• Chapitre 1

    17 Mai
    Ca y est. C'est fini.
    Voldemort est vaincu...

    18 Mai
    Ca y est, c'est fini. Voldemort est vaincu.
    Je ne peux pas y croire. L'école est détruite. Les corps, inertes, couvrent les ruines du château. Des elfes, des géants, des sorciers, qui se sont battus pour la liberté.
    Les deux derniers jours sont passés comme une flèche ; personne ne dormait, ni ne mangeait, même si on tombe tous de fatigue. Il faut soigner les blessés, enterrer les cadavres. De Voldemort, il ne reste qu'un tas de cendres blanches, ramassées hier soir par Argus Rusard. A croire qu'il n'a jamais existé. Je suis bien placé pour le savoir, pourtant. Qu'il a existé. Qu'il est mort, enfin, une bonne fois pour toutes...
    Les première, seconde et troisième année sont rentrés chez eux par le Poudlard Express ; à vrai dire peu d'entre eux ont participé aux combats. Quant aux quatrième, cinquième et sixième année, ils repartent au compte-gouttes. Ron s'en va demain : une voiture du Ministère viendra récupérer ce qui reste des Weasley pour qu'ils pleurent dignement la mort de leurs frères. Fred et Percy seront enterrés au Terrier, au milieu du champ labouré par les gnomes.
    Et maintenant ?

    20 Mai (vers deux heures du matin)
    Dans le parc du château, des boules de feu flottent encore au cœur de la nuit. Hagrid est enfin de retour chez lui, après s'être assuré que les géants sont en sécurité dans les montagnes et n'ont pas fait de dégâts en chemin.
    C'est fou ce que le temps passe vite. Poudlard est reconstruit petit à petit, avec tous les efforts magiques dont les professeurs, parents et élèves volontaires sont capables. J'ai aidé à reconstruire la Grande Porte, une partie du couloir du Troisième Etage et même la cuisine des elfes de maison ; mais on a veillé à laisser quelques parties intactes, comme le dôme brisé de la tour d'Astronomie ou le pont aérien. Il ne faut pas oublier ce qui s'est passé ici.
    A vrai dire, parents, élèves, sorciers, on a perdu trop de monde pour oublier quoi que ce soit...
    Je suis fatigué. En fait, mon bras n'est pas guéri, et j'ai le corps tout engourdi, c'est à peine si je tiens sur mes jambes. J'ai faim. Mais Madame Pomfresh est d'accord avec moi : certains malades passeront avant.
    Alors j'aide comme je peux. Mc Gonnagall dit que ça va comme ça, que je peux rentrer chez moi, qu'on ne va pas en demander tant au garçon-nouvel-adulte-qui-a-vaincu-Voldemort-par-trois-fois. Ce n'est pas un argument convaincant, et puis je ne suis pas seul dans cette bataille, quoiqu'on puisse en dire. Déjà, de nombreux journalistes sont venus fourrer leur nez dans leurs affaires, et les gros titres ont légèrement changé... Neville, Hermione, Mc Gonnagal, Molly Weasley, on est tous assaillis en permanence. On nous félicite, on nous glorifie...
    Doit-on être glorifié pour avoir tué des dizaines de gens ?

    21 Mai
    Le soleil s'est levé. Lumière pâle, orangée, illuminant le lac nimbé de brume. Souvenirs, aussi. Neville a fini par rentrer chez lui. On a beaucoup discuté, l'année prochaine il entame des études supérieures de Magie Noire, pour devenir Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Il ne laisse pas tomber sa passion pour la botanique, il envisage même un cours mélangeant les deux matières - j'espère pour lui qu'il sait que ça n'a aucun avenir...
    Il a tellement changé, c'est fou ; même physiquement. Son visage s'est endurci, sa voix est plus sûre d'elle, plus posée. Enfin, il reste Neville, et il vient de grimper dans le train pour revenir chez sa grand-mère. Luna est partie, elle aussi, par le même train.
    Les Weasley sont toujours chez eux, seule Molly passe quelquefois pour aider Madame Pomfresh. Elle raconte qu'ils vont bien, qu'ils sont secoués, mais qu'il vont bien. Ça ne me suffit pas. Ginny me manque, je veux plonger mes yeux dans les siens, ma main dans ses cheveux, l'embrasser. Elle est si belle, si courageuse, si forte. J'ai besoin d'elle. Je veux qu'elle me soutienne, qu'elle me rassure avec ses chansons d'enfant. Passer enfin une nuit entière, sans cauchemars, une nuit douce comme du coton...
    Une nuit sans ombres. Sans cadavres, sans torturés. Sans cris de rage et de douleur.
    Ron me manque, lui aussi. Il ne m'a pas accordé une lettre, pas même une Beuglante ! Je sais qu'il m'en veut de ne pas avoir vendu la Baguette, qu'on aurait pu devenir riches et régler les problèmes de sa famille, mais... Non. Je ne veux pas d'un nouveau Seigneur des Ténèbres.
    Hermione me manque elle aussi. C'est à peine si je la vois de temps en temps, à l'infirmerie ou dans la Grande Salle flambant neuve. Je l'ai croisée dans la forêt, aussi ; deux fois. Je crois que ça... Lui passe les nerfs. A moi aussi, j'y vais souvent. Cette forêt sombre, humide, pourrait être le théâtre de mes cauchemars, mais au contraire, elle me plait beaucoup.
    Le reste du temps, Hermione le passe à la bibliothèque. Elle travaille sans relâche, mais ne veut pas me dire ce qu'elle cherche. Lorsque je lui pose la question, elle dérive la conversation, me parle de politique, ou de la dernière blague de Seamus ; mais deviner le but de ses recherches est aisé.
    Elle est orpheline, depuis qu'elle a lancé cet Oubliettes à ses parents. Sans passé et... Sans avenir. Elle recherche un remède, une solution, elle n'abandonnera pas tant qu'elle n'en a pas. Mais par Merlin, si un remède existait, je crois qu'on le saurait depuis longtemps...

