• Chapitre 9 : L'histoire de la chance

    - Notre premier A de l'année, annonça fièrement le Pr Flitwick, est accordé à Mlle Stayne !

     

    Le parchemin se posa sur son bureau. Un sans-faute, visiblement. Ilåna n'en revenait pas.

     

    C'était un contrôle de connaissances sur les formules magiques. Ils avaient dû écrire une vingtaine de sorts et les effets qu'ils produisaient. Ilåna était certaine qu'elle allait avoir une mauvaise note, vu le mal qu'elle avait eu à orthographier les formules et les sortilèges. Son parchemin était plein de ratures. Comment pouvait-elle avoir eu A ?

     

    Les élèves autour la regardaient avec un mélange d'admiration et de jalousie. Tous les regards étaient tournés vers elle. Ilåna aurait voulu se cacher dans un trou de souris.

     

    - Vous avez eu de la chance, poursuivit le Pr Flitwick, parce que cette évaluation était purement théorique. Espérons que vous aurez d'aussi bons résultats en pratique !

     

    Ilåna redoutait la pratique encore plus que la théorie, mais elle ne dit rien. La cloche sonna alors que Flitwick finissait de rendre les copies par magie. Ilåna alla retrouver Fiona et Mylon.

     

    - Eh, bravo ! lança Fiona. Un A au premier contrôle de sortilèges, c'est pas donné à tout le monde !

     

    Ilåna eut un sourire crispé. Elle était fière, bien sûr, mais elle avait le sentiment que ce A n'était pas mérité, comme si quelqu'un avait modifié les notes, ou que Flitwick lui avait donné une bonne note simplement parce qu'il avait pitié d'elle.

     

    - Et vous, vous avez eu quoi ? demanda-t-elle en retour.

     

    - C, dit Fiona.

     

    - B, répondit Mylon sans dissimuler sa fierté.

     

    - B ?! s'exclama Fiona. Ma parole, si j'avais sur que mes amis seraient des intellos...

     

    - Tu aurais changé ton destin, dit Ilåna.

     

    - Exactement. J'aurais manipulé le destin pour être Née Moldue, Mylon serait allé à Serpentard et je lui aurai dit ses quatre vérités. Sans vouloir te vexer, Mylon, les Serpentard sont tous des crétins.

     

    - Si tu veux, lâcha Mylon, qui avait depuis longtemps cessé de débattre sur cette question.

     

    Ils éclatèrent de rire. Ils rejoignirent les autres élèves sur la pelouse où avait lieu leur cours de vol en commun avec les Poufsouffle. Il avait plu, la veille, et le sol étaient encore constellé de flaques d'eau. Le ciel était gris clair et le vent fouettait les feuilles mortes en tapis sur le sol. En contrebas, on distinguait la cabane d'Hagrid, le garde-chasse ; et plus loin, le grand lac noir.

     

    Ilåna aimait beaucoup ce parc. Quand il faisait encore beau, elle se baladait dans le parc avec Fiona et Mylon ; mais depuis plusieurs semaines, l'automne avait commencé. Les élèves se regroupèrent autour du professeur Bibine en serrant leur cape contre eux.

     

    - Bon ! s'exclama le Pr Bibine, qui ne disait jamais bonjour et n'attendait jamais que les élèves l'écoutent pour commencer son cours. Aujourd'hui, vous allez vous entraîner à voler vite sur différents niveaux d'air. Chaque niveau comporte ses propriétés : glissements, rapidité, sécurité et cætera. Mettez-vous en ligne derrière le premier cercle.

     

    Sur la pelouse, de grands cercles de bronzes avaient été disposés en ovale, à des hauteurs différentes. Ils ressemblaient aux anneaux du Quiddich, mais ils étaient assez grands pour faire passer une personne sur un balai, voire plusieurs.

     

    - Vous allez expérimenter les niveaux à travers ce parcours, annonça le professeur Bibine sans attendre que tout le monde l'ait rejointe au pied du premier cercle. Vous avez 3 minutes pour finir le parcours ; si vous ne l'avez pas fini au bout de ce temps, vous descendez et refaites la queue. Compris ?

     

    Personne ne posa de question.

     

    - Très bien, annonça Bibine. Harpey, commencez.

     

    Bibine siffla et Laisly Harpey, une élève de Poufsouffle grande et mince, s'éleva. Elle n'eut pas de mal à passer le premier cercle ni le second, ni le troisième et le quatrième. Elle prenait de la vitesse au fur et à mesure qu'elle montait et descendait. Soudain, au cercle 5, elle percuta la barre de bronze et fut propulsée au sol. Le cercle 5 n'était pas très haut, aussi ce n'était qu'une petite chute. Quand Laisly Harpey annonça qu'elle allait bien, Bibine lui ordonna de se remettre dans la queue.

