• Chapitre 2

    Le passé.

    Les premières croyances, les premières religions. Le feu, puis l'écriture. Puis sciences, puis les guerres, l'art, l'amour, l'imagination, les découvertes, les idées, le renouveau, les révolutions, l'enfance, la nostalgie, les espèces disparues et apparues, la naissance, la mort, l'histoire, revue et corrigée, les mensonges, la vérité.

    L'avenir. L'espérance, le rêve, les objectifs, les buts. L'avenir imprévisible, étrange entremêlement de courbes et de lignes, de signes du zodiaque, de pressentiments, de peurs, de croyances et d'espoir.

    Le présent. Peut-être le plus flou des différents temps, car il est à la fois invisible et omniprésent.

    Cleptaris est debout sur un promontoire, le Sage Owen Grant face à elle. Il la nomme Grande Sage, clamant un discours dans la langue ancienne des Phillins. Elle vient de perdre son nom, aux yeux de la communauté. Son tatouage en pointillés, sur le crâne, le tatouage qu'on lui a fait lorsqu'elle est entrée dans sa formation de Sage, est à présent complété, symbolisant son passage à l'âge adulte.

    Elle voit la Cérémonie à travers les différents âges de ce monde. Au temple, aux Sages, à son public, se superposent d'autres cérémonies. Quelques centaines d'années plus tôt, elle voit celle du Grand Sage qui l'a élevée. Elle voit sa propre cérémonie, avec quelques secondes de décalages.

    Elle tente de se raccrocher à un élément du présent, pour chasse ces visions de son esprit. Le roi Son Klá est assis sur un trône au premier balcon. Il porte un somptueux costume turquoise et blanc.

    Pour un Phillin, il est étonnamment grand. Son œil unique est d'un sublime bleu irisé. Il porte un tatouage en pointillés, sur le front, car il a comme Cleptaris entamé une formation religieuse. Il ne l'a jamais achevée, car il s'est lancé dans une carrière militaire, a grimpé peu à peu les échelons avant de devenir roi de la communauté des Phillins, sur la planète Illios. Il est encore jeune, pourtant, mais c'est un roi juste, très attaché à la religion...

    Ça y est, les images ont pris le dessus. Cleptaris est de retour dans le passé. Des scènes floues, sans le son, mais qu'elle pourrait comprendre si elle le demandait, ont recouvert sa vision. Elle se sent malade, épuisée, par le poids énorme du Secret du Temps.

    La cérémonie s'achève, les Sages et leurs apprentis se lèvent pour la saluer. C'est étrange, mais le fait qu'elle soit humaine ne semble pas les déranger. Il la considèrent réellement comme une des leurs. Cleptaris serre la main et sourit, car la politesse l'exige. Elle a même droit à une poignée de main de Son Klá. Mais elle ne tient plus vraiment sur ses jambes. Elle veut partir, tout de suite.

    Lorsqu'elle a salué tout le monde, elle quitte en courant la salle de cérémonie.

    Lorsque le vaisseau arriva sur Mars, il se posa sur une petite piste d'atterrissage au royaume de Quartz. Edo et Nicolás furent aussitôt encerclés par les gardes du Seigneur en personne. Trois hommes se mirent à fouiller le vaisseau, tandis que les deux autres maintenaient Edo et Nicolás immobiles.

    - Qui vous a autorisés à fouiller notre vaisseau ? clama Nicolás.

    Edo le fusilla du regard. Le Seigneur Im n'était peut-être pas le plus puissant de Mars, mais ils avaient besoin de lui. Si Nicolás ne se taisait pas, ils risqueraient de perdre un allié précieux.

    Les hommes ne répondirent pas, mais Nicolás éleva la voix.

    - Quelqu'un peut me dire ce qui se passe ? Pourquoi perd-on du temps ainsi ?
    - Au cas-où vous ne l'auriez pas remarqué, rétorqua sèchement l'un des hommes, blond, des yeux bruns sévères, nous sommes en guerre. Nous vérifions que votre vaisseau n'est pas armé.
    - Bien sûr qu'il est armé, répliqua St Nicolás, c'est un vaisseau de combat, je vous signale.
    - Dans ce cas, vous n'êtes pas habilités à pénétrer nos terres.
    - Général, dit l'un des hommes. Nous avons trouvé des cabines de tir et des munitions, mais le matériel est vieux et très abîmé.

