• Chapitre 3 : Sorcière

    Ce fut une nuit simple, claire, sans rêves. Ilåna s'attendait un peu à revoir Åna, mais il n'en fut rien.
    Elle se leva tôt, alors que le soleil projetait de longues ombres bleues sur l'herbe de son jardin. Son cerveau était reposé, et elle n'avait plus qu'une idée en tête : ouvrir la lettre, découvrir ce qu'elle cachait.
    Sauf que, quand elle se précipita hors de son lit, se dirigea vers son bureau... La lettre n'y était plus.
    - Non... C'est sérieux ? Souffla Ilåna.
    Il y avait encore l'enveloppe déchirée, mais pas de lettre.
    Elle distingua une lueur dans la chambre de son père, s'en approcha. Son père était assis sur le canapé, le lettre de Poudlard entre les mains. Lorsqu'il la vit, il la regarda avec un mélange de perplexité et d'excitation.
    - C'est arrivé, murmura-t-il. Ma fille est une sorcière.
    Ilåna n'était pas sûre d'avoir compris.
    - Je suis une quoi ?
    Pour toute réponse, son père se leva et la serra fort dans ses bras. Ilåna, qui n'était pas habituée à ces manifestations d'amour de la part de son père, hoqueta.
    - Excuse-moi, papa... Je suis une quoi ?
    Il continuait de la regarder avec ses grands yeux écarquillés, qui exprimaient une expression tellement différente de celle qu'ils avaient d'habitude. Il y avait dans ces yeux de l'admiration.
    Caleb, qui s'était réveillé, les rejoint en bâillant.
    - Bonjour, tout le monde.
    Ilåna lui lança un regard oblique.
    - Je crois que papa est devenu fou, murmura-t-elle
    - Non, non ! s'exclama son père. Lis ! ordonna-t-il en lui tendant un objet à présent familier.
    La lettre. La seule, l'unique, celle qui renfermait un message important.
    Ilåna prit une grande inspiration et se concentra.
    LETTRE D'ADMISSION A POUDLARD
    COLLEGE POUDLARD, ECOLE DE SORCELLERIE
    Directeur : Albus Dumbledore
    Commandeur du Grand-Ordre de Merlin, Docteur ès sorcellerie, Enchanteur-en-Chef, Manitou suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers.
    Chère Mlle Stayne,
    Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez dores et déjà d'une inscription au collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. La rentrée est fixée au 1er Septembre et vous recevrez d'ici peu une seconde lettre comportant vos billets de train.
    Veuillez croire, chère Mlle Stayne, en l'expression de nos sentiments distingués.
    Minerva Mc Gonnagall
    Directrice-adjointe.

    Ilåna avait le tournis.
    C'était tellement différent de ce à quoi elle s'était attendue, tellement étrange, tellement inconcevable, tellement fou.
    - Qu'est-ce qui se passe ? demanda Caleb, sûrement alerté par l'expression de son visage.
    - Ana est une sorcière, souffla son père.
    Et Ilåna eut l'impression que, pour une fois, il disait la vérité.

    Un quart d'heure plus tard, ils étaient assis dans la cuisine, autour d'un copieux petit déjeuner auquel Ilåna n'avait pas touché.
    - Donc, si j'ai bien compris... commença Caleb, Ana est une sorcière, c'est ça ?
    C'était au moins la dixième fois qu'il posait la question. A contrecœur, Ilåna acquiesça. C'était étrange, elle avait l'impression que son estomac allait exploser d'une seconde à l'autre.
    Les yeux de Caleb s'écarquillèrent.
    - Alors, ça veut dire que c'est toi qui as éteint les lumières, hier ? Et qui as fait tomber la pluie, à la fête foraine ?
    Ilåna fronça les sourcils.
    - Ne dis pas n'importe quoi. Comment serais-je capable de faire ça ?
    - Tu en es tout à fait capable, affirma son père. Surtout parce que tu es une sorcière et une...
    Il laissa sa phrase en suspens, comme si elle était dangereuse.
    - Une quoi ? demanda prudemment Ilåna, mais son père avait le regard perdu dans le vague.
    - Je disais quelque chose ? fit-il. Pardon, j'ai oublié ce que c'était.
    - Tu disais que j'étais une sorcière et une...
    Son père se leva brusquement.
    - Bon, c'est pas tout ça, mais la rentrée est pour bientôt. Allons chercher tes affaires scolaires. Caleb, tu viens avec nous.