     

    Aussitôt, une rumeur enfla dans la foule. Ceux qui avaient des frères et sœurs à Poudlard parlaient de la « malédiction du cercle 5 ». Les élèves qui parvenaient à passer le cercle 5 étaient les plus doués, forcément destinés à devenir de grands joueurs de Quiddich. Ils étaient rares. Les autres percutaient l'anneau de bronze, ou déviaient leur trajectoire pour passer carrément par au-dessus ou en-dessous.

     

    - Oh, foutaises ! s'exclama Fiona d'une voix forte, à côté d'Ilåna. La malédiction du cercle 5, ça n'existe pas ! Ma sœur, elle n'est pas si douée que ça en vol, pourtant elle l'a passé sans problème.

     

    Pour le moment, c'était Oskar Callum, de Gryffondor, qui passait. Il était petit et menu. Au moment de descendre en piqué sur le troisième cercle, il s'écrasa dans le sol. Le Pr Bibine donna un coup de sifflet, puis ce fut au tour de Camille Arras, qui passa non sans mal les trois premiers cercles. Elle remonta vers le quatrième cercle, le passa, avant que Bibine ne l'informe que le temps était écoulé. Elle retourna dans la queue.

     

    Les élèves autour poussèrent un soupir de déception : ils étaient impatients de voir si ce qu'on racontait sur le cercle 5 était fondé. L'élève suivant était Michael Yew, de Gryffondor. Le genre de garçon imposant, doué, qui faisait rêver les filles... Il passa sans mal les quatre premiers anneaux, assez rapidement même. Mais arrivé au cercle 5, il changea brutalement de trajectoire comme atteint par un maléfice. Il retrouva son équilibre et tenta de passer le cercle 6, mais Bibine l'arrêta d'un coup de sifflet.

     

    - On ne saute pas de cercle, dit-elle, autoritaire. Au suivant.

     

    Le suivant, c'était Antoine Waterloo, le garçon blond qui avait pris la barque avec Ilåna, le premier soir. Il semblait paniqué et ne passa pas le second cercle.

     

    Les élèves défilèrent, certains plus forts que d'autres ; mais personne ne passa le cercle 5. Fiona pesta lorsqu'une bourrasque la fit violemment grimper vers le haut - elle passa, mais ne rentra pas dans le cercle. Emile Lockhart, de Poufsouffle, percuta l'anneau avec force et fut projeté au sol.

     

    Puis ce fut au tour d'Ilåna. Elle enfourcha son balai, sans grand espoir. Elle n'était pas particulièrement forte en vol - même si elle aimait ça. Le premier cercle était très en hauteur, et facile à atteindre. Le second, un peu plus bas, se trouvait sur une poche d'air instable et Ilåna comprit alors ce que Bibine voulait dire par « niveaux d'air ». Elle tira fort sur le manche de son balai pour éviter de tomber en chute libre. Puis, pour le 3e cercle, il fallait descendre en piqué. Elle prit de la vitesse et crut sincèrement qu'elle allait s'écraser au sol, mais non.

     

    Elle passa le 3e cercle. Puis le 4e.

     

    Le 5e cercle n'était pas difficile à atteindre, en apparence. Mais, comme le second cercle, il était situé sur une poche d'air. Instable. Ilåna se concentra et passa le 5e cercle.

     

    Une clameur monta dans la foule. Jalousie, approbation, incompréhension. Pour la seconde fois de la journée. Ilåna avait le tournis, elle ne savait pas où donner de la tête, mais pourtant, elle passa le 6e cercle.

     

    Puis le 7e. Le 8e.

     

    Pendant qu'elle volait sur l'espace qui séparait le 8e du 9e cercle, Mme Bibine siffla. Le temps était écoulé.

     

    Quand elle se posa au sol, Ilåna fut assaillie par une foule de questions.

     

    - Comment tu as fait ?

     

    - Qu'est-ce qu'il y a, là-haut ?

     

    - Est-ce que tu as senti la malédiction ?

     

    La réponse était non. Les autres élèves - Michael Yew, Emile Lockhart - racontaient qu'ils avaient senti la malédiction du 5e cercle s'ébattre sur eux. Pas Ilåna. Elle avait senti une poche d'air, mais pas une malédiction.

     

    - Bravo, Ana ! la félicita Fiona. Tu es la première à prouver au monde que la malédiction n'existe pas !

     

    Ilåna n'en était pas si sûre, mais elle ne dit rien. Elle était soulagée de voir que Fiona était contente pour elle, et non jalouse.Lorsque Mylon passa, il fut lui aussi frappé par la malédiction du 5e cercle.Puis Marion Sinclair, de Poufsouffle. Noah Gate, de Gryffondor.