    21 Mai (soir)
    Un officier du Ministère est venu me voir ce matin. Il m'a donné la nouvelle adresse des Dursley, leurs coordonnées si je veux les joindre. Il m'a aussi rappelé que, d'après le testament de Sirius, la maison du Square Grimmow me revenait. Ça paraît logique ; je ne vais pas rester à Poudlard toute ma vie, d'autant plus que l'école est presque remise sur pied. Mc Gonnagall a fait la liste d'élèves qui seront parfaitement guéris dans deux semaines et qui rentreront à Kings Cross en Poudlard Express. Hermione en est. Elle va rejoindre l'habitation d'une tante, qu'elle n'a pas vue depuis des années, qui n'est même pas au courant que la Magie existe, et encore moins du sort de ses parents. Pauvre Hermione... J'aimerais tant l'aider, mais elle n'accepterait pas. Je la connais.

    1er Juin
    Pour Harry Potter et Hermione Granger
    Ma main tremble en écrivant ceci. Ici, tout est silencieux, trop silencieux. Bill et Charlie sont repartis chacun de son côté, et papa a recommencé à travailler, il part tôt le matin et rentre tard le soir. Georges est remonté au grenier, il passe tout son temps dans sa chambre depuis qu'on est rentrés. Il veut reprendre l'affaire Farces pour sorciers facétieux, mais comme une partie du magasin a flambé, il doit refaire la moitié des stocks à lui tout seul. J'imagine que ça prend du temps... Quant à Ginny, elle redouble sa sixième année, comme Luna, Cho et beaucoup d'autres qui ont combattu avec nous.
    Maman me parle tout le temps d'orientation. Je lui ai dit que je voulais devenir Auror, et je crois que depuis la Grande Bataille de Poudlard elle m'estime un peu plus, mais ça ne l'empêche pas de me mettre la pression avec son histoire de Buse insuffisants, et de cours de rattrapage.
    Oh, la Bataille de Poudlard, bon sang... des sorts prononcés à mi-voix par un Mangemort sadique, des explosions en tous sens, des barrières inutiles, un casse-tête de stratégie, de telle sorte que nombre d'innocents sont morts... Sang et cadavres. Je n'arrive pas à m'ôter ces images de la tête, elles tournent en boucle ; je me revois courir parmi les décombres en pleurant un Harry mort qui ne l'était pas. Lupin et Tonks, figés dans un dernier geste d'amour. Percy. Fred. Le dernier Horcruxe, notre course effrénée, les dix mille camps, la biche argentée... Je suffoque. J'ai besoin d'un peu d'air. D'une page blanche, pour m'éclaircir les idées.
    Les Canons ont un match samedi contre les Lutins de Bretagne. Ça vous intéresserait de venir le voir, avec moi ? Ginny, Georges et mes parents ni viennent pas, par contre, j'ai invité Luna et Neville, et ils viennent. S'il vous plait, acceptez ! Je ne les supporterai pas tout seul !
    Alors à samedi,
    Ron.
    PS : A Hermione : Je t'aime, tâche de ne pas l'oublier.
    En lisant la lettre, un fin sourire se dessina, lentement, sur les lèvres d'Hermione. Quand elle parvint aux dernières lignes, elle éclata de rire. Un rire clair, heureux, que je n'avais pas entendu depuis longtemps. Ses yeux brillaient. Je comprends pourquoi Ron l'aime - il n'aurait pas pu trouver mieux.

    2 Juin
    Mc Gonnagal est d'accord, on prend les Sombrals demain pour aller au Terrier. C'est triste à dire, mais presque tout le monde peut les voir, maintenant. On devrait arriver Vendredi matin. J'ai hâte de revoir les Weasley...

    3 Juin
    La sensation de vol est si grande, si forte. Comment ai-je pu oublier ça ? Du haut d'un Sombral, tout est possible, on domine le monde. Il n'y a plus de vérité. Il n'y a plus de vie vécue, de souvenirs, de guerre qui tourne en boucle dans ma tête, de ruines, de pleurs étouffants. Il n'y a plus que le ciel, les nuages, le vent qui me fouette la nuque, l'adrénaline qui monte... Je crie, je hurle, je vole, je m'évade. J'aimerais que ça ne se termine jamais. Oh... Dans les cieux, si haut ; je ne suis plus rien du tout...