    Nicolás grogna. Edo avait omis de lui dire que son vaisseau n'était plus aussi en forme que sept ans auparavant.

    Le général hocha la tête, presque à contre-cœur.

    - Très bien, dit-il, venez avec nous.

    La trappe de bronze coulissa, révélant une longue échelle qui descendait dans le néant. Methryl attrapa les barreaux et, dans un bruit métallique, commença à descendre.

    Lorsqu'elle arriva au bas de l'échelle, un long tunnel s'ouvrait face à elle, éclairé par une rangée de néons. Les murs étaient couverts de graph et de tag décolorés.

    Elle s'avança dans le tunnel silencieux, avant d'arriver à l'entrée principale de la ville. La cité souterraine d'Appalia était constituée de plusieurs rangées de maisons basses, plus ou moins collées aux parois du tunnel. Plus Methryl s'avançait, plus le plafond était haut et les maisons s'agrandissaient.

    Sur la place principale de la cité, une coupole s'ouvrait à la lumière du jour. Les murs, blancs et incurvés, recevaient et renvoyaient l'éclat du soleil.

    La ville était déserte depuis la Grande Révolution, et seuls quelques rats et cafards troublaient le silence ambiant, en plus du bruit sourd de la ville au-dessus. Malgré les nombreux travaux effectués pour rendre le souterrain accueillant, on sentait des relents d'humidité.

    Methryl entra dans une grande maison bleue et blanche, avec un petit parterre de fleurs qui avaient grimpé sur la barrière et la façade. La porte n'était pas verrouillée, elle s'ouvrit en grinçant légèrement. La sonnette indiquait « Famille Hamondo ».

    Des cadres poussiéreux pendaient dans l'entrée. Un père, une mère, la trentaine environ, leur garçon et leur fille, qui couraient entre leurs jambes. Methryl s'accroupit et sortit son robot de son sac. C'était un petit Klepto-5, pliable, avec une tête rectangulaire et trois bras articulés. Elle scanna la cuisine, la salle de bains, ainsi que l'une des chambres, puis programma le robot pour qu'il les fouille de lui-même.

    - Vas-y, chuchota-t-elle en lui donnant l'impulsion. A tout à l'heure.

    Le robot partit explorer la cuisine tandis que Methryl fouillait le salon. Elle recherchait des pièces, des bijoux, des objets, n'importe quoi dont elle pourrait se servir ou tirer de l'argent. Il y avait un vase antique et plusieurs tableaux, mais malheureusement c'étaient des copies. Elle ouvrit une boîte de couture et découvrit des petits boutons dorés, sans valeur, mais pleins de charme. Elle en glissa un dans sa poche.

    Elle chercha dans les tiroirs où elle trouva de la vaisselle précieuse et un écritoire en argent plaqué, qu'elle empaqueta dans du papier-bulle. Klepto arriva vers elle, portant sur son dos l'argenterie qu'il avait trouvée dans la cuisine.

    - Merci, dit Methryl en la mettant dans son sac.

    Elle repéra deux ordinateurs, mais ils avaient déjà été pillés et il n'en restait que quelques pièces sans intérêt. Elle vola une statuette et quelques vêtements trouvés dans la chambre des parents. En fouillant l'armoire, elle trouva un chemisier bleu qui semblait être à sa taille, et elle ne put s'empêcher de la mettre dans son sac avec le reste de son butin. Comme elle n'avait plus de place, elle désactiva Klepto et sortit de la maison.

    Elle déambula tranquillement dans la ville, pensant à la famille qu'ils venaient de piller. Certes, ils étaient partis des années plus tôt, les parents comme leurs enfants étaient morts, et il ne viendrait pas à l'idée de leurs descendants de revenir dans la vieille maison familiale. Mais dans cette maison, tout était encore figé, comme s'ils allaient revenir d'un instant à l'autre. Le temps n'avait pas eu sur les maisons souterraines la même emprise que sur celles d'au-dessus, qui étaient vite tombées en poussière. Ici, les jouets étaient encore éparpillés dans la chambre de la petite fille.
    Ils étaient partis en laissant leur vie sur Terre, n'emportant rien d'autre que leur argent. Mais après tout, où était le mal de vouloir tout recommencer ?