     

    Puis il se passa quelque chose d'extraordinaire. Bastian Corolle, un élève de Gryffondor qui avait déjà prouvé ses adresses en vol, passa le 5e cercle. Puis les cinq autres. Il fut le premier - et le seul - à finir le parcours.

     

    Aucun autre ne brava la malédiction du 5e cercle.

     

     

     

    - La malédiction n'existe pas ! s'exclama Fiona lorsqu'ils s'assirent sur la table de Gryffondor, pour le repas du midi.

     

    - Bien sûr que si, dit Mylon.

     

    Ilåna écarquilla les yeux.

     

    - Tu y crois, toi ?

     

    Mylon haussa les épaules.

     

    - Bah, oui. Personne n'a dépassé le cercle 5.

     

    - Si, dit Fiona. Ilåna et Bastian Corolle sont passés, eux.

     

    - Ils sont peut-être destinés à devenir de grands joueurs de Quiddich, dit Mylon.

     

    - Corolle, je veux bien, dit Fiona. Mais Ilåna ? Sans vouloir te vexer, hein, ajouta-t-elle à l'intention d'Ilåna, tu n'es pas très douée en vol.

     

    - Sauf aujourd'hui, dit Mylon.

     

    - Oui... Ilåna a été très forte, aujourd'hui, reconnut Fiona. C'est bien !

     

    - Merci, dit Ilåna.

     

    - Du reste, il y a une malédiction, insista Mylon. Si Ilana est passée, c'est que plus tard, elle sera très, très douée en Quiddich.

     

    - Je ne pense pas, dit Ilåna.

     

    - Pourquoi ?

     

    - Ça ne m'intéresse pas. Je veux dire, j'aime voler, bien sûr, mais je n'aimerais pas en faire mon métier. Et puis je ne sais même pas ce qu'est le Quiddich !

     

    - Je t'ai déjà expliqué, Ana, soupira Fiona. Il y a quatre balles, trois buts et...

     

    - Non, pas ça, dit Ilana. Je veux dire : je n'ai jamais vu un seul match de Quiddich.

     

    - Le premier match de la saison, intervint Jules Lafforge qui mangeait près d'eux, c'est la semaine prochaine. Gryffondor contre Serpentard, c'est toujours le premier match de l'année.

     

    - Tu vas pouvoir découvrir, dit Fiona d'un air enthousiaste.

     

    - Cool, dit Ilåna.

     

    - Mais pour en revenir à la malédiction...

     

    - Les gens, dit Jules Lafforge. Il y a bien une malédiction. Elle choisit les gens qu'elle veut frapper, c'est tout.

     

    Les autres se regardèrent. Ça se tenait. Mais alors, qu'est-ce qui avait poussé la malédiction à épargner Ilåna et Corolle ?

     

    Tous les regards se tournèrent vers Ilana, pensant qu'elle était la mieux placée pour savoir.

     

    - Il y a une malédiction, dit Ilåna.

     

    Elle attendit que la phrase fasse son effet. Ce n'était pas une supposition, c'était une affirmation.

     

    - Les profs ne sont pas au courant, ajouta-t-elle. Ce sont des élèves qui ont lancé le maléfice, il y a des années, juste pour s'amuser.

     

    - Quel maléfice ? demanda Fiona.

     

    - Je ne sais pas. Un sortilège de confusion, peut-être.

     

    - C'est un sortilège de 6e année ! s'exclama Fiona. Comment se fait-il que tu le connaisses ?

     

    Ilåna haussa les épaules. Elle ne savait pas d'où elle tenait cette information.

     

    - Il n'empêche, poursuivit Fiona. S'il y a un maléfice, il doit toucher tout le monde...

     

    Mais Ilåna n'écoutait plus. Elle suivait des yeux un garçon qui s'asseyait à la table de Serdaigle. Il était grand, brun aux yeux clairs. Il portait des lunettes carrées. Il était beau.

     

    Mylon suivit son regard.

     

    - C'est qui, lui ? demanda-t-il.

     

    - Simon Grant, répondit Fiona en se retournant. Ana a flashé sur lui depuis une semaine.

     

    - Pas du tout ! protesta Ilåna.

     

    Elle ne savait pas qu'il s'appelait Simon, cependant. Le nom lui fit chaud aux oreilles.

     

    - Il est en Quatrième Année, précisa Fiona.

     

    - Bon, moi je m'en vais, annonça Jules Lafforge.

     

    - Je viens avec toi, dit Mylon. (Il lança un regard aux filles.) Vous venez ?

     

    - Très bien, fit Fiona d'un ton faussement las. J'arrive. Ana ?

     

    Ilåna fixait toujours Simon Grant, à la table des Serdaigle.