    4 Juin
    C'est Ron qui nous a ouvert la porte. Lorsqu'elle l'a vu, le visage d'Hermione, durci par le soleil, la tristesse, la fatigue, s'est éclairci d'un coup. Elle lui a sauté dans les bras, le regard voilé par les larmes. Ron semblait aux anges, lui aussi.
    Je suis entré dans la maison. Aussitôt, je me suis senti chez moi. Comment ne pas l'être dans cette maison bancale, pleine d'objets inutiles qui s'animent au moment où l'on s'y attend le moins, de couvertures miteuses, de robes de sorciers usagées, ou flotte une odeur constante de graines pour hiboux ?
    Rien n'a changé ici. La grande horloge qui n'indique pas l'heure, le miroir ébréché et son regard critique, même la goule est encore là. Les cris qu'elle pousse me faisaient peur, au début ; mais on s'habitue vite.
    Cette maison... C'est surtout sept ans de rires, de cauchemars, de fêtes de noël, d'hésitations. Je m'en rends compte en pénétrant dans le salon. C'est ici que j'ai appris à me servir de la poudre de Cheminette, c'est cette famille qui m'a amené à la Coupe du Monde de Quiddich, c'est ici que nous avons reçu les présents de Dumbledore, point de départ de notre quête... Un repère, qui m'a guidé toutes ces années. Un repère, oui. Comment aurais-je pu vivre sans connaître tout ça ?
    Ginny est là. Ma Ginny. Elle a un doux sourire sur les lèvres, simple, serein. Elle me saute dans les bras, m'embrasse. Oh... quelle sensation.
    Elle ne dit rien, et moi non plus. Je salue Molly, qui me dit que Neville et Luna sont au premier.
    Je monte, les marches grincent. C'est ridiculement silencieux, là-haut. La porte de la chambre est entrebâillée.
    J'entre. Neville et Luna sont assis sur le lit, ils jouent... Aux cartes, je crois. Neville m'adresse un sourire crispé.
    - Salut, Harry, il fait.
    Quant à Luna, elle me saute dans les bras.
    - Harry ! Tu vas bien ?
    - Moi ? Oui ; oui... Mais vous, ça va ?
    Je les contemple. Ils ont l'air gênés, mais heureux. Ils vont bien ensemble.
    Luna sourit.
    - On peut dire ça. On sort ensemble, en fait. Plus ou moins.
    - C'est fantastique ! je fais.
    Neville ne me regarde pas.

    Quand Georges m'entend monter au 2e étage, il ouvre en grand la porte de sa chambre.
    - Harry, Hermione ? Vous êtes là ?
    - C'est moi, je réponds.
    Sa chambre est un joyeux bazar. Des stocks de Pastilles de Gerbe, de Philtres d'amour, de bonbons-fumée s'entassent contre les murs. La table est encombrée de fioles, de prospectus, de manuels ; et un petit chaudron émet une lueur verte. Les murs sont recouverts de posters et d'affiches de joueurs de Quiddich que je ne connais pas, des célèbres batteurs, sans doute. Et au fond de la pièce, quasiment invisible sous les piles de vêtements, se trouve un lit superposé.
    Georges sourit.
    - Pardon, c'est un peu le bazar...
    - Ça doit être dur, je dis, sans y penser vraiment.
    - Quoi donc ?
    Je le regarde. Il feint l'ignorance, il veut faire comme si de rien n'était. Dois-je lui rappeler ça ?
    Je bredouille, à mi-voix :
    - Eh ben, depuis que Fred...
    Sa mâchoire se crispe. Il a une belle marque rouge, à l'oreille. Douloureuse, sûrement.
    - Disons que ça fait beaucoup de boulot. Je crois qu'il va falloir embaucher, ha, ha...
    Il part d'un rire nerveux. C'est bien Georges, ça. En un sens, ça me rassure. Il trouvera toujours ce qu'il faut pour rire, et ce avec ou sans son complice de toujours. Fred.
    Je n'arrive pas vraiment à le regarder dans les yeux.
    - Ah. Alors... Tu y as déjà réfléchi ?
    - Le petit Tomi Jackson, il réplique, m'envoyant un sachet multicolore. On l'a pris en stage l'an dernier, il avait l'air tellement heureux que je crois que je vais l'embaucher à plein temps...
    - Cool, alors.
    Un silence passe, il ajoute des ingrédients à sa potion, très concentré. Sur la table, un papier se distingue des autres, par sa blancheur officielle.
    PAR ORDRE DU MINISTERE
    Tous les stocks seront retirés d'ici fin Septembre. La clé des lieux sera remise à M. Phileas Corbillaud, avant destruction officielle. Ordre indiscutable, mes excuses pour le dédommagement occasionné.
    Luis Freizag,
    Gestion commerces et services du Chemin de Traverse.
    - Neville, Luna, Harry ! hurle soudain Ron. On y va !

     


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