    Methryl inspira fort et leva la tête vers les néons qui diffusaient une lumière bleutée dans le tunnel, grésillant légèrement. Voilà deux siècles que les derniers terriens pillaient les maisons de ceux qui étaient partis, et c'était illégal bien avant sa naissance. Elle n'avait jamais vraiment su pourquoi.

    Elle aperçut du mouvement non loin. Klaus, un Pilleur un peu plus âgé qu'elle, était occupé à détacher les rideaux d'une fenêtre. C'était un garçon blond, le visage rose, un peu rond. Il était debout sur le rebord de la fenêtre ouverte et tirait sauvagement.

    - T'y vas pas de mainmorte, commenta Methryl.

    Klaus lui sourit.

    - Methryl, tu tombes bien ! Aide-moi !
    - Heu... D'accord, fit Methryl.

    Elle grimpa sur un tabouret et aida Klaus à retirer les rideaux, d'un beau velours rouge bordeaux. Ils détachèrent ensuite la tringle à rideaux : elle était en or !

    - Oh, mon Dieu, fit Methryl.
    - C'est pour moi, fit Klaus en lui arrachant des mains.
    - Je t'ai aidé, répliqua Methryl en la reprenant. Elle me revient.
    - Tu rêves trop, ma petite Methryl, rétorqua Klaus.

    Il récupéra la tringle et descendit du rebord de la fenêtre.

    - Cette maison est une vraie mine d'or, dit-il. Regarde le reste dans mon sac.

    Methryl ouvrit le grand sac gris effilé. Elle en sortit une petite boîte remplie de pièces de monnaie.

    - C'est le jackpot, s'exclama-t-elle. Tu es certain que la maison est inhabitée ?
    - Sûr, fit Klaus en souriant. Et toi, tu viens d'où ?
    - Les Hamondo, plus au Sud. J'ai trouvé de l'argenterie et des vêtements.
    - Non, mais avant. C'était le bac aujourd'hui, non ?
    - La première épreuve. C'était ce matin.
    - Ça s'est bien passé ?
    - Plutôt, oui.

    Klaus était au collège avec Methryl, mais il avait arrêté l'école à 15 ans. Il gagnait sa vie en vendant les objets qu'il trouvait dans les maisons, et son commerce fonctionnait plutôt bien. Il avait un meilleur flair que Methryl en matière de pillage.

    - Bravo, fit Klaus solennellement.

    Methryl s'esclaffa.

    - Merci ! Mais, dans la mesure où je connais le sujet par cœur, c'était simple, en réalité.
    - Tu m'épateras toujours, toi.
    - Ah bon ? Je suis nulle en pillage, et je n'ai aucune chance de rassembler assez d'argent pour quitter un jour cette maudite planète. Je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie.
    - Pourquoi tu veux autant partir ?

    Klaus s'agenouilla. Il désactiva son robot, un Klepto-2 bleu ciel, plus grand que celui de Methryl, et le rangea dans son sac.

    - Et toi ? rétorqua Methryl. Tu n'as pas en vie de t'élever un peu, de voir le monde ?
    - Pas vraiment. Je ne pense pas que ce soit mieux qu'ici. Pourquoi ça le serait ?
    - Ça l'est forcément. Cette planète est morte.
    - Je ne crois pas, dit Klaus. Mais pense ce que tu veux, après tout.
    - Quand tu seras le dernier humain sur Terre, et que tu te feras dévorer par les animaux du futur, tu verras bien que j'ai raison, dit Methryl.

    Klaus boucla son sac, et ils remontèrent tous deux à l'air libre.

