• Chapitre 5 : le Paradis

     

    Dans des moments comme celui-ci, Pauline aurait tout donné pour se souvenir de ses parents. Elle ne savait pas ce que c’était que la chaleur d’un foyer, que la douceur d’une mère qui te frotte les cheveux. Enfin si, elle le savait ; ou plutôt, elle se l’imaginait. Elle voyait un homme et une femme lui sourire, un petit frère aussi, mais ils changeaient sans cesse de visage, elle ne pouvait pas se rappeler leur nom, elle n’arrivait pas à percevoir… Ses souvenirs. C’était un sentiment étrange, oui, bien qu’elle commence à s’y faire.

    Elle était allongée dans son lit face au mur, les bras sur ses mollets. Elle ne savait pas pourquoi, cette position la réconfortait. Depuis qu’elle était rentrée au    Dortoir, l’Homme gros et gras avait fait son entrée plusieurs fois, au son de la cloche, et demandait à chaque fois le nom des gens. C’est pourquoi, quand elle entendit la porte s’ouvrir, Pauline crut que c’était encore lui. Mais elle reconnut une autre voix.

    « Pauline ?

    -Axel !

    Le garçon eut un sourire amusé.

    - J’ai du temps libre, annonça-t-il. Et je t’ai promis que je te ferais visiter. Alors ?

    - J’arrive ! »

    Pauline bondit sur ses pieds et se cogna au plafond – mais elle ne ressentit rien. Elle descendit de son lit et suivit Axel dans la Cour de Dieu.

     

    « L’espèce la plus répandue chez les défunts est l’âme, expliqua Axel alors qu’ils traversaient la foule. Par définition, toute personne arrivant au Paradis possède une âme, sinon elle ne serait capable ni de penser ni d’agir. Bon. Les âmes sont solides et matériels ; évidemment, leur cœur ne bat pas et ils ne respirant pas non plus, et ils ne ressentent pas les chocs et la matière. Ils n’ont besoin que d’une seule chose pour vivre : un repos régulier.

    - Tu es une âme ? demanda Pauline.

    - Oui. Bien sûr.

    Pauline repensa au jour où elle était arrivée, quand elle avait eu l’impression qu’Axel disparaissait l’espace d’un instant. Elle se demanda s’il disait la vérité mais oui, sa main avait l’air bien solide…

    Ils traversèrent la foule en biais et arrivèrent devant un long alignement de portes aux noms codés.

    - Pour la plupart, ce sont des pays ou des zones du monde, dit Axel. Mais il y a aussi des chambres, des bureaux, des restaurants…

    - Des restaurants ? s’étonna Pauline. Je croyais que les morts n’avaient pas besoin de manger ?

    - Les âmes, non, mais que fais-tu des gens nés au Paradis ?

    - Il y a des gens qui naissent au Paradis ?

    - Oui.

    - Pourquoi ? Il n’y a pas assez de gens comme ça ? demanda Pauline en scrutant l’énorme foule.

    - Ce n’est pas la question, trancha Axel. Qu’est-ce que tu fais des couples défunts qui, depuis toujours, cherchaient à se retrouver au Paradis ? On ne va pas leur interdire d’avoir des enfants !

    - C’est que…

    Pauline ne termina pas sa phrase. Que serait un enfant qui ne verrait pas la vie, qui ne grandirait pas, ne dormirait pas, ne mangerait pas ?

    Un peu comme moi.

    Elle essaya d’oublier cette pensée. Cet enfant, au moins, connaitrait ses parents...

    - Bref, reprit Axel, ces enfants-là sont élevés pour devenir anges-gardiens, et ils mangent et dorment comme des êtres normaux.

    - Ah.

    Tout s’explique.

    - Les anges vivent là, dit Axel en montrant une ouverture sur le ciel bleu.

    En regardant de plus près, Pauline vit que les nuages se mêlaient à des bâtiments de marbre blanc, comme une petite propriété dans le ciel. Au milieu trônait une grande fontaine d’eau claire et tout autour, les anges buvaient, se regardaient, parlaient. Certains étaient en jean et T-shirt ; d’autres portaient une longue robe blanche aux manches évasées. Ils avaient tous de grandes ailes banc cassé, comme les plumes d’un oiseau. 