    La lettre avait ouvert tant de portes. Tant de possibilités. Pour un peu, Ilåna avait peur de ne pas survivre à tant de changement – mais après tout, qu'avait-elle à y perdre ?
    Rien. Ilåna n'avait même pas d'amis, elle rêvait de sœurs mortes et provoquait des orages. Alors pourquoi refuserait-elle de croire qu'il existait, quelque part, une école où l'on apprenait la magie ?
    - Hum, papa ? Demanda-t-elle alors qu'ils montaient dans le métro. Est-ce que tu es... heu... Un sorcier, toi aussi ?
    Son père parut surpris.
    - Moi ? Non, je ne suis qu'un pauvre Moldu sans pouvoir. Mais je sonnais des sorciers.
    Moldu. Encore un mot qu'Ilåna ne connaissait pas, mais elle ne posa pas de question.
    - Les Wales, dit son père. Sandra et Hero. Ce sont des sorciers.
    - QUOI ?! s'étrangla Ilåna.
    Son père sourit.
    - Bon, ils ont souhaiter se mêler aux Moldus, alors ce ne sont peut-être pas les plus représentatifs de leur espèce... Mais oui, ce sont des sorciers.
    Imaginer Sandra Wales à cheval sur un balai volant était tellement inconcevable qu'Ilåna préféra ne pas s'y risquer. Cependant, cela expliquait pas mal de choses – leur attitude de la veille, notamment.
    « Dans quelle école souhaites-tu la mettre, Bruce ? »
    Ils savaient. Ils savaient pour la lettre de Poudlard, peut-être même pour Åna. Ils savaient qu'Ilåna était une –
    Sorcière.
    Tu vas devoir t'y habituer, pensa Ilåna. Tu risques de le dire souvent.
    - Ma sœur, aussi, est une sorcière. Ta tante Elisa, tu te souviens ?
    Ilåna n'avait vu Elisa qu'une fois dans sa vie, et elle avait quatre ans. C'était une femme à moitié folle, qui vivait dans une grande maison miteuse. Quand on essayait d'attraper un objet, il fuyait à toutes jambes et, quand on montait au grenier, on entendait des bruits étranges, inhumains. Et quand Tante Elisa avait sorti sa tarte aux citrons du four, Ilåna aurait parié qu'elle n'y était pas restée deux minutes.
    Elle ne s'en était pas rendu comte à l'époque mais aujourd'hui, ça lui semblait évident. S'il y avait une sorcière dans sa famille, c'était Tante Elisa. Ilåna se demanda si elle deviendrait comme elle et, un instant, elle douta. Peut-être qu'elle devrait ignorer ce que la lettre disait, et reprendre une vie normale...
    Ce fut de courte de durée. Ils sortirent du métro.
    Bruce les conduisit, dans une grande rue de Londres qu'Ilåna connaissait bien, à un petit pub qu'elle n'avait jamais remarqué. La façade était minuscule par rapport aux autres, et l'enseigne indiquait « La Chaudron Baveur ». Ils entrèrent dans un bar sombre et poussiéreux. Les quelques clients étaient de vielles femmes rabougries qui portaient de hauts chapeaux colorés. Un barman chauve astiquait tranquillement des assiettes.
    - Vous avez besoin d'aide ? demanda-t-il lorsqu'ils passèrent devant lui.
    - Je veux bien, merci, fit son père en posant sa main sur l'épaule d'Ilåna.
    Le barman sourit.
    - Première expédition sur le Chemin de Traverse, hein ? Venez, je vous y amène.
    Il les conduisit au fond du bar, ouvrit une porte qui conduisait à une petite cour intérieure. Face à eux, il y avait quelques poubelles et un mur défoncé.
    Soudain, son père et son frère s'arrêtèrent subitement et restèrent sans bouger, pris dans un état de transe. Leurs bras étaient ballants tandis qu'ils regardaient fixement le mur de briques en face d'eux.
    - Papa ? demanda Caleb d'une voix hésitante. Qu'est-ce qu'on fait là ?
    - J-je ne sais pas, bredouilla son père. Je crois que... J'avais à faire dans les parages. Oui, c'est ça. Je crois qu'on s'est perdus.
    - On rentre ? proposa Caleb.
    Son père hocha lentement la tête.
    - Oui, c'est ça, dit-il en tournant les talons. Rentrons.
    Ilåna fut prise de panique.
    - Heu, Caleb, papa ? Qu'est-ce qui vous arrive ? (Elle prit son père par le bras.) Tu devais m'emmener dans cet endroit secret, où seuls les sorciers ont droit d'aller !
    A l'instant, elle comprit le sens de sa phrase. Elle se mordit la lèvre.
    - Ton frère et ton père sont des Moldus, commenta le barman. Ils ne peuvent pas passer.
    Ilåna sentit son cœur fondre.
    - Quoi ? Mais on devait acheter mes affaires scolaires...
    Le barman sourit.
    - Je vais t'arranger ça, dit-il, et il sortit un long bâton de la poche intérieure de sa veste.
    Une baguette magique, comprit Ilåna.
    Il agita la baguette et, tout à coup, Bruce et Caleb retrouvèrent leurs esprits. Bruce cligna des yeux.
    - Mais où avais-je la tête ?
    - Le chemin de Traverse est protégé par un sortilège repousse-Moldu, expliqua le barman.
    Ilåna posa la question qui lui brûlait les lèvres.
    - Hum, monsieur ? fit-elle poliment.
    - Appelle-moi Tom, fit le barman gentiment, comme s'il s'adressait à un petit enfant.
    - Heu... D'accord... Tom ?
    - Oui ?
    - Qu'est-ce que c'est, un Moldu ?
    Le barman – Tom – la regarda comme s'il s'était préparé à la question.
    - C'est un non-sorcier, expliqua-t-il. Un homme – ou une femme – dépourvu de pouvoirs magiques.
    - Mais c'est inadmissible ! s'écria Bruce. J'ai le code !
    Il se tourna et regarda les briques comme si elles avaient un sens nouveau pour lui. Au bout d'un moment, il leva le poing et frappa trois coups sur l'une des briques.
    Alors il se passa quelque chose – quelque chose d'extraordinaire. Le sol trembla, les murs grondèrent, puis ils commencèrent à s'écarter. Les briques se mirent à bouger, se replièrent, changèrent de forme, de telle sorte que, la seconde d'après, un large passage s'était ouvert dans le mur à travers lequel on voyait une grande rue médiévale, en quelque sorte, colorée, animée et –
    Bizarre.
    Ilåna n'avait pas d'autre mot.
    - Le Moldu qui connaît le code a le droit d'entrer ! dit Tom le barman.
    Alors Bruce, Caleb et Ilåna Stayne pénétrèrent le Chemin de Traverse.


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