    Lors de la Grande Révolution de 2800, les hommes, devenus trop nombreux, avaient quitté la Terre pour Mars, Europe et Pluton. Idriss Aslan, président de la Turquie à l'époque, avait rassemblé les peuples du Moyen-Orient pour une migration vers Mars, où il avait fondé le royaume de Quartz. Il y avait fait construire des palais de toute beauté, pareils à ceux de sa région. Des siècles plus tard, c'était le Seigneur Im, de son vrai nom Ibrahim Asil, qui avait repris la tête du Royaume et tentait tant bien que mal de le défendre contre les Smaelins , rassemblés sous la bannière d'Argonus, qui encerclaient le pays.

    C'était lui qu'Edo avait repéré, au cours de ses voyages stellaires. Son armée n'était pas la plus puissante, mais ils avaient véritablement intérêt à s'allier contre Argonus.

    Ils traversèrent un désert de sable rouge. Une tranchée avait été creusée à quelques mètres, entourée de barbelés, et ils entendaient des tirs et des explosions au loin. Edo ne vit aucun Smaelin ni aucun indice de leur présence ; mais ces bestioles étaient connus pour se cacher sous le sable et se fondre dans leur élément, un des nombreux atouts qui avaient fait d'eux le plus grand peuple guerrier qui soit.

    Les gardes, qui étaient cinq, les encerclaient en rang serré. Ils portaient tous des masques, qui transformaient le CO2 de l'atmosphère en oxygène en rejetant du carbone. Ces masques étaient nécessaires à leur survie mais le reste de leur corps s'était adapté à Mars avec le temps. Quant à Edo et Nicolás, ils étaient tous deux des Neanthros, ces humains tous terrains, qui s'adaptaient rapidement à tous les environnements. Le corps de Nicolás avait acquis ces facultés au cours de ses voyages, mais Edo était né ainsi.

    Entourés par les cinq gardes, Edo et Nicolás traversèrent une ville de maisons rouges marquée par le passage de la guerre. Les vitres étaient brisées, les maisons défoncées. Des explosions avaient laissé des cratères noirs au milieu des rues.
    Les gardes les conduisirent jusqu'au palais de Quartz, qui se découpait, immense, dans le ciel rouge-orangé. Il était immense, fait de tours et de coupoles orange et doré. Il rappelait les riches palais du Moyen-Orient.
    Il traversèrent une multitudes de salles, décorées de mosaïques multicolores, avec d'immenses lustres, des peintures au plafond. Certaines salles étaient enveloppées dans une brume humide, rafraîchissante. Certains lieux étaient de véritables observatoires, avec des lunettes astronomiques, des miroirs de divination qui donnaient sur tout le royaume. Ils traversèrent une grande cuisine où rôtissaient des Hùmann, créatures gigantesques et presque mythiques, qui ne vivaient que dans des régions éloignées de Mars. Enfin, ils parvinrent dans une salle de stratégie militaire.
    La lumière descendait dans toute la salle à partir d'une unique bougie, reflétée par des dizaines de cristaux. Au centre, sur une longue table, se déployait une maquette du royaume de Quartz et de ceux environnants. Des hologrammes représentaient, en temps réel, les mouvements de l'armée du Seigneur Im et des Smaëlins, ligués sous les ordres d'Argonus, qui tentaient de prendre le royaume.

    A leur entrée, les militaires qui se trouvaient dans la pièce sortirent. Les gardes surveillèrent Edo et Nicolás quelques instants, avant de s'écarter à l'arrivée du Seigneur Im.

    C'était un roi jeune, mince, la peau mate, des cheveux bruns et épais. Il portait un uniforme militaire rouge et doré. Il murmura quelques mots à l'oreille d'un garde, avant de se tourner vers Edo.

    - Bonjour, mon jeune ami, lança-t-il en lui serrant la main. Comment allez-vous, depuis la dernière fois ?
    - Bien, répondit Edo en s'inclinant. Je vous présente St Nicolás.
    - Je suis honoré, dit le seigneur en serrant solennellement la main de St Nicolás, de rencontrer enfin le grand Résistant dont on m'a tant parlé.
    - Oui, oui, moi de même, répondit St Nicolás d'un ton cassant. Ne perdons pas de temps en politesses. La raison qui m'amène est, comme vous le savez peut-être, une cause urgente.
    - En effet, dit Im, avec un accent arabe marqué. Asseyez-vous, je vous en prie.