     

    - Ok, dit Fiona en souriant. Laissons Ilana mourir désespérément d'amour pendant que ses amis remontent à la tour de Gryffondor.

     

    Ils s'en allèrent. Ilana regardait Simon Grant prendre une fille blonde par la taille, et se diriger avec elle vers le hall d'entrée.

     

    Elle se leva brusquement, poussée par son instinct. Une pointe de jalousie montait en elle. Elle les suivit. Elle se retrouva dans le hall et... un professeur lui barra le chemin.

     

    Elle ne le connaissait pas. Il était plutôt jeune, portait une grande cape de Poudlard et avait les cheveux courts. Dans son regard, il y avait quelque chose d'autoritaire et... de dérangeant.

     

    - Pardon, dit Ilåna.

     

    L'homme ne bougea pas. Ilåna comprit ce qui la troublait : il avait les yeux vairon.

     

    - Pardon, répéta Ilåna. Je dois passer.

     

    Elle regarda autour d'elle : Simon et la fille semblaient avoir disparu.

     

    - Désolé, dit l'homme. Mais vous ne passerez pas. On m'a ordonné de vous capturer... Morte ou vive.

     

    Sur ce, le professeur commença à se transformer.

     

     

     

    Sa peau blanchit et ses dents prirent une teinte immaculée, ce qui lui donnait une allure de vampire. Mais le plus impressionnant, c'était un dard géant recourbé, comme celui des scorpions, dans son dos.

     

    Ilåna fit la première chose qui lui venait à l'esprit : fuir. Elle courut jusqu'à la grande pelouse où les anneaux étaient encore dressés, mais le professeur/monstre était rapide. Il fut dans la cour en même temps qu'elle.

     

    Un projectile fusa en direction d'Ilana, qui l'esquiva de justesse. Elle brandit sa baguette magique et cria la première formule qui lui venait à l'esprit : Inflammare ! En général, il fallait accompagner cette formule du nom de la chose à enflammer, mais ça marcha tout de même. Des flammes s'allumèrent sur le bras du professeur, qui les éteignit d'un geste négligent. Puis il lança un deuxième projectile qui se figea dans le poignet d'Ilåna. Une douleur fulgurante grimpa en elle. Elle retira le projectile, mais sa baguette avait sauté de sa main sous le coup du choc. Désarmée, elle se sentit tout à coup très vulnérable.

     

    - Que... Me voulez... Vous ? articula-t-elle.

     

    Le professeur partit d'un rire sonore.

     

    - Ma maîtresse a ordonné ta capture, expliqua-t-il. « Trouvez la sorcière », a-t-elle dit. La première n'était pas la bonne. Qu'est-ce qu'elle sera fière d'apprendre que j'ai enfin retrouvé Ilåna Stayne, traître à son sang !

     

    Ilåna ne comprenait rien. Elle continuait d'esquiver les projectiles comme elle le pouvait, même avec la douleur dans son poignet. Elle chercha sa baguette des yeux, sans la trouver. Ok, pensa-t-elle. Elle examina ce qu'elle avait à sa disposition : Dix anneaux de bronze, une pelouse boueuse, un balai oublié par des élèves.

     

    Tout à coup un plan se forma dans son esprit. Elle enfourcha le balai, comptant sur la chance qui l'avait fait passer le 5e cercle. Elle vola directement jusqu'à lui et se mit en équilibre sur la poche d'air.

     

    - Ce n'est pas juste ! gronda le professeur, dix mètres plus bas. Les sang-mêlé ne volent pas, d'habitude !

     

    Viens, pria Ilåna. Allez, viens.

     

    Elle mettait toute son énergie à ne pas tomber. Le professeur, grimaçant, commença à grimper sur le poteau de bronze. Il lui lança d'autres projectiles, mais aucun n'atteint Ilåna. Il finit par atteindre le cercle. Ilana pria pour que le sort s'abatte sur lui aussi. Allez. Allez.

     

    Le professeur tendit une main pour l'atteindre. Tout à coup, une vague d'énergie le propulsa en arrière - et Ilåna aussi.Le professeur/monstre s'écrasa au sol, inconscient - enfin Ilana espérait qu'il était inconscient. Elle redressa son balai et se posa en douceur à côté de lui.

     

    Au même moment, Mc Gonnagall et Rusard arrivaient en courant.

     

    - Mlle Stayne ! s'écria Mc Gonnagall. Qu'est-ce qui s'est...Elle interrompit sa phrase en voyant le corps inerte du professeur.

     

    - Es-ce Thorn ? demanda Rusard.

     

    - Un manticore, dit Mc Gonnagall d'un air sombre. (Elle se tourna vers Ilana et vit son poignet sanglant.) Venez, dit-elle. Je vous emmène à l'infirmerie.

     


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