• Chapitre 1 - Familles

    La route devenait de plus en plus sinueuse à mesure que la voiture s’enfonçait dans la compagne. Sous une épaisse couche de pluie, elle se heurtait sans cesse à des butes ou des racines. Cela faisait cinq heures qu’elle roulait. La dernière grande ville qu’ils avaient croisée était Bristol et depuis, aucune autre auto ne croisait leur chemin. Mélanie allait devenir folle.

     « De la pluie ! S’il y a quelque chose que j’ai compris, c’est que les légendes sur l’Angleterre sont fondées ! »

     Lizon était d’accord. Elle n’avait qu’une hâte, c’était de sortir en vitesse de cette voiture et de courir dans leur nouveau jardin en défiant Peter à la course.

     Peter, c’était son frère de six ans. Il acceptait de faire tout ce que Lizon voulait car elle le terrifiait. Même si elle devait souvent le menacer de mort, ils finissaient pas jouer ensemble et s’amusaient plutôt bien. 

     Dans leur village du Nord de la France, Lizon et Peter fréquentaient une école que leur père qualifiait de « minable ». Pourtant Lizon aimait bien venir en cours, apprendre le français qu’elle avait toujours eu un peu de mal à pratiquer, parce que c’était l’anglais qu’on parlait à la maison ; inventer des jeux de torture avec ses amis, ameuter l’école autour de sa corde à sauter (dernier cri), préparer des sketches en anglais… Lizon adorait jouer la comédie. Plus tard, elle voudrait prendre l’avion pour Hollywood et devenir une grande actrice internationale.

     Pour l’instant, elle déménageait dans la campagne anglaise où sa mère avait reçu un poste de présentatrice météo. Elle n’aurait pas beaucoup de difficultés, songea Lizon en examinant le paysage.

     Mélanie tourna le bouton de radio. La voix grave du Président Truman monta dans la voiture.

     « Mon Dieu, murmura-t-elle au bout de quelques phrases. Mon Dieu.

     Mélanie avait grandi à Moscou, mais elle appartenait à l’Etat français depuis des années. Le père de Lizon, son patron, refusait qu’elle se prononce sur la politique. Il était lui-même directeur d’un sous-parti, capitaliste, d'après ce que Lizon avait compris, alors que Mélanie était une simple gouvernante, sans idées politiques, sans famille. Ils se disputaient souvent à cause de cela.

     - Il ne le fera pas, dit Mélanie. Certainement pas.

     - Qu’est-ce qui se passe ? demanda Lizon sans vraiment y penser.

     Mélanie poussa un soupir. Elle baissa le son de la radio. 

     - Qu’est-ce qui se passe ? répéta Lizon.

     - Il… Il veut attaquer mon pays. »

     

     ***

     Mr Fruggus fut réveillé par des coups frappés à la porte.

     « John ? 

     Oh, non, pensa Mr Fruggus. Il plongea son regard dans la pluie qui martelait aux fenêtres.

     - John ? répéta la voix féminine. Tu ne vas pas me faire croire que tu dors…

     - Va-t’en ! cria Mr Fruggus.

     Ignorant son ordre, Jenny ouvrit la porte en grand.

     - Je te dérange ? demanda-t-elle avec un grand sourire.

     Il ne répondit pas. Jenny était la femme la plus lourde qu’il ait jamais rencontrée. Elle avait des jambes immenses, un petit visage rond, des cheveux bruns coiffés au carré et des vêtements sages. Elle se maquillait beaucoup et parlait sans cesse. En une semaine seulement, l’année précédente, elle avait réussi à se mettre à dos tous les professeurs de l’école. Mr Fruggus regrettait de l’avoir engagée mais, pour une raison qui échappait à tous, il n’avait jamais osé la renvoyer.

     - Qu’est-ce que tu me veux ? soupira-t-il.

     Jenny s’assit sur la chaise face à lui.

     - J’ai trouvé la solution à tes problèmes, dit-elle.

     - Et qu’est-ce que c’est ? Des vacances en Irlande ?

     - Mieux, John, répliqua Jenny. J’ai un plan.

     - Vas droit au but, ordonna Mr Fruggus, avec une envie très forte de se rendormir.

     Le sourire de Jenny s’élargit. Elle lui exposa son plan.

     Au bout de quelques minutes, elle avait parfaitement réveillé le directeur. Elle portait sous le bras une pochette rose, qu’elle ouvrit sur une série de photos. La première représentait une jeune fille rousse.

     - De un », dit Jenny.

     

    ***

    « On voit Londres, d’ici, lança Federico en se penchant à la fenêtre de sa nouvelle maison.

     - Ne dis pas de bêtises, souffla sa mère.

     - Où ça ? Où ça ?