    Ils bifurquèrent et passèrent devant une montgolfière gigantesque, autour de laquelle les gens s’agglutinaient.

    - La demeure de Dieu, dit Axel. S’il n’y a pas de nouveaux amnésiques dans les prochains jours, on devra t’emmener chez lui, mais pas tout de suite. Il y a quelque chose que je dois te montrer d’abord. Tu vas me maudire, mais il faut que je le fasse.

    Il l’entraîna dans une ruelle sombre, ce qui était très étrange, car tout ce que Pauline avait vu jusqu’ici était lumineux et immaculé. Ils marchèrent en silence un moment, avant que la rue s’élargisse pour devenir un champ. Et là, Pauline comprit.

    Les fantômes.

    Tous, sans exception, portaient des capes noires et volaient lentement à quelques mètres du sol, la tête rentrée dans les épaules et les yeux mi-clos. Leur peau était d’une pâleur effrayante, qui laissant voir leur crâne par transparence, et leurs orbites creuses et noires.

    - Voilà à quoi ressemble un fantôme, dit Axel.

    Pauline crut qu’elle allait s’évanouir.

    - Alors… C’est à ça que je vais ressembler, si je n’arrive pas à me souvenir de moi ?

    Axel hocha la tête en silence. Pauline eut envie de pleurer. Elle jeta un regard en coin aux fantômes ; comme pour s’assurer qu’elle avait bien vu. Ils ne se parlaient pas et s’évitaient consciencieusement. Certains murmuraient des choses incompréhensibles entre leurs dents.

    - Ceux-là sont irrécupérables, dit Axel. Qu’est-ce que tu veux, il faut bien que la vie s’arrête un jour, au moins pour certains, sinon, la mort ne serait plus rien pour personne.

     

    Pauline comprenait très bien. De ce qu’elle avait vu jusqu’à présent, le Paradis lui avait semblé très actif et très heureux. Elle qui n’avait aucun souvenir de sa vie comprenait enfin ce que c’était que la mort. Mais elle était bien décidée à rester une âme.

    - Certains fantômes exceptionnels réussissent à s’en sortir, continua Axel. Regardes Bertrand. C’est l’homme qui passe tous les jours au Dortoir pour demander le nom des nouveaux venus. Avant, c’était un fantôme, mais je ne sais pas ce qui s’est passé, il a eu une sorte de déclic ; comme un réveil. C’était avant ma mort. Il est entré dans une école d’anges-gardiens, et, décidant que ce métier n’était pas fait pour lui, il est venu rejoindre les Conseillers Recruteurs et il est aujourd’hui un membre à part entière de la Cour de Dieu.

    - Il n’est pas… Squelettique, remarqua Pauline.

    - Non. Mais il est immatériel, et infatigable.

    Cette histoire réconforta un peu Pauline. Mais elle n’était pas rassurée pour autant.

    - Bon, dit soudain Axel, il y a tout un tas de choses dans la face sombre du Paradis, mais je pense que tu es plus apte à aller voir les Champs Elysées. Ça te dit ?

    - Oui, répondit Pauline avec un petit sourire.

    - Viens. »

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 22 Février 2014 à 18:38

    Intéressant. ^^ J'espère que Pauline parviendra à se souvenir et qu'elle ne deviendra pas un fantôme. :) 

    2
    Samedi 22 Février 2014 à 21:14

    Ah, merci de l'avoir lu =)

    C'est un peu le but de l'histoire...

    3
    Dimanche 23 Février 2014 à 18:58

    J'ai tout lu, c'est super bien trouvé comme histoire ! J'espère aussi que Pauline s'en sortira et j'attends la suite avec impatience ! ^^

    4
    Mercredi 26 Février 2014 à 12:03

    Merci ♥

    Le chapitre suivant est assez court, je vais essayer de vite le poster ;)

    5
    Mercredi 26 Février 2014 à 15:54

    Ok ! ^^ prend quand même ton temps ! 

    6
    Jeudi 27 Février 2014 à 18:02

    Oui, tu as raison :)

    7
    Samedi 22 Mars 2014 à 11:47

    Il est publié ^^

    8
    Samedi 22 Mars 2014 à 12:07
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