    Il tapa des mains et trois sièges flottant surgirent du sol, autour de la grande maquette. Alors qu'ils s'asseyaient, des serviteurs apportaient du thé et des pâtisseries orientales qu'ils déposèrent sur un coin de la table. Le fumet fit frémir Edo, mais il n'y toucha pas.

    - Edo vous a exposé mon projet, c'est bien ça ? demanda St Nicolás.

    Il avait les mains jointes sous son menton et semblait parfaitement à son aise ; au contraire d'Edo, qui s'était figé sur son siège.

    - Tout à fait. Vous souhaitez reformer la Résistance, reprendre le combat contre Argonus. Et, dans ce combat, je suis volontiers avec vous, car Argonus et son armée de Smaëlins pillent mes richesses et assassinent mon peuple depuis bien trop longtemps. Mais Argonus possède désormais une place importante à la Commission, en plus de son armée qui est sans doute la plus étendue de Solar-Alpha. Il vous a déjà battu, il y a sept ans de cela. Comment être sûr que cette fois-ci, vous avez une chance ?

    St Nicolás claqua la langue, comme s'il s'était préparé à la question.

    - Eh bien tout d'abord, dit-il, je choisis mes Alliés. Nous ne serons pas une armée ouverte comme lors de la Première Guerre de Mars, une bande de bras cassés pêchés au hasard qui n'ont aucune compétence dans la guerre. La seconde ROSA sera une armée restreinte de guerriers dévoués, entraînés, puissants, provenant de tout le système, et capables de faire plier Argonus.

    Edo se crispa en entendant St Nicolás parler ainsi de la première ROSA. Certes, ils n'étaient pas des guerriers puissants, mais tous ces hommes et ces femmes s'étaient battus pour la paix, et ils en avaient payé le prix. C'était encore plus dur pour Edo, car ils avaient été sa famille pendant toutes ces années...

    - Et vous pensez avoir la compétence pour diriger une telle armée ? demanda le Seigneur Im.

    Il y avait de la méfiance dans sa voix.

    - Oui, répondit Nicolás. J'ai été anobli par la reine Naån, rappela-t-il. Quelle preuve vous faut-il de plus ?
    - Alors, vous aurez avec vous les meilleurs guerriers de Solar-Alpha, à condition de parvenir à les trouver et qu'ils acceptent de vous suivre, résuma Im. Quoi d'autre ?
    - Nous allons agir avec la discrétion, et utiliserons bien plus nos esprits que lors de la Première Guerre. Nous infiltrerons les bases d'Argonus et les détruirons de l'intérieur. Nous choisirons la discrétion, et nous serons loin avant d'être repérés...
    - Avec le colosse qui vous sert de vaisseau, remarqua Im, je doute que vous puissiez être discrets outre mesure. Et même avec un autre vaisseau, je doute que vous parveniez à infiltrer les bases d'Argonus. Votre évasion des Mines d'Ysmar a déjà été repérée depuis longtemps et les Traceurs vous recherchent dans tout le système. Sans le brouilleur qui protège mon Royaume, vous seriez déjà pris.
    - Vous vous êtes évadé ? s'exclama Edo, qui ouvrait la parole pour la première fois depuis le début de la conversation.
    - Hier après-midi, heure d'Ysmar, répondit Im. Il avait écopé d'une peine à perpétuité, pourtant, si mes souvenirs sont bons...
    - Je l'ai bien assez payée... grommela St Nicolás. J'ai vu des choses terribles, bien pires que dans le reste de ma vie de Résistant et guerrier. Sept ans sur c'te maudite planète, c'est assez pour vous détruire un Homme ! Alors je suis parti avant d'y laisser totalement mon esprit.
    - Eh bien, vous n'avez pas été tout à fait discret, répliqua Im. On vous a repéré bien assez tôt.
    - Oui, eh bien il n'empêche que je me suis enfui d'Ysmar, rétorqua Nicolás un peu plus fort. Connaissez-vous quelqu'un à qui cela soit déjà arrivé ?