     Les deux sœurs de Federico,  Maria et Francesca, accoururent, toutes excitées. Federico sourit et les hissa à la hauteur de la fenêtre.

     - Vous voyez la grande horloge, là-bas ? Je suis prêt à parier que c’est le Big Ben.

     - Waa… soufflèrent les deux filles. 

     - Qu’est-ce que tu racontes ? interrompit leur mère en se glissant entre eux. C’est l’horloge du village.

     - Oh, firent Maria et Francesca, déçues.

     Federico les reposa et elles détalèrent en se poursuivant.

     - Pourquoi tu les laisses pas rêver un peu ? demanda-t-il à sa mère.

     Elle le regarda dans les yeux, l’air triste.

     - Parce qu’on est en Angleterre, répondit-elle simplement. C’est ici que notre nouvelle vie commence. C’est ici que je veux vous voir grandir. »

     

    ***

     « Ce n’est pas grandir dans le sens habiter, précisa Jenny. C’est grandir dans le sens de l’espoir. Elle veut voir ses enfants changer

     Elle tira de sa pochette la photo d’un garçon de quatorze ans, peut-être, aux épais cheveux noirs et aux yeux d’un bleu pénétrant.

     - De deux », souffla-t-elle.

     

    ***

    « La rentrée va être un grand événement ! s’exclama la troisième jeune fille, du même âge que le jeune italien, aux cheveux blonds coupés au carré. Il faut que je te trouve des vêtements.

     - Tu es sûre ? fit sa sœur, qui avait les mêmes cheveux blonds, et semblait peu motivée.

     - Of course. Enfin, c’est la sixième ! Tu vas découvrir un nouveau monde. » Elle saisit une robe dans son armoire recouverte de posters et la lui tendit : « Tiens. Celle-ci est parfaite.

     Sa sœur eut une grimace de dégoût.

     - Ohhh, fais pas ta rabat-joie, Mylou, reprit la jeune fille, souriante. Tu veux quand même pas arriver à l’école avec cette tenue ?

     - Ma tenue ? » Mylou se leva d’un bond. « Tu te moques de ma tenue ?

     - La tenue, c’est la base de l’être humain, répliqua posément sa sœur. C'est ce qui fait de nous des êtres, et non des animaux.

     Mylou leva un bras. Elle semblait à deux doigts de la frapper, mais sa sœur n’était absolument pas effrayée.

     - Mylou ? Emma ? fit alors une voix féminine. A table ! »

     

    ***

    « Quatre », continua Jenny.

     

    ***

    « Cyrus ?

     La jeune fille était plongée dans un livre. L’économie populaire, ça s’appelait.

     - Cyrus ? répéta l’homme aux lunettes rondes qui était son père. Tu veux bien arrêter de lire cette… Chose ?

     Cyrus leva les yeux de son livre. Elle avait un regard si sûr… Seul son père osait la contrarier, et encore.

     - C’est intéressant, pourtant, répondit Cyrus. Par contre… (Elle jeta sur son siège un guide de voyage acheté à l’aéroport.) La compagne où tu m’emmènes est tellement banale que même ces veux guides n’en parlent pas.

     - Bon, tu veux quoi au juste ? s’emporta son père. Retourner en Californie ?

     - J’ai même pas compris pourquoi on bougeait, souffla Cyrus.

     - Oh, je sais pas, peut-être… Parce qu’on s’est fait expulser ? Ton grand frère, c’est à lui qu’il faut poser la question !

     - Mon grand frère ? (Cyrus haussa un sourcil.) Je ne l’ai jamais vu, je te rappelle.

     L’homme aux lunettes rondes sembla contrarié.

     - Atterrissage imminent, fit soudain une voix. Veuillez attacher vos ceintures. »

    La voix s'élança dans un monologue multilingue.

     Cyrus et son père s’exécutèrent, et aucun ne prononça plus un mot.

     

    ***

    « Cinq. »

    Une fille de seize ans, au visage bien dessiné. Jenny mettait beaucoup d’espoir en celle-ci.

    « Elle vient des Etats-Unis, expliqua-t-elle. Elle connaît le monde.

     - Est-ce que ce ne sera pas plus difficile, alors ? fit Fruggus.

     - Nous verrons… »

     

     ***

    « Je suis le roi du monde !

     Les nuages s’amoncelaient à l’horizon. Depuis la plage, on voyait clairement que la côte opposée était ravagée par un orage.

     - Dis ? Tu crois qu’on ira faire un tour ?

     Valerio avait grimpé sur les rochers. Son père, qui était resté en bas, ne lui répondit pas.

