• Chapitre 8 : Une nuit, un jour

    Approche, petite sang-mêlé, disait la voix. Ma toile est prête, elle n'attend plus que toi.
    Approche –
     

    Ma toile est prête –
    Approche, petite sang-mêlé –
     

    Ma toile est prête, elle n'attend plus que toi.


    Et puis, les arbres, le soleil, les oiseaux, les huit pattes de l'araignée et la toile en étoile, tout cela se dilua dans un autre décor.
     

    Ilåna se trouvait sur le sommet d'une colline, avec derrière elle la forêt et une route de campagne. Devant elle, il y avait un grand sapin noir avec un animal endormi près de son tronc. Ilåna s'approcha – non, ce n'était pas un dragon ?
     

    Elle observa la vallée en contrebas. Il ne semblait y avoir que des champs de fraises à perte de vue, jusqu'à l'océan ; une longue plage fouettée par les vagues. Pourtant, Ilåna sentait que cet endroit était spécial… Et important.
     

    - Va t'en.
     

    Ilåna sursauta. Une jeune fille venait d'apparaître juste en face d'elle, elle avait parlé d'une voix forte, mais ne semblait pas s'adresser à Ilåna. Elle avait le regard perdu dans le vague, fixait un point au-dessus de son épaule.
     

    - Va t'en ! répéta-t-elle plus fort.
     

    Elle portait des Nike Air usées jusqu'à la corde. Ses genoux étaient écorchés et tâchés de terre. Ses cheveux châtain étaient remontés en un chignon informe, mais qui lui allait bien. Elle portait un short en jean orné de pins et d'une ceinture multicolore. Son T-Shirt orange portait l'inscription « CAMP Half-Blood ». Sang-mêlé, songea Ilåna. Ses yeux étaient un peu en amande, et d'un bleu perçant.
     

    C'était Åna, à l'âge actuel d'Ilåna.
     

    - Va t'en ! répéta Åna encore une fois. Tu n'as pas ta place ici. Tu n'auras jamais ta place ici, ni nulle part ailleurs. Tu n'es rien pour personne. Tu n'es RIEN !
     

    Elle cria cette dernière phrase, son regard tourné vers Ilåna.


    Quand Ilåna se réveilla, tremblante et en sueur, le jour pointait, ligne rose à l'horizon, illuminant cette vallée qui ressemblait tant à celle de son rêve.
     

    Elle se redressa, faisant le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les autres.
     

    Et puis elle pleura.
     

    C'était comme un début de maladie. Cette boule qui lui bloquait la gorge enflait à chaque seconde et les larmes qui coulaient sur ses joues, chaudes, sincères, étaient le seul remède. Elle poussait des petits gémissements de douleur interne et externe, comme ce cœur qui pesait si lourd dans sa poitrine.
     

    Elle ne savait pas exactement pourquoi elle pleurait, mais toutes les raisons étaient bonnes. Le fait de ne plus rien comprendre à sa vie, maintenant encore plus que d'habitude, le fait d'avoir quitté son frère pour une durée indéterminée, sans même lui adresser un au-revoir, le fait de faire des cauchemars étranges, le fait d'apprendre que les monstres existaient, que le chien, le dragon, l'araignée étaient bien réels, le fait que sa sœur soit vivante, le fait que sa mère soit partie dix ans plus tôt sans laisser un mot pour elle, pas une adresse où la trouver, pas un téléphone où l'appeler, pas même un nom pour la nommer et avoir laissé Bruce dans un état proche de la dépression –
     

    - Tu pourrais faire moins de bruit ? fit une fille à-côté d'Ilåna. Parce que nous, on essaye de dormir, tu vois.
    - Oui, bien sûr, bredouilla Ilåna. Désolée…
     

    Elle remonta la couverture sur sa tête en essayant d'étouffer ses sanglots.


    - Ilåna ? fit une voix douce. Ilåna, réveille-toi.
     

    Ilåna souleva sa couette. A force de pleurer, elle avait sombré dans un demi-sommeil, mais maintenant, elle allait beaucoup mieux. Le dortoir était complètement vide, mis à part elle et Fiona, qui l'avait réveillée.
     

    - On a histoire de la magie, dit-elle. Grouille-toi.
     

    Ilåna acquiesça. Elle s'habilla en quatrième vitesse puis dévala les escaliers derrière Fiona, qui la guidait. Visiblement, elle avait déjà fait un repérage, puisqu'elle trouva la classe du premier coup.
     

    Le cours n'avait pas encore commencé, les élèves parlaient et riaient en attendant la venue du professeur. Fiona et Ilåna s'assirent côte à côte, au premier rang.
     

    Tout à coup, un fantôme fit sursauter toute la classe en surgissant dans le tableau.
     

    - Bonjour, dit-il d'une voix monocorde, je suis le Pr Binns et j'enseigne l'histoire de la magie.
     

    Ok, se dit Ilåna. Pourquoi pas ?
     

    Le cours se révéla particulièrement ennuyeux pour la plupart des élèves, mais pas pour Ilåna, qui écoutait avec attention. Les premiers grands sorciers, les avancées majeures dans la régulation de la magie, les querelles entre les gobelins et les sorciers, les grandes avancées de la magie au XXe siècle, le programme de l'année avait l'air absolument passionnant.
     

    Le cours d'après était un cours de métamorphoses, où Ilåna fut étonnée d'apprendre que Mc Gonnagall était aussi enseignante. Elle apprit aussi que l'on pouvait métamorphoser tout corps vivant ou non, dans certaines conditions et avec certaines méthodes, qu'ils étudieraient jusqu'en 7e année puisque le cours de métamorphoses était obligatoire.
     

    Puis vint le cours de Défense Contre les Forces du Mal, dont Ilåna n'avait pas besoin pour savoir que les monstres étaient bien réels – et bien dangereux. Elle pensa à Åna, qui était visiblement prisonnière dans une forêt hostile où une araignée géante l'attendait, et elle se jura de tout mettre en œuvre pour retrouver sa grande sœur.
     

    A midi, Mylon les rejoignit, accompagné de Jules Lafforge, un autre élève de Gryffondor. Mis à part le fait qu'il regardait toujours ailleurs quand on lui parlait, et qu'il avait les dents de travers, Jules Lafforge était plutôt gentil. Mylon semblait toujours fâché contre Fiona à cause de leur discussion de la veille, mais il était venu vers elles, ce qu'Ilåna interprétait plutôt bien. Elle aimait bien Mylon, et aussi l'idée de se faire des amis.
     

    L'après-midi, ils eurent de heures de cous de potions ; et avec leur chaudron modèle standard en étain, fabriquèrent leur première potion qui, théoriquement, était de couleur vert pomme. Celle d'Ilåna était grisâtre, mais elle considéra que c'était un exploit par rapport aux autres qui avaient, selon, ou renversé leur chaudron ou fait exploser la potion.
     

    Leur dernier cours était un cours de sortilèges. Leur enseignant, le professeur Flitwick, était un lutin qui devait grimper sur une pile de livres pour dominer la classe. Pour le premier cours, il proposa des exercices de diction car, selon lui, rien n'était plus important quand on lance un sort que de savoir prononcer la formule. Ilåna grimaça. Vu qu'elle était dyslexique, elle avait souvent des problèmes de diction – la totale, quoi. Une gamine illettrée, écervelée, sans maman, qui n'arrive même pas à parler correctement. Mais, avec le temps, elle s'était considérablement améliorée.
     

    Elle se concentra et personne ne sembla remarquer qu'elle galérait deux fois plus que les autres.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


t>