• Chapitre VII

     

    Climène se réveilla aux premières lueurs du jour. Des oiseaux piaillaient dans les hautes branches et l'air était chargé d'humidité.

    Elle se redressa. Son dos lui faisait mal, elles avaient trop marché la veille, et Climène avait perdu l'habitude. Pauvre Clio, songea-t-elle. Elle avait enduré beaucoup de choses au cours de cette journée, et pourtant, elle n'était pas au bout de ses surprises… Climène n'avait pas parlé du chemin qui menait aux seigneuries ; ni de la Disparition ou des monstres qui proliféraient… Elle n'avait même pas prononcé les vers de la Prophétie, en fait, pour la simple raison qu'elle ne la connaissait pas.

    Au fond d'elle, Climène s'en voulait de ne pas avoir tout avoué à Clio plus tôt. Elles se connaissaient depuis plus d'un an désormais et Clio lui en voudrait de lui avoir caché la vérité… Elle avait essayé, pourtant. De nombreuses fois. Mais elle savait ce que ça fait, lorsque son univers s'écroule soudain, abattu par quelques phrases. Elle trouvait même la réaction de Clio particulièrement calme en comparaison. Sans le dragon… Peut-être que Climène n'aurait jamais rien dit.

    Climène était née à l'Aval, capitale d'un pays peuplé par des elfes, des nains et ce qui restait des demi-dieux. Une seigneurie greco-celtique. Les seigneuries, mondes parallèles dans lesquels la magie vivait encore, avaient été crées par les dieux à différentes époques : Égyptiens d'abord, puis les Grecs, les Celtes, les Nordiques les avaient imités, chacun y glissant son univers. Armorys, où vivait Climène, avait été fondée après une longue guerre entre les peuples grecs et celtes, symbolisant leur réconciliation.

    Climène n'avait toujours connu que cela : les grandes plaines, les forêts denses, les esprits des eaux et les monstres tapis dans le noir… Quand, un jour, au détour d'une quête, elle avait découvert… Un autre monde. Étrange, où l'on empaquetait la nourriture et se détendait devant un écran géant… Son choc avait été tel que même aujourd'hui, bien habituée au monde des mortels ; elle lui préférait les champs, les villages, les forêts.

    A côté d'elle, Clio ouvrit soudain les yeux. Une larme avait coulé sur sa joue, mais elle souriait.

    « Une Prophétie, hein ? souffla-t-elle.

    Elle se redressa.

     - On commence par quoi ?

     Climène sourit, et l'aida à se relever.

     - Allons jusque dans un bar, dit-elle. On trouvera bien quelqu'un pour te prêter son portable.

     *

     Elles se remirent en marche immédiatement, sans discuter. Clio avait le regard dans le vague et semblait perdue dans ses pensées.

    Climène connaissait les champs, et les villages environnants. Elles se trouvaient sur la route du Portail d'Héraclès, premier portail conduisant à Armorys. Symbolisé par des inscriptions en vieil indien, le portail, effleuré par le doigt d'un demi-dieu, s'ouvrirait.

    Car pour l'instant, la première chose à faire était de ramener Clio à l'Aval. Eglantine leur en dirait sûrement plus une fois qu'elle aurait le premier demi-dieu.

    Le premier demi-dieu -

    Climène avait peur de s'être trompée. Clio avait des pouvoirs, c'était évident, mais jusqu'à quel point ? Était-elle vraiment la première Élue des trois de la Prophétie ?

    *

    Elles entrèrent dans le bar, vers deux heures de l'après-midi. C'était un bar quelconque, sombre, dans lequel flottait une odeur caractéristique. Une musique confuse semblait parvenir du fond de la pièce.

    « Alors… fit Clio, hésitante.

    Climène se dirigea d'un pas sûr vers la première personne qu'elle trouva, une femme d'une vingtaine d'années aux cheveux noirs, qui jouait à un jeu sur son portable.

    - Excusez-moi, madame ?

    - Hum ?

    La femme ne leva pas tout de suite les yeux.

    - Est-ce que vous pourriez me prêter votre portable ?

    - Mon portable ?

    - Oui. S'il vous plaît.

    - D'accord », fit la femme en la regardant d'un air soupçonneux.

    Climène saisit maladroitement l'engin. Elle grimaça, ignorant totalement comment elle était censée appeler.

    « Tiens, fit-elle en lançant le portable à Clio. Débrouille-toi ».

    Clio attrapa le portable au vol. Bien joué, songea Climène. Cette fille avait des réflexes hors norme.

    La femme la regardait d'un air effaré, mais elle ne dit rien le temps que Clio passe son coup de fil. A cette distance, Climène ne pouvait entendre ce qu'elle disait, mais elle ne s'approcha pas. Elle s'assit à une table, et commanda deux limonades.

    Clio la rejoint quelques minutes plus tard.

    « Alors ? Fit Climène. Ton coup de fil ?

    - Ça va, dit Clio, même si elle avait l'air gêné. J'ai dit à papa que tu m'avais invitée à dormir… Quelques nuits.

    - Quoi ? Et il a avalé ça ?

    - Non… En fait il rage contre moi. Il s'est fait un sang d'encre et moi…

    Clio s'interrompit et regarda le fond de son verre, qu'elle n'avait pas touché.

    - Ça va ? Fit Climène.

    Clio secoua la tête. Ses yeux étaient sombres.

    - Oui, oui… Dis, tu aimes ça ? Demanda-t-elle, désignant la limonade.

    - Pas tant que ça, fit Climène. J'ai du mal avec les bulles.

    - Moi aussi. »

    Elles se levèrent. Clio laissa quelques pièces sur le comptoir, et puis elles reprirent leur route.

     


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