     Valerio et son père avaient beaucoup voyagé, depuis sa naissance. Il était né à Cuba, mais avait grandi au Brésil. Quand il eut dix ans, sa mère et son père se séparèrent et Enora - c’est le nom de sa mère - partit vivre en RDA. Ils déménagèrent également, au Portugal, pour en être « proche, mais pas trop » Ainsi Valerio put revoir sa mère, mais la crise économique faisant sombrer petit à petit le Portugal, le père de Valerio, qui était libéral, décida de déménager à trente km de Bristol.

     Ici, donc.

     Valerio n’avait pas vu la mer depuis des années. Ca remontait à des vacances qu’ils avaient passées, avec Enora, à São Paulo. Ils avaient joué ensemble, s’étaient baignées dans l’eau turquoise ; puis reposés sur la plage bondée de monde, noire, chaude. On lui avait acheté une glace. C’était l’une des meilleures journées qu’il avait passées jusqu’ici…

     Valerio regarda son père, qui ne disait toujours rien. Il semblait perdu dans ses pensées.

     Il s’approcha.

     - Dis, papa ?

    Aucune réponse.

     - Papa ?

     Son père grogna.

    - Oui ?

     - Tu penses que… Ce sera différent ? Ici ? Est-ce qu’on reverra maman ? » demanda Valerio.

    Aucune réponse.

     

    ***

    « Il a douze ans, dit Jenny. Il est bien frais. A sauté la cinquième.

     - Poursuivez. »

     

    ***

     « Ils se marièrent et vécurent heureux, pour toujours, dans le pays de la jeunesse et de la beauté éternelle. Fin de l’histoire.

     - Une autre ! fit Hugo.

     - J’aime pas la fin, dit Eléonore.

     La femme sourit. Elle avait de beaux cheveux bouclés, blond vénitien, noués en une natte élégante.

     Hugo et Eléonore, ses deux enfants, auraient bientôt huit ans. Elle se disait qu’ils étaient trop âgés pour les histoires, qu’ils avaient l’âge de comprendre le monde. Mais ils en demandaient encore, alors elle leur en racontait, c’était un pur bonheur pour elle. Peut-être qu'elle avait peur de les perdre, que cette naïveté la réconfortait, au fond.

     - Il est tard, murmura-t-elle. Je vous en raconterai une autre demain.

     - Demain, c’est la rentrée, rappela Eléonore d’une voix ensommeillée. Tu crois que notre école sera bien ?

     - Bien sûr qu’elle sera bien », dit la femme avec un sourire.

     

    ***

    « Huit », poursuivit Jenny.

     

    ***

     Ce soir, Théo sortait avec des amis. Un nouveau cinéma venait d’ouvrir en centre-ville et ils avaient, d’un commun accord, décidé d’y passer. Ils traversèrent d’un bloc le passage piéton de la rue Cliff. Cinq garçons dans l’air de leur temps, vestes en cuir, cheveux rebelles,  yeux sûrs. Trois d’entre eux vivaient en Angleterre depuis toujours, quant à Maël et Théo, ils venaient de déménager. Cependant, ils parlaient très bien l’anglais et s’étaient si vite intégrés que leurs origines disparaissaient déjà. Ce monde leur offrait tant de perspectives… Théo regrettait seulement de ne pas être plus près de Londres. Ils avaient la mer à deux pas et pouvaient se rendre à Bristol en voiture. La mère de Théo voulait qu’il puisse fréquenter une grande école. Sa mère… Théo frémit. Sa mère, il n’en pouvait plus, vraiment plus. Il n’en pouvait plus de son air supérieur, de son sourire forcé, de ses exigences, de son narcissisme…

     « Cinq places pour Parabole », demanda Maël, tirant Théo de sa rêverie.

     Parabole. Le dernier film d’action, qui faisait fureur en ce moment. Théo avait payé avec ses économies. Sa mère aurait certainement refusé qu’il le voie, c’est pour cela qu’il ne lui avait pas demandé la permission.  Elle le croyait chez Kevin qui l’avait invité à dormir. La mère de Théo connaissait bien celle de Kevin, elle lui faisait confiance. Elle risquait d’appeler dans la soirée ; c’est pourquoi Théo avait prévu de s’inviter chez Kevin après le film… Son cœur se mit à battre très vite. Les autres n’avaient pas eu à mentir pour se retrouver dans la salle noire, mais il ne pouvait pas refuser. Sa mère n’aurait jamais accepté, il le savait. Il devait trouver un moyen de demander à Kévin, peut-être pendant le film, s’il acceptait de l’héberger.

     Ils s’avancèrent dans la pièce, s’assirent. Le cerveau de Théo bouillonnait. Comment glisser l’information... ? Il préparait son texte, les réactions de Kévin. Pourquoi refuserait-il de l'acceuillir ? Après tout, ils se connaissaient à peine mais étaient déjà très proches. Mais si il disait non ? Que dirait sa mère... ?

     Et puis non. Il avait droit à un peu de repos. Sa mère crierait plus tard, tant pis. Il avait une heure, au moins, pour trouver une solution.