    Im ne répondit pas. Edo prit timidement un biscuit.

    Ysmar était l'une des lunes de Lagos, capitale du système d'Alpha du Centaure. Cette planète à l'atmosphère composée de méthane et de souffre, au climat catastrophique, à la faune agressive, où les virus se développaient cent fois plus vite que sur Terre, était l'un des endroits les plus chaotiques et invivables de Solar-Alpha, en particulier pour un Homme. Depuis l'arrivée d'Argonus à la tête de la Comission, le nombre de condamnés aux Mines d'Ysmar avait doublé.

    Le biscuit d'Edo prit soudain un goût amer. Pour la première fois, il comprenait quel enfer son père de cœur avait enduré. Normal qu'il soit devenu plus bourru, plus dur...

    - Et en quoi puis-je vous aider ? reprit tout à coup le Seigneur Im. Mon armée est petite, et chaque jour plus affaiblie dans la guerre des Smaëlins. Je n'ai pas de richesses à vous offrir, ni même des connaissances à apporter. Alors...
    - Hé bien, il me faut un vaisseau, dit Nicolás. Comme vous le dites, le mien est trop vieux pour passer inaperçu. Il faudrait que je le cache sur votre planète, car il est inconcevable de le détruire. Et je devrais donc récupérer un autre vaisseau, assez rapide pour voyager entre les deux systèmes. Un Space Wind 35, par exple.
    - Je n'en ai que trois, dit Im, et ce sont des 25. L'un est pour le commandant de mon armée, l'autre pour la famille royale, le dernier reste inactif, dans une des caves du palais ; il servira de remplacement si l'un des deux autres est endommagé. Ils sont indispensables au Royaume de Quartz et je ne peux me permettre de vous en préter un.
    Nicolás souffla, rejeta la tête en arrière.
    - Pourtant, il me faut bien un véhicule si je veux dresser la barrière contre Argonus...
    Edo sentit la tension entre les deux hommes vibrer dans l'air. Le Seigneur Im se leva et tapa du poing sur la table.
    - Je vous propose un Air Blind 5800. C'est trop petit pour votre armée, mais assez grand pour quelques hommes. C'est ma dernière offre.
    - Bah voilà ! s'exclama St Nicolás avec un grand sourire. Quand on s'y met !
    - Écoutez moi bien, répliqua Im, je n'ai pas de temps à perdre avec vos gamineries. Mon royaume est en guerre, et je ne m'allierai pas à n'importe qui. On m'a vanté un guerrier légendaire, un Résistant, le seul homme assez pieux pour diriger une armée contre Argonus. Vous n'êtes pas cet homme, ou du moins, vous ne l'êtes plus. Si vous n'acceptez pas, vous ne recevrez aucune aide de ma part.
    - Ce n'est pas moi qui ai besoin de votre aide. Vous avez besoin du soutien de ROSA, pour remporter la guerre contre Argonus.
    - Vous avez tord, dit Im. Mon armée est cent fois plus puissante que celle de ROSA l'était.
    - Votre armée est en déroute.

    Le visage du Seigneur de Quartz se ferma. Sur la maquette, parmi les explosions indénombrables, les soldats rouge et doré du Seigneur Im tombaient par dizaines. Leur zone d'action était restreinte tandis que les Smaëlins progressaient vite. Néanmoins, les soldats d'Im continuaient d'envoyer des rafales sur l'ennemi, parvenant tout juste à les ralentir.

    - Il vous faut des renforts, dit St Nicolás.

    Im acquiesça sans rien dire.

    - Voilà ce que je vous propose, poursuivit le guerrier. Vous nous fournissez cet Air Blind et mettez mon vaisseau en sûreté. En plus de cela, vous nous promettez que votre armée sera un soutien à ROSA en temps voulu. En échange, nous organisons la Résistance à Argonus, et nous trouvons un partenaire capable de fournir le ravitaillement et les munitions nécessaires à votre armée.

    - Où allez-vous trouver cela ? souffla Im, désespéré. Nos caisses sont vides, et tous nos alliés sont tombés.
    - J'ai peut-être une idée, fit Edo.

     


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