• Chapitre 10 : Possession

    Mc Gonnagall raccompagna Ilåna à l'infirmerie. C'était un endroit chaleureux, une pièce rectangulaire remplie de lits aux draps blancs.

    Quand Mme Pomfresh, l'infirmière, vit le bras sanglant d'Ilåna, elle poussa un petit cri.

    - Installez-vous là, dit-elle, lui désignant un des lits.

    Elle courut à l'autre bout de la pièce et revint presque immédiatement, une bouteille à la main.

    - Buvez ça, ordonna-t-elle à Ilåna.

    Ilåna but la potion. Aussitôt, la douleur dans son bras diminua et sa tête cessa de tourner.

    - Que s'est-il passé ? demanda Mme Pomfresh en appliquant quelque chose sur les plaies d'Ilåna.
    -Thorn, répondit Mc Gonnagall, l'air grave. C'était un manticore.

    Mme Pomfresh écarquilla les yeux, l'air terrifiée.

    - Un manticore à Poudlard ?

    Mc Gonnagall hocha la tête.

    - C'est étrange, ajouta-t-elle. D'habitude, les manticores ne s'attaquent pas aux sorciers. (Elle plissa les yeux en regardant Ilåna.) Je me demande ce que Mlle Stayne a de si particulier... Quand sera-t-elle remise ? demanda-t-elle à Mme Pomfresh.

    - Dans deux heures, elle ne sentira plus rien.

    - Très bien. Il faudrait qu'elle ait un entretien avec Dumbledore dès qu'elle ira mieux.

    En fait, Ilåna se sentait déjà très bien, mais elle ne dit rien, profitant de cette occasion pour rater deux heures de cous de potions.

    Mc Gonnagall revint la chercher deux heures plus tard. Elles marchèrent pendant quelques minutes à travers les couloirs du château avant d'arriver devant une immense gargouille qui représentait un aigle ouvrant les ailes.

    - Nids de cafards ! s'exclama Mc Gonnagall sans raison apparente.

    C'était un mot de passe. La gargouille pivota : derrière elle se trouvait un escalier en colimaçon qui tournait lentement sur lui-même. Ilåna et Mc Gonnagall montèrent sur la première marche, et l'escalier les fit monter lentement jusqu'à un palier où se trouvait une grande porte sculptée d'un motif de griffon.

    Mc Gonnagall frappa trois coups à la porte, qui s'ouvrit automatiquement.

    Ilåna avait entendu dire par les autres élèves qu'être convoqué au bureau de Dumbledore était une chose très rare, qui se produisait seulement lorsqu'on avait commis une faute très grave ou, au contraire, lorsqu'on recevait une récompense pour service rendu à l'école. Elle se demanda si elle devait se sentir flattée ou anxieuse.

    - Professeur, dit Mc Gonnagall, c'est Mlle Stayne.

    Le Directeur, qui était assis dans un fauteuil majestueux, hocha la tête.

    - Très bien, dit-il. Minerva, vous pouvez disposer.

    Mc Gonnagall hocha la tête d'un air solennel avant de s'en aller.

    - Ilåna, poursuivit Dumbledore, assieds-toi.

    Ilåna s'assit sur le siège en face de Dumbledore, mal à l'aise. Elle regarda autour d'elle : des instruments bizarres étaient disposés un peu partout ; ils émettaient des petits clics et des sifflements étranges. Des portraits d'anciens directeurs étaient accrochés derrière le fauteuil de Dumbledore. Si deux d'enre eux avaient levé la tête, l'air intrigués, les autres somnolaient tranquillement.

    Le Choixpeau magique était posé sur une étagère. Il sursauta légèrement à la vue d'Ilåna, mais ne dit rien.

    Ilåna voulut demander à Dumbledore pourquoi le Choixpeau avait réagi ainsi lors de la Répartition, comme s'il la connaissait et que quelque chose le dérangeait chez elle. Mais à vrai dire, le directeur l'impressionnait trop pour qu'elle ose le moindre mot.

    - Alors, dit doucement Dumbledore, tu t'es faite attaquer par un manticore ?

    - Il semblerait, marmonna Ilåna.

    Dumbledore avait un ton bienveillant, mais elle se sentait toujours mal à l'aise.
    Le directeur la scruta par-dessus ses lunettes en demi-lune.

    - Sais-tu pourquoi il s'est attaqué à toi en particulier ? demanda-t-il.

    - Non, répondit Ilåna. Il... Il a dit que j'étais une traîtresse, et que la première sorcière n'était pas la bonne. Il a parlé d'une maîtresse qui avait ordonné ma capture...

    - Pas la première sorcière, souffla Dumbledore.

    - Comment ?

