• Chapitre 4 : Le Chemin de traverse

    C'était une longue rue à l'ancienne, mais qui paraissait pourtant neuve. Les maisons à colombages penchaient dangereusement, mais mis à part ça, le dallage était propre, les vitrines colorées. Les yeux d'Ilåna sautaient partout tandis qu'elle tentait de déchiffrer les enseignes : « Rbeos de scierors », « Codhrns », « Feulry & Btot ». C'éait un véritable festival de magie et de couleurs et d'animations, elle n'en croyait pas ses yeux : des livres sautaient derrière les vitrines, des grenouilles et des hiboux s'étalaient sur la vitrine d'une animalerie qui débordait sur la rue, et les affiches étaient animées... Mais ce qui surprit le plus Ilåna, ce fut les gens : une masse grouillante d'hommes, de femmes, de sorciers pour qui ce monde n'avait plus aucun secret. Ils portaient des robes longues, des chapeaux pointus pour la plupart, mais certains étaient habillés presque comme dans la vraie vie... Et puis, quand elle tendit l'oreille pour écouter quelques mots des différentes conversations, elle entendait ça :

    - ... Tu as lu les nouvelles de La Gazette du Sorcier ? Il y a eu de nouvelles évasions d'Azkaban...

    - ... Si vous voulez des chaudrons de bonne qualité, je ne vous le conseille pas, les leurs fuient...

    - ... Regarde, m'man ! Regarde les hiboux !

    - Alors ?

    Ilåna sursauta - c'était son père, qui avait soudain surgi derrière elle.

    - Alors, heu...

    Elle se rendit compte qu'elle souriait jusqu'aux oreilles.

    - C'est, heu, wow, par ici...

    Son père rit. Il semblait détendu, pour une fois.

    - Donne-moi ta liste de fournitures, ne perdons pas de temps.

    Ilåna lui tendit le papier qui accompagnait la lettre. Bruce lut à haute voix :

    - « Liste des vêtements dont les élèves de première année doivent obligatoirement être équipés : 1) Trois robes de travail (noires), modèle normal. 2) Un chapeau pointu (noir). 3) Une paire de gants protecteurs (en cuir de dragon au autre matière semblable).

    Ilåna déglutit.

    - En cuir de dragon ? Pour quoi faire ?

    - Ça, ça sera à toi de me le dire, répondit son père en lui donnant une tape sur l'épaule.

    Caleb la regardait d'un air admiratif.

    - 4) Une robe d'hiver, poursuivit son père. Noire avec attaches d'argent. Chaque vêtement devra porter une étiquette indiquant le nom de l'élève. Livres et manuels : Le livre des sorts et enchantements (niveau 1), Histoire de la magie, Manuel de métamorphose à l'usage des débutants, Potions magiques et Forces Obscures : comment s'en protéger. Fournitures : 1 baguette magique, 1 chaudron de modèle standard en étain, taille 2, 1 boîte de fioles en verre ou en cristal, 1 télescope, 1 balance en cuivre. »

    Il sourit.

    - Et enfin, précisions : « Les élèves peuvent également apporter un hibou, OU un chat, OU un crapaud. »

    - Un crapaud ? fit Caleb, visiblement intéressé. Classe !

    - Berk, corrigea Ilåna. Je préfère un chat.

    - T'es nulle, répondit Caleb.

    Ils passèrent le reste de la matinée dans des boutiques diverses, des librairies, des animaleries (Ilåna, qui n'y voyait pas vraiment d'intérêt, n'acheta pas d'animal), une boutique qui vendait des uniformes sur mesure, un magasin de chaudrons. Le père d'Ilåna n'était pas sorcier, pourtant il avait largement de quoi payer (et Ilåna doutait que les sorciers payent de la même monnaie que le commun des mortels, les Moldus). Peut-être sa folle de tante Elisa ou les Wales lui avaient prêté de l'argent.

    A midi, ils déjeunèrent au Chaudron Baveur. Ilåna avait peur qu'on lui serve de la bave de crapaud sur son lit d'asticots aux doigts de Humpa-Lumpa, mais non, ils eurent droit à un véritable pudding (et bon, qui plus est !)

    Trop d'images, de mots et d'émotions tourbillonnaient dans la tête d'Ilåna pour faire une phrase construite, elle hésitait entre rire et pleurer, et elle ne disait rien. Quant à Caleb, il paraissait perdu. Ilåna ne voyait pas très bien pourquoi son père avait voulu qu'il vienne, mais peu lui importait. Elle était heureuse de passer un moment avec son père et son frère, un de ces moments qu'elle avait fini par oublier. Elle n'avait pas vu son père heureux depuis longtemps. D'habitude, il y avait toujours ce boulot qu'il n'arrivait pas à finir, ce patron qui l'exaspérait, et cette tristesse qui l'accablait, toujours la même, dont il n'avait pas réussi à se remettre.

