinaire pour traverser le portail et boire du Nectar sans en mourir, crois-moi ! En attendant, ajouta-t-elle, repose-toi, tu es encore trop faible pour te lever. »

    Cléo obéit. Elle ferma les yeux, et en moins de trente secondes, le sommeil la submergea.

     


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