    Dumbledore sembla hésiter.

    - Sais-tu ce que signifie ton prénom, Ilåna ?

    Ilåna hocha la tête.

    - Le Choixpeau m'a posé la même question, dit-elle. Ilåna veut dire « Qui ne sera jamais Åna », dans le langage de mes parents. Et Åna est ma sœur. Elle...

    Ilåna s'apprêtait à parler à Dumbledore des visions de sa sœur, de sa conviction qu'Åna était encore en vie, et en danger. Mais elle n'en fit rien.

    - ... Elle a disparu peu avant ma naissance, dit-elle finalement.

    Dumbledore hocha lentement la tête.

    - Nous attendions une autre, dit-il.

    - Åna, dit Ilåna.

    - Oui. Ce que tu dois savoir, c'est qu'à Poudlard, nous sommes informés par magie de chaque naissance de sorcier en Grande-Bretagne, que nous inscrivons d'office ici. C'est plus facile à gérer, en particulier pour les Nés Moldus, dont les parents n'ont aucun moyen de contacter l'école et encore moins de savoir que leur enfant est un sorcier. Mais ta mère ne semblait pas connaître cette pratique, car quelques mois avant la naissance de ta sœur, elle m'a rédigé une longue lettre stipulant la naissance d'une sorcière du nom d'Åna. Nous l'avons inscrite à Poudlard, mais elle n'est jamais venue.

    Ilåna sursauta en entendant parler de sa mère et de sa sœur par un homme qu'elle connaissait à peine. Que savait-il sur elles ?

    - Ta mère ne nous a jamais réécrit, poursuivit Dumbledore, pas même pour nous signaler ta naissance. Mais nos détecteurs de magie nous ont fait savoir qu'une sorcière était née White Horse Road, et c'est pour ça que tu es là.

    L'amertume d'Ilåna revint : Ilåna, celle qui ne serait jamais Åna. Sa mère avait prévenu Poudlard à la naissance de sa sœur, qui n'était même pas une sorcière, mais elle n'avait rien fait à la sienne.

    Elle repensa à la réaction de son père, lorsqu'il avait su qu'elle était une sorcière. « Ana est une sorcière », avait-il dit, tout excité. Ana étant son surnom habituel, Ilåna n'avait pas relevé. Mais aujourd'hui, elle comprenait : Bruce avait projeté Åna, sa première fille, en elle, car il savait depuis toujours que sa fille serait une sorcière. « La première n'était pas la bonne », avait dit le manticore, et Ilåna comprit à cet instant qu'il parlait d'Åna. Elle était la bonne, la sorcière que sa mère avait prédite à la naissance de sa grande sœur.

    Cela n'expliquait pas pourquoi le manticore s'était attaqué à elle, cependant, ni comment sa mère avait pu prédire une telle chose.

    - Professeur ? fit Ilåna.

    - Oui ?

    - Est-ce que ma mère était... Une sorcière ?

    - Non, dit Dumbledore. C'est une femme puissante, mais pour d'autres raisons.

    Il y eut un silence. Ilåna ne comprenait plus rien.

    - Bon, dit Dumbledore en se levant. Je pense que tu as eu ton lot d'émotions pour aujourd'hui...

    - Professeur ? demanda brusquement Ilåna. Qu'est-il arrivé au... professeur Thorn ?

    - Je l'ai pulvérisé, répondit Dumbledore le plus normalement du monde. Ce n'était pas beau à voir, mais les manticores sont insensibles au feu, et il ne valait pas la peine qu'on use un Sortilège Impardonnable contre lui. La seule arme capable de le blesser est le bronze céleste... Mais je me suis débrouillé autrement.

    Ilåna préféra ne pas demander de détails. Elle était soulagée de savoir que le monstre était hors d'état de nuire.

    - Il va falloir renforcer les barrières anti-monstres de Poudlard, déclara Dumbledore. Bonne journée, Ilåna, tu peux y aller.

    Elle sortit du bureau du directeur et remonta à la tour de Gryffondor, où elle fut assaillie de questions.

     

    - C'est vrai que tu étais chez Dumbledore ?

    - Qu'est-ce qu'il te voulait ?

    - C'est à propos de la malédiction du 5e cercle ?

    Tiens, elle l'avait oubliée, celle-là.

    - Que s'est-il passé ? demanda Fiona. Pourquoi tu as loupé le cours de potions ?

    Ilåna fit signe à Fiona et Mylon de se mettre à l'écart, et elle leur raconta tout : Simon Grant, le monstre, l'infirmerie, puis sa visite chez Dumbledore. Cependant, elle n'évoqua pas ce qu'elle avait appris sur sa sœur et sa mère.