    Parce qu'au fond, il manquait deux personnes à ce joli tableau -

    On t'annonce que tu es une sorcière, se dit Ilåna, et voilà à quoi tu penses ?

    Sorcière. Sorcière. Sorcière.

    Rien à faire, Ilåna n'arrivait pas à s'y habituer. Pour elle, les sorcières, c'était les créatures mythologiques, les monstres du Moyen-Âge, les déguisements d'Halloween. La matinée qu'elle venait de passer avait tout chamboulé.

    Mais ça va, c'est cool.

    Parce qu'après tout, à Poudlard, elle finirait bien par trouver sa vraie place... Non ?

    Après s'être gavés de pudding et de gâteau glacé, ils reprirent leurs courses. Des balais resplendissants, des costumes colorés brillaient dans la vitrine d'un magasin appelé « The Quiddich League », mais la liste de fournitures indiquait clairement que les Première Année n'avaient pas droit au balai. Dommage, c'était un des trucs qui faisait rêver le plus Ilåna.

    Puis vint le moment d'acheter la baguette magique.

    Ilåna poussa la porte d'une boutique poussiéreuse dont l'enseigne disait « OLLIVANDER - Fabricant de baguettes depuis 378 avant J.C. » Son père et son frère attendaient dehors.

    Presque aussitôt, un vieillard aux cheveux ébouriffés et aux sourcils hirsutes surgit derrière elle, faisant sursauter Ilåna.

    - Bonjour ! s'exclama-t-il en lui serrant la main. Je suis M. Ollivander, fabricant de baguettes de première qualité. Que cherchez-vous ?

    - Je... Heu... Une baguette, je crois, répondit Ilåna, mal à l'aise.

    - Bien sûr, bien sûr. (Le regard du vendeur inspectait Ilåna de la tête aux pieds. Il sortit un mètre-ruban et commença à la mesurer.) Quel est votre nom ?

    Ilåna se sentait toujours aussi mal à l'aise.

    - Ilåna Stayne, monsieur, bredouilla-t-elle.

    - Très bien, fit-il distraitement.

    Il s'éloigna parmi les rayonnages de sa boutique, qui était beaucoup plus grande qu'elle n'en avait l'air, et Ilåna s'aperçut que le mètre-ruban continuait de prendre des mesures tout seul.

    - C'est bon, ordonna M. Ollivander, et le mètre-ruban s'arrêta immédiatement. (Il lui tendit une baguette, qui était longue et noire.) Tenez, essayez celle-ci.

    Ilåna saisit la baguette, qui n'était qu'un vulgaire morceau de bois entre ses mains. Elle se concentra, essaya de faire surgir quelque chose - mais il ne se passa rien.

    Ilåna reposa la baguette. Elle se demanda si elle s'était trompée quelque part.

    - Bien sûr, bien sûr, dit M. Ollivander. Essayez celle-là, plutôt.

    Il lui tendit une autre baguette, plus courte, taillée dans un bois noueux.

    - Bois d'if, dit M. Ollivander. Et plume de phénix. Très résistant. Allez-y ! ordonna-t-il.

    Une fois de plus, Ilåna agita la baguette, et une fois de plus, il ne se passa rien.

    M. Ollivander lui tendit une troisième baguette.

    - Bois de Frêne, dit-il, et ventricule de dragon. 24, 11 cm. Souple et maniable.

    Ilåna saisit la baguette et sentit immédiatement un contact chaud sous ses doigts. A cet instant, elle eut l'impression qu'elle serait capable de tout.

    Avec un bruit de moteur, la lumière du magasin décupla de puissance. A un moment, cela devint tellement fort qu'une des lampes explosa.

    Ilåna reposa précipitamment la baguette.

    - Eh bien, voilà, fit M. Ollivander d'un air satisfait. Je crois que nous avons trouvé votre baguette, Mlle Stayne.

    Ma baguette, répéta Ilåna dans sa tête, fixant le morceau de bois. Ma baguette.

    - Votre baguette est puissante, commenta M. Ollivander. Ou bien est-ce vous qui l'êtes ? Les théories diffèrent à ce sujet... Mais sachez une chose, Mlle Stayne : C'est la baguette qui choisit son sorcier, et non l'inverse.

    - Heu... D'accord, fit poliment Ilåna, qui n'était pas sûre de bien comprendre.

    Elle alla chercher son père pour qu'il vienne payer la baguette, puis ils repassèrent par le Chaudron Baveur avant de retrouver ces rues de Londres qu'Ilåna connaissait bien. Quand ils remontèrent dans le métro, le monde parut bien terne à Ilåna, qui avait eu l'impression jusqu'ici de marcher dans un rêve. Elle était épuisée, peinait à tenir sur ses jambes, et se refaisait mentalement la journée folle qu'elle venait de vivre. Quand ils rentrèrent, il était à peine 19 heures, mais Ilåna s'écroula dans son lit et sombra, une fois de plus, dans une nuit sans rêves.

     


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