     

    ***

     « Il me plait, celui-là ! s’exclama Fruggus. Quoique… Il a peut-être trop de remords.

     - Ca va changer », fit Jenny, le sourire aux lèvres.

     Ils rirent. Changer.

     

    ***

     La pluie avait cessé de tomber sur la campagne anglaise. Quand Elsa sortit, le ciel gris sombre s’était éclaircit ; les nuages viraient au rose doré. Les roues de son fauteuil grinçaient sur les dalles trempées. Ce n’était pas définitif. Plus que deux mois, deux mois particulièrement longs, et elle pourrait à nouveau sentir l’herbe sous ses pieds. Elle n’aurait plus besoin qu’on l’aide pour enfiler ses vêtements, plus la dernière place en bout de table, près de la porte, trop loin de sa sœur et son frère, plus la chambre miteuse qu’on lui avait cédée au rez-de-chaussée. Elle pourrait enfin refaire du sport, se balader en forêt sans subir chaque bosse sur le terrain, profiter de la mer, danser dans le sable, se jeter à l’eau. Elle serait enfin libre… Elle serait enfin elle-même.

     « Elsa ! Regarde !

     L’interpelée leva la tête. Une mésange s’était posée dans leur nid à oiseaux. Pas n’importe quelle mésange : leur mésange.

     Elsa sourit.

     - Killia ! Ca fait si longtemps !

     Elsa leva le bras, mais elle n’atteignait pas le nid. Sa sœur Gerda, par contre, se dressa sur la pointe des pieds et cueillit l’oiseau dans ses mains. Elle le lui tendit.

     - Killia…

     Un petit oiseau frêle, aux ailes d’un bleu intense et au poitrail jaune pâle, grimpa sans hésiter au creux de la main d’Elsa. Elle sourit. Cet oiseau, elles l’avaient recueilli l’hiver dernier, il s’était blotti tant bien que mal dans la mangeoire à oiseaux. Elles l’avaient gardé longtemps, lui avaient même donné un nom… Puis l’avaient relâché. Elles croyaient qu’il ne reviendrait jamais.

     

    ***

     « Je prends Elsa, glissa Jenny. Je crois que son accident va l’embêter plus longtemps que prévu… »

     

    ***

     - Elsa ! Gerda ! s’écria une voix sortie de nulle part.

     - Repas, présuma Elsa.

     Un petit garçon s’avança vers elles, essoufflé.

     - Maman a dit que… C’est l’heure du repas…

     - Bingo, fit Elsa.

     Gerda sourit.

     - Hans, viens voir !

     Il la regarda sans comprendre. Quand il vit l’oiseau, ses yeux s’illuminèrent.

     - Killia !!

     Il courut vers elles, percutant le fauteuil d’Elsa au passage, qui vacilla. Il se jeta sur Gerda, qui ne put le repousser. Elle tomba à la renverse sur sa sœur, qui hurla.

     - haaa !!

     - Oh, pardon… fit Gerda.

     Elle voulut l’aider à repartir, mais le fauteur glissa sur la boue et tomba à la renverse.

     - Haaaa !!!

     - Elsa ! »

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Février 2015 à 13:05

    Coucou,

    J'ai bien aimé ce premier chapitre. 

    Les personnages ont l'air bien intéressants. : ) 

    2
    Dimanche 8 Février 2015 à 20:02

    Merci :D

    3
    Lundi 9 Février 2015 à 11:19

    De rien : ) 

    4
    Mercredi 18 Février 2015 à 17:45

    Ooooh mon Dieu !!!!

    Mais...Mais ce premier chapitre me plait vraiment beaucoup !! Si j'avais le temps, je lirais le deuxième...Or, je ne l'ai pas. En tout cas, j'ai vraiment adoré !! Merci de m'avoir fait lire ceci ;)

    5
    Mercredi 18 Février 2015 à 19:22

    Euh... De rien dans ce cas ^^ J'espère que la suite te plaira tout autant :D

    6
    Mercredi 18 Février 2015 à 19:31

    :'3

    J'ai oublié de préciser que j'aimais beaucoup la déco de ton blog...!

    7
    Jeudi 19 Février 2015 à 10:43

    Merci :3 C'est ma sœur qui l'a fait si ça t'intéresse, elle a un blog de commande de thèmes (elle fait tous mes thèmes)

    8
    Jeudi 19 Février 2015 à 10:45

    C'est (par contre la déco de ce blog est mal faite... Il faut qu'elle le remette à jour) ;)

    9
    Jeudi 26 Février 2015 à 13:57

    C'est amusant, une personne sachant si bien faire des déco, qui n'a pourtant pas un blog bien décoré x') (je vais voir ça de mes propres yeux de suite~)

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