    - C'est tout ce qu'il voulait ? s'étonna Mylon. Que tu lui racontes l'histoire du manticore ?

    - Oui.

    Mylon ne semblait pas la croire, mais il ne dit rien.

    - Un manticore, à Poudlard... souffla Fiona. Loués soient les dieux, tu n'as rien !

    - Et alors ? reprit Mylon. Dumbledore t'a-t-il expliqué ce que ce monstre faisait à Poudlard ?
    Ilåna secoua la tête.

    - Non... Il m'a seulement dit qu'il renforcerait les barrières anti-monstres.

    - Il ferait bien, dit Fiona. Je ne savais même pas que les manticores existaient, mais j'en ai entendu parler. Ces maudits scorpio-lions...

    -Attends, tu as dit scorpio-lions ? coupa Ilåna.

    - Oui, pourquoi ?

    - Non, rien.

    Ilåna n'avait vu qu'un homme-scorpion. Peut-être n'avait-il pas pris sa forme véritable. Heureusement, car sinon, la ruse du 5e cercle n'aurait pas marché.
    Ce qui amena Ilåna à repenser à ces grands anneaux de bronze.

    - Les gars, dit-elle. Demain, il faut qu'on aille prévenir Mme Bibine.

     

    Le lendemain, après le cours de sortilèges, Ilåna, Fiona et Mylon se rendirent en salle des professeurs.

    Un petit homme chauve entrouvrit la porte, sans les laisser entrer.

    - Vous désirez ? demanda-t-il.

    - Mme Bibine, dit Ilåna.

    Elle sortit dans le couloir quelques instants plus tard, l'air exaspérée. Ses yeux brillants lançaient des éclairs.

    - Je donne mon cours dans vingt minutes, annonça-t-elle d'entrée de jeu. Qu'y-a-t-il ?

    - C'est le 5e cercle de l'exercice d'hier, expliqua Ilåna. Il porte un maléfice.

     

    Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent sur la pelouse où le manticore avait attaqué Ilåna.
    Mme Bibine regarda le cercle d'un air soupçonneux.

    - C'est un anneau comme les autres, dit-elle. Situé sur un trou d'air, oui, ce qui le rend plus difficile à traverser...

    - Essayez vous-même, coupa Ilåna.

    Fiona et Mylon écarquillèrent les yeux. Bien sûr, Mme Bibine était très douée en vol, et la loi tacite de la légende disait que la malédiction ne la frappe pas. Mais Ilåna voulait tenter le coup, car c'était le seul moyen qu'ils avaient de convaincre Mme Bibine. De plus, elle était certaine que le maléfice frapperait leur professeur également.

    - Très bien, dit Mme Bibine, qui tendit le bras.

    Aussitôt, un magnifique balai aux branches bien lisses surgit de nulle part et sauta dans sa main. Mme Bibine enfourcha le balai, s'éleva et commença le parcours comme un de ses élèves, sauf qu'elle le fit à une vitesse vertigineuse, sans aucune difficulté. Au cinquième cercle, elle fut pourtant propulsée au sol avec la force d'une explosion.

    - Je vois ce que vous vouliez dire, grommela Mme Bibine en se levant.

    Elle sortit sa baguette, la pointa sur le cercle et dit : Finite Incantatem !

    Il ne se passa rien de visible, mais Ilåna sentit le maléfice se dissoudre.

    - Il faudrait que quelqu'un aille là-haut pour vérifier que ça a marché, dit Mylon.

    - Moi ! s'exclama Fiona.

    Mme Bibine fit venir un balai d'entraînement et Fiona s'éleva dans les airs.

    Elle paraissait surexcitée. Elle passa les quatre premiers cercles et, bien qu'avec difficulté, le cinquième. Puis elle redescendit au sol.

    - Bien, dit Mme Bibine.

    - C'est super ! s'exclama Ilåna.

    - Voilà qui sera mieux pour la prochaine fois, déclara Mme Bibine. Maintenant, si vous voulez m'excuser, j'ai un cours à donner.

    Le problème du 5e cercle résolu, Ilåna, Fiona et Mylon se rendirent en cours de métamorphoses. Ilana marchait un peu derrière, pensive. Elle était fière d'avoir résolu la malédiction, mais plusieurs choses la gênaient toujours. Tout d'abord, la question du pourquoi, pourquoi la malédiction les avaient épargnés, elle, Bastian Corolle et quelques autres. Et puis, elle pensait toujours au manticore, elle se demandait comment elle s'en serait sortie sans ce cercle – elle aurait sûrement trouvé autre chose, oui, certainement – et enfin, ce que Dumbledore lui avait dit au sujet d'elle et de sa sœur la troublait.

    Perdue dans ses pensées, elle percuta quelqu'un. Sous le coup du choc, ses parchemins et ses livres tombèrent par terre. Les affaires du garçon tombèrent aussi, et un flacon d'encre se vida.

    Le garçon s'agenouilla, sortit sa baguette et commença à nettoyer les tâches d'encre. Il était grand, brun et portait une cravate de Serdaigle : il fallut quelques instants à Ilåna pour reconnaître Simon Grant.

    - Tout va bien ? demanda celui-ci en levant les yeux sur elle.

    Ilåna sentit la température de son corps grimper tout à coup.

    - Ça... ça va, dit-elle.

    - Tu t'appelles comment ? demanda Simon.

    - Stayne, bredouilla Ilåna. Il- Ilåna Stayne.

    - Enchanté, Ilåna, fit Simon en souriant.

    Il avait un sourire sûr et beau, comme celui d'Alby Trainor, et un peu déstabilisant.

    - Et- Et toi ? dit Ilåna. Tu es Simon Grant, c'est ça ?

    Simon rit.

    - Oui. Comment tu le sais ?

    - C'est, heu, une amie qui me l'a dit...

    Ilåna se maudit intérieurement. Qu'est-ce qu'elle faisait ? Elle allait arriver en retard à son cours.
    Simon l'aida à ramasser ses affaires.

    - Tu as cours de quoi ? demanda-t-il.

    - Métamorphoses, dit Ilåna.

    - Bonne chance, alors, dit Simon en riant. Cette vielle Mc Gonnagal n'a pas fini de nous faire copier des rouleaux de parchemins !

    Ilåna rit timidement.

    - Bon, fit Simon, c'est pas tout ça, mais il faut que j'y aille. (Il scruta Ilåna de ses grands yeux bleus.) Bye !

    - Salut, dit Ilåna.

    Et Simon s'en alla.

    Ilåna courut rejoindre Fiona et Mylon, qui l'attendaient plus loin.

    - Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Mylon.

    - C'était Simon Grant, dit Fiona, toute excitée. Alors ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

    - Heu, pas grand-chose, répondit confusément Ilåna.

    - Il avait l'air de te plaire, dit Mylon.

    - Pas du tout !

    - Rêve pas, il est en quatrième année, poursuivit-il.

    Il souriait. Ilåna aimait bien quand il souriait, il était trop sérieux, d'habitude.

    - Mais on va arriver en retard. Allez, venez.

    Sur ce, Mylon partit en courant. Ilåna pressa le pas pour le rejoindre, mais Fiona la retint.

    - Reste, dit-elle. Qu'est-ce qu'on en a à faire, de ce cours de métamorphoses ? On n'a qu'à sécher.

    Mylon bifurqua dans le couloir d'à-côté, sans s'apercevoir qu'elles ne le suivaient pas. Ilåna scruta Fiona. Elle, rater un cours ? Elle n'était pas la championne de l'assiduité, ni première de classe, mais elle était honnête. Jamais elle n'aurait l'idée de rater un cours.

    - Arrête, c'est pas drôle, dit Ilåna. Viens, on perd du temps.

    - Je suis très sérieuse, Ilåna.

    Ses yeux étaient devenus vitreux, son ton était étrangement monotone.

    - Fiona... murmura Ilåna. Qu'est-ce qui t'arrive ?

    - Tu n'as pas encore compris ? Je ne suis pas Fiona.

     

    Le cerveau d' Ilåna carburait à toute allure. Si ce n'était pas vraiment Fiona, alors que lui était-il arrivé ?

    - Où est Fiona ? demanda-t-elle. Que lui avez-vous fait ?

    - Ton amie va bien, dit Fiona d'une voix qui n'était pas la sienne, une voix caverneuse, mais féminine. J'ai seulement... emprunté son corps quelques instants. Ce n'est pas dans mes habitudes, mais cet endroit est saturé de magie blanche. C'était mon seul moyen d'entrée sans être aussitôt repérée.

    Ilåna avait déjà entendu cette voix. Dans un rêve. C'était cette même voix qui lui disait : « Ma toile est prête, elle n'attend plus que toi. »

    - J'aime beaucoup les sorciers, poursuivit Fiona. Oh, bien sûr, eux ne m'ont jamais aimée. Mais une magie si grande, si puissante qu'elle défie même celle des dieux... Il y a de quoi en être admiratif.

    Elle avait un regard dément. Ilåna paniqua.

    - Qui êtes-vous ? demanda-t-elle. Qu'est-ce que vous me voulez ?

    - Qui je suis n'a aucune importance, dit Fiona en écartant la question d'un revers de main. Je sais ce qui est arrivé à ta sœur. Mais si tu veux la retrouver, il va falloir